ENTRE CUL ET ÂME

ENTRE CUL ET ÂME

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J’aime le cul.
Oui, oui, oui, vous avez bien lu.
J’ai bien dit que j’aimais le cul. Dans le sens de sexe, animalité, baise, fantasmes, « cochonneries » et tout ce que vous pouvez imaginer de pas du tout spirituel et de très très très pulsionnel. Pervers aussi? Euh, non, je ne pense pas. Mais tout dépend comment on définit la perversité.
Vous avez des images? Tant mieux.
Non, non, ne vous défendez pas. Ne faites pas les vierges offensées.
J’aime le cul.
Et vous aussi n’est-ce pas?
Oui, bien sûr (n’allez pas faire les hypocrites, là). Quasiment tout le monde aime ça. Et je dois bien avouer que les gens qui n’aiment pas ça, moi, je pense qu’ils ont un problème.
Mais voilà.
Ça ne se dit pas comme ça.
C’est trop vulgaire.
Et mon propos n’est pas ici non plus de réclamer le droit de tout dire, d’utiliser les mots reconnus comme étant les plus vulgaires, de faire étalage public de vices et de perversions.
Pas du tout.
Mais mon propos vise par contre à rétablir le sexe comme une chose légitime, une chose que nous avons été programmés pour aimer – survie de l’espèce oblige – et malheureusement une chose dont on ne parle pas assez et qu’on fait trop souvent n’importe comment.
Il est mal vu de dire qu’on aime le sexe.
Personnellement, je ne m’en suis jamais caché et j’avoue que des tonnes de rumeurs à mon sujet ont rendu ma « vie supposée » infiniment plus sexuelle que ma vie réelle.
À l’ère de la sexologie, de la libération des mœurs, des films pornos disponibles à la télé, on pourrait penser que l’humanité – en tout cas occidentale – s’est libérée de tout tabou concernant le sexe.
Pourtant, on dit encore d’un homme qui accumule les conquêtes qu’il est « hot » alors qu’on dit d’une femme qui fait la même chose qu’elle est une salope.
Libérée, notre sexualité?
En partie peut-être. Mais peut-être aussi n’importe comment.
On a le droit de faire passablement tout maintenant. En tout cas dans le respect et le consentement mutuel. Mais je pense qu’en voulant libérer la sexualité, on a libéré les corps mais oublié le reste. On a pensé aux enveloppes physiques mais on a oublié nos cœurs. Bref, on a oublié que nous sommes des humains multidimensionnels, et que le corps est la porte d’entrée de bien d’autres choses comme le cœur, l’esprit, l’âme.
Le sort réservé à la sexualité dans notre société est à l’image même de cette vision de l’humain coupé en morceaux que l’on n’appréhende plus dans sa globalité. On traite le corps en médecine, on forme la tête à l’école et on espère que le cœur suivra quelque part puisqu’il n’existe pas d’école du cœur.
Pourtant, l’humain devrait être pensé dans sa globalité. C‘est précisément ce que tentent de faire les approches holistiques de la santé.
Nos sens sont là pour nous faire appréhender le monde, pour ouvrir notre être complet à l’autre. Ils ne sont pas une fin en soi mais avant tout des capteurs relationnels.
Imaginez un être humain sans la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher. Enfermé à l’intérieur de lui, il n’aurait strictement aucun moyen de vivre l’expérience terrestre.
Nos sens sont donc à honorer, à utiliser abondamment, à raffiner aussi, autant que faire se peut, pour multiplier les expériences.
Et au faîte de ces expériences sensuelles, se situe le sexe.
Merveilleux sexe nous faisant vivre une expérience à laquelle concourent nos cinq sens.
Merveilleux sexe qui, loin de faire de nous des pervers, nous ouvre les portes d’une dimension magique.
Merveilleux sexe dont nous avons fait le symbole de l’amour.
Merveilleux sexe que même la Bible chante poétiquement :
« J’entre dans mon jardin, ma sœur, ma bien-aimée, je mange mon miel… » (Cantique des cantiques)
Merveilleux sexe qu’il ne faut plus raisonner en termes de permis et de défendu mais en termes de porte vers le cœur de l’autre.
Merveilleux sexe qui nous fait vivre l’extase d’être un, le temps d’un orgasme.
Il faut aimer le sexe pour lui donner le sens qu’il doit avoir.
Car le sexe ouvre la porte de l’âme.
Je sais, je sais. Je suis un peu vieux jeu. J’ai besoin que ça ait un sens.
Je n’ai pas besoin qu’il soit légiféré, moralisé, autorisé ou défendu.
Non.
J’ai besoin qu’il soit libéré. Pour vrai.
Libéré des tabous, des préjugés, des sous-entendus dans le style vierge et putain.
J’ai besoin qu’on puisse aimer le cul.
Mais pas uniquement pour le cul.

Pour beaucoup plus aussi.

Pour qu’en donnant son cul, on donne aussi son coeur.

Parce qu’entre cul et âme, il y a l’univers du nous, deux humains entiers qui se donnent l’un à l’autre dans un élan d’amour, de sens et de vie.

J’aime le cul parce qu’entre nos deux culs, il y a nos deux âmes qui vibrent, et que c’est par nos culs, que je les sens vibrer.
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Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

3 COMMENTAIRES

  1. C'est bien évident, mais tellement difficile à vivre de nos jours, à cause de tous les préjugés. J'aime beaucoup votre texte, il dit ce que j'ai toujours pensé. Merci.

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