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CRI DU CŒUR POUR L’AMOUR.

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J’ai une crotte sur le cœur ces temps-ci.

Une grosse même.

Je pourrais presque dire, un tas de crottes.

J’entends des conférences de supposé « développement personnel », des cours du même acabit et je suis scandalisé.

Scandalisé par cet amas de nombrilisme raffiné qui pollue le monde actuel, sous prétexte de s’aimer soi-même.

Il paraîtrait que nous soyons sur terre pour apprendre et évoluer. Je ne vais pas nier cela. Jusque-là, ça va bien. C’est ce qui s’ensuit que je trouve épouvantable.

Il paraîtrait donc que si nous sommes sur terre pour apprendre et évoluer, les autres ne sont pas notre problème et on ne doit pas s’en préoccuper. Seul notre propre apprentissage compte.

Il s’ensuit que si, à cause de mon propre développement, je heurte des gens, j’engendre des souffrances, je fais mal, alors les autres ont à apprendre de ça. Ce n’est pas mon problème. C’est la vie.

Quoi? Pas d’excuses, au minimum? Pas de regret d’avoir fait mal? Pas de considération pour l’autre?

Ben voyons donc!

Nous sommes sur terre pour apprendre et évoluer… en aimant.

C’est le bout qui manque.

Quand j’entends les gens définir la mission comme ce que moi j’ai à accomplir et ramener à eux les tonnes d’expériences qu’elles doivent faire ici-bas pour accumuler un soi-disant bagage de compréhension d’eux-mêmes, ça me fait friser.

La mission, c’est pour les autres. Qu’avez-vous à apporter au monde, qu’avez-vous à offrir aux gens? De quelle façon vous allez les aimer?

Apprendre et évoluer, ça se fait à travers l’amour des autres.

À travers ceux qu’il est facile d’aimer bien-sûr, de loin, comme ça, de temps en temps en leur envoyant « des ondes positives » quand ils vont mal, en disant qu’on va penser à eux, légèrement, entre deux bières.

Mais beaucoup plus que ça.

Dans l’engagement au service des autres.

Par la compassion de ce qu’ils vivent et la bienveillance de contribuer à leur bien-être.

Par le dépassement de soi quand quelque chose nous énerve.

S’aimer soi-même en se foutant des autres, ce n’est pas de l’amour de soi. C’est du narcissisme. Et ce n’est pas de l’amour. Même pas de soi. Ce n’est que de l’idolâtrie de sa propre image.

 

***

 

Robert (nom fictif) vient de rencontrer une femme. Il est complètement subjugué par elle. Il vole. C’est un véritable coup de foudre. Le problème, c’est que Robert est marié. Que va-t-il faire?

Il dit que celle-là le comprend mieux que sa conjointe, que c’est plus facile, qu’il n’a pas à s’expliquer des heures pour arriver à une entente. Il dit qu’au fond, il s’est peut-être trompé en s’engageant avec sa femme. Il dit que son propre développement passe sans doute par cette nouvelle rencontre et qu’il y est destiné. Il dit qu’il a bien envie de sauter la barrière, d’aller vers elle, d’avoir une aventure. Après tout, nous sommes ici-bas pour apprendre. Et s’il se trompe, ben il le regrettera alors et il apprendra aussi. Quant à sa femme, elle apprendra également puisque la rupture la confrontera évidemment à elle-même.

C’est ça le développement personnel?

Mon cul.

Ça, c’est de l’égoïsme et de l’égocentrisme. C’est se regarder le nombril. C’est ne penser qu’à soi. À part suivre ses hormones et sa queue, Robert n’apprendra rien. Sinon qu’à suivre ses hormones, ce qui est relativement facile et ne nécessite pas vraiment d’apprentissage.

Et ce n’est pas de l’amour non plus.

Parce que ça ne tient pas compte de l’autre.

Oui le couple de Robert va mal. Il manque quelque chose à ces deux-là.

Et l’amour, le vrai, c’est d’entrer en lui-même. C’est de décoder ce que cette femme vient drainer chez lui et qu’il n’a pas dans son couple. C’est d’en parler avec sa conjointe afin qu’ils trouvent ensemble un moyen de combler leurs besoins réciproques.

L’amour, le vrai, c’est de regarder du côté de son engagement. De comprendre pourquoi il ne lui convient plus. De faire en sorte (avec elle, bien sûr), qu’il lui convienne à nouveau.

L’amour, le vrai, c’est celui qui passe par la résistance. Aux hormones, aux feelings, aux envies, à l’égoïsme.

L’amour, le vrai, c’est celui où l’on quitte nos défenses et accepte d’entrer en relation vraie avec les autres.

L’amour, le vrai, c’est celui qui nous confronte le plus à nous-mêmes et c’est comme ça qu’on apprend. Non seulement sur les autres mais aussi bien davantage sur soi.

***

Ce qui manque sur terre aujourd’hui, c’est de l’amour. Du vrai, de l’authentique, de l’engagé.

Ce qui manque aujourd’hui sur terre, c’est que les milliards d’humains commencent à se demander qui ils veulent aimer… et le fassent.

Ce qui manque aujourd’hui sur terre, c’est que l’on donne des bras, des jambes, une bouche et un cerveau à nos belles intentions et que se propage un gigantesque élan d’amour.

L’estime de soi passe par l’amour des autres. Pas de son nombril.

L’amour de soi passe par le don de soi.

La connaissance de soi passe par les questionnements que l’on a sur soi-même lorsqu’aimer devient plus difficile.

Oui, nous somme sur terre pour apprendre. Je ne le nierai pas. Mais j’en ai très fort contre les moyens mis de l’avant de nos jours pour y arriver.

Cette sorte de centration sur nos pulsions et nos nombrils m’écœure.

Si le but de l’existence est d’aimer son nombril, alors placez-vous devant un miroir et contemplez-le, jour et nuit, jusqu’à ce que vous l’aimiez de tout votre cœur.

Et posez-vous alors la question?

Qu’est-ce, au juste, que vous aurez appris?

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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