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FRIENDS, SLEEP FRIENDS, FUCK FRIENDS… L’ART DE SAVOIR CE QUE L’ON VEUT ET DE LE DIRE CLAIREMENT!

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Une personne m’a demandé l’autre jour ce que je pensais de sa situation. Elle ne veut pas être en couple mais « fréquente » (c’est son expression) deux garçons qui ne savent pas ni l’un ni l’autre qu’ils sont deux. En revanche, ils savent qu’elle ne veut pas être en couple. Du côté intimité, elle me dit : je ne couche pas avec eux. On fait des sorties, on a beaucoup de plaisir, on se colle, on s’embrasse, on dort ensemble seulement.

Bon… d’emblée, on dirait que cette personne sait ce qu’elle veut. Pourtant…

 

Sleep friend?

J’avoue qu’avant qu’elle m’en parle, je n’aurais pas imaginé quelqu’un avec qui je me colle, que j’embrasse, avec qui je dors en cuiller, mais sans aucune relation sexuelle. De mon simple point de vue de gars encore pourvu de testostérone, bien honnêtement, je ne sais pas du tout comment font ces types pour vivre ça.

Est-ce une nouvelle catégorie? Après les amis et les fuck friends, voici venu l’ère des « sleep friends »? En fait, je ne crois pas. Bien sûr, ce n’est sans doute que de la projection de mes propres capacités, mais bien honnêtement, si je faisais ça, c’est que j’espérerais tôt ou tard faire l’amour avec elle. À moins d’être masochiste. Mais ça, c’est une autre histoire…

Et si j’ai raison, cela veut dire que le gars, tôt ou tard, va demander plus que ce qu’elle offre.

Par ailleurs, et même si je n’ai pas une immense compréhension des hormones féminines, je ne comprends pas qu’à long terme, dormir en cuiller avec quelqu’un n’induise pas d’autres besoins. Je me questionne. Est-ce une peur du sexe? Est-ce une peur d’aller trop loin et de se sentir attaché à l’autre ensuite? Est-ce une désexualisation? Est-ce même de la frigidité? Je me questionne vraiment beaucoup. À tort ou à raison?

En fait, je crois que lorsqu’un homme et une femme font des activités dans lesquelles ils sont bien ensemble, passent leurs soirées collés, s’embrassent et dorment en cuiller, il est inévitable que le désir d’une relation sexuelle se pointe le bout du nez. Et à mon avis, ne pas en avoir envie dénote peut-être un problème dont il faudrait vraiment s’occuper.

L’autre chose qui me chicote un peu dans sa situation est cette nécessité que les deux ne sachent pas qu’il en existe un autre. Bien sûr, elle se figure qu’elle va les perdre s’ils l’apprennent. Pourtant, il me semble que ce n’est pas ça « être claire ». C’est comme si elle leur disait : « Je ne veux pas de conjoint présentement, mais je te donne une exclusivité qui va te faire croire que je vais peut-être y arriver un jour. ».

Je crois en fait que chacun a le droit de choisir pour lui-même ce qu’il veut dans la vie et qu’il mérite de recevoir les informations adéquates pour cela.

Le discours devrait peut-être alors ressembler à ceci : « Écoute, j’ai beaucoup de plaisir avec toi et j’aimerais bien que l’on sorte de temps en temps, qu’on se colle, qu’on s’embrasse, qu’on dorme ensemble sans faire l’amour. En même temps, comme je ne veux pas de « boyfriend », j’ai bien l’intention de faire ça avec plusieurs personnes et si ça te tente, j’aimerais que tu sois un de ceux-là. »

Bon, d’accord, peu de gars accepteront cela j’imagine. Mais si c’est ça que la personne veut, il faudrait qu’elle soit claire à ce point-là, au risque de ne pas trouver personne. À mon avis, laisser sous entendre qu’il est le seul est un mensonge. Ce n’est pas être honnête et claire.

Et tant qu’à ça, pourquoi ne pas passer directement à ce qu’on appelle familièrement aujourd’hui le « fuck friend »?

Ah, bien sûr, avec un « fuck friend », il faut baiser… Ce qui nous ramène à : où est le problème? Un « sleep-friend », à mon avis, n’est que le symptôme d’un problème qui doit être envisagé et dont on doit prendre soin.

Mais supposons que ce problème est réglé et que cette personne accepte d’avoir des « fuck friends ».

Là encore, il est crucial à mon avis, d’être très très clair. « Nous sommes des « fuck friends », ce qui veut dire que je ne te dois rien, mais que nous pouvons nous appeler pour passer une bonne soirée et finir ça dans l’apothéose sexuelle. Mais il se peut aussi que je recommence avec un autre demain. Et je n’ai pas de compte à te rendre là-dessus. »

On pourrait penser que peu de gens accepteraient également cette situation. Pourtant, il semble de plus en plus répandu de nos jours que des gens soient des « fuck friends ». Et tellement répandu qu’il me semble important de s’y arrêter.

J’exclus volontairement de cette réflexion les « ex » qui ont encore occasionnellement des relations sexuelles et qui mériteraient à mon avis une toute autre analyse à cause de leur engagement passé.

Les « fuck friend » dont je parle ici sont des gens qui n’ont jamais été engagés ensembles, qui en principe ne veulent pas d’engagement non plus, et qui se rendent une sorte de service pour combler l’un l’autre leurs besoins sexuels.

Or, dans cette expression, il y a d’abord « friend ». Le fuck friend, finalement, c’est un ami qu’on baise.

Et il me semble qu’il faut d’abord commencer par ça.

 

Qu’est-ce qu’un ami?

Depuis l’avènement de Facebook, le terme « ami » a considérablement évolué. Il devient important par conséquent, de le définir. Et d’autant plus qu’il risque de ne pas vouloir dire la même chose d’une personne à l’autre.

Je suggère une terminologie qui ne conviendra peut-être pas à beaucoup mais qui a le mérite de savoir de quoi on parle. Libre à chacun ensuite d’y mettre les termes qu’il veut mais de les définir lorsqu’il parle.

Pour moi, l’expression « ami » doit révéler un certain niveau d’intimité. De la relation la moins intime à la relation la plus intime. Je suggère donc pour les besoins de cet article, la terminologie suivante :

Ami Facebook :

Sans doute la catégorie la moins intime, bien que des intimes puissent se retrouver sur Facebook. Mais un ami Facebook, c’est quelqu’un avec qui on a décidé de jouer le jeu du voyeurisme-exhibitionnisme. On ne lui doit rien et il peut nous enlever n’importe quand de sa « liste ». Nous aussi.

Ami :

Cette catégorie serait en fait ce que dans le passé on appelait des connaissances. Un ami est cette personne que l’on connaît, qui ne nous invitera pas nécessairement à son mariage, qui ne nous aidera pas non plus nécessairement dans notre déménagement, mais avec qui on prend plaisir à discuter quand on le rencontre. Ce n’est pas quelqu’un qu’on va inviter à souper chez soi. C’est aussi, au final, ce qui m’attend lorsqu’une fille me dit : tu es un ami pour moi.

Ami proche :

L’ami proche est un ami à qui on peut dire tout ou presque tout. Sur qui on peut compter. Celui qu’on peut probablement appeler à 4h du matin quand ça ne va pas. Celui avec qui on partage une partie de nos jardins secrets. Les amis proches ne sont pas des centaines. Ils ne sont que quelques uns.

Meilleur ami :

Le « best », comme disent les ados. Le meilleur ami est celui à qui on dit vraiment tout. Celui pour lequel on n’a aucun secret. C’est le niveau d’intimité le plus haut de l’amitié. Et au risque d’en faire sursauter beaucoup, lorsqu’on a un conjoint, ;a mon avis seul notre conjoint peut remplir ce rôle. (Il faut dire cependant que je ne suis pas en faveur personnellement d’avoir un jardin secret pour son conjoint).

Bon…

Je sais que plusieurs auront sans doute développé leur propre terminologie.

Mais utilisons celle-là pour notre réflexion. Et revenons au « fuck friend ».

Le « friend » de fuck friend nous oblige à nous demander de quelle catégorie d’ami il peut bien s’agir lorsqu’on se permet avec lui des relations sexuelles.

Dans ma réflexion sur le sujet, il me semble que cela ne peut être que réservé aux deux premières catégories. Les « amis Facebook » et les « amis ».

En effet, dès que nous devenons plus proches en intimité de cœur, il me semble que le risque de devenir amoureux augmente. Or, dans ce que j’ai compris de l’expression, il s’agit justement de ne pas devenir amoureux. (On pourrait dire qu’avec certains proches, il est clair que nous ne deviendrons pas amoureux. Mais est-ce le cas des deux?)

Et c’est bien là que je veux en venir.

 

Fuck friend?

Puisque je dois choisir mon « fuck friend » parmi des « friends » pas intimes, n’y a-t-il pas une contradiction avec ce que j’ai l’intention de faire avec lui : une acte « intime » au plus haut point?

Et dans ce cas, ne risque-t-il pas de développer des sentiments pour moi ou moi pour lui, à mesure que nous deviendrons intimes?

Et dans ce cas, n’y en aura-t-il pas un des deux qui souffrira?

La meilleure solution alors serait de ne pas répéter l’expérience. Mais dans ce cas, ça s’appellerait un « one night stand » et non un « fuck friend ». L’intérêt du « fuck friend », c’est qu’on peut l’appeler. Il est sur notre liste de personnes « intimes ».

Personnellement, je pense qu’on développera toujours une certaine intimité avec cette personne et que tôt ou tard, elle entrera dans le cercle de nos intimes. Il faudra alors que ce soit très clair pour les deux.

Il n’y a pas d’amour, il n’y en aura jamais, nous ne nous voyons pas faire un projet de vie ensemble.

Possible que ça existe.

Mais il s’agit de deux personnes et non d’une.

Et dans mon expérience clinique, je n’ai encore jamais rencontré de situation où il n’y avait pas au moins une des deux personnes qui espérait plus… et qui souffrait lorsque l’autre commençait une relation amoureuse.

En fait, je crois de plus en plus, à mesure que j’avance en âge, que la relation sexuelle est un acte qui appelle un sens et un engagement. Le simple fait de pénétrer en l’autre ou d’être pénétré par l’autre est un acte de fusion. Un acte où deux humains peuvent, face à face, s’interpénétrer dans toute leur intimité. Sans fard. Sans mensonge.

Sans engagement?

J’en doute.

Mais il y a de nos jours une répulsion à l’engagement.

Ce serait à travailler.

Mais ce serait aussi l’objet d’un autre article tellement il y aurait à dire sur le sujet.

Bon. Où en sommes-nous?

En fait, nous en sommes à se positionner soi-même. Non pas en termes de morale sexuelle, ce qui serait aussi une autre paire de manches. Mais en termes de soins de soi comme personne.

Il me semble que chacun a à déterminer ce qu’il est capable de faire sans souffrir.

Chacun a aussi à annoncer clairement à l’autre ses intentions.

Chacun a aussi à se respecter et respecter le choix de l’autre.

Il y aura sans doute beaucoup de diversité.

Certains diront qu’après 4 rencontres, ils commencent à s’attacher. Certains autres diront qu’ils n’ont aucun problème à éviter l’attachement. Certains autres devront refuser une telle chose.

Et il y a de forte chance que plus notre cœur sera intégré à notre corps, et plus il soit impossible d’avoir un « fuck friend ».

Il y aurait d’ailleurs baucoup à dire sur cette notion de coupure ou pas entre le corps et le coeur. Très souvent, on utilise la rationnalisation pour la maintenir. On va faire par exemple une distinction terminologique: fourrer, baiser, faire l’amour.

Personnellement, j’en suis incapable.

Parce que dès le moment où il y a désir, dès le moment où il y a pénétration, dès le moment où il y a fusion, j’ai besoin de me poser la question de l’engagement.

Car pour moi, baiser, c’est d’abord et avant tout pénétrer en quelqu’un avec tout mon être. Ultimement, ce n’est qu’une attitude à l’intérieur d’un acte d’amour.

Et si ça ne l’est pas, si par exemple, c’est uniquement un surplus de libido qui s’exprime, c’est que je me mens à moi-même sur mon besoin de tendresse, d’amour et par conséquent d’engagement. C’est un acte d’amour sans amour. C’est, peut-être, un moyen de rester coupé de ses besoins.

Mais c’est encore faire l’amour.

Et pour moi, faire l’amour, c’est d’abord et avant tout un geste d’amour.

Et des amis qui font l’amour, moi, j’appelle ça des amoureux!

Mais chacun sa terminologie bien sûr.

Alors bonne soirée, bonne baise… mais ne vous faites pas mal… vous méritez mieux que ça!

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" et "Des silences ébruités" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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