Accueil Amour L’AMOUR N’EST PAS LE « SENTIMENT AMOUREUX ».

L’AMOUR N’EST PAS LE « SENTIMENT AMOUREUX ».

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Suite à mon article « Cri du cœur pour l’amour », j’ai eu bien des réactions, le plus souvent en privé, dans lesquelles on me disait que j’étais bien sévère envers « Robert », cet homme qui vivait un « coup de foudre » pour une autre femme que la sienne.

En substance, ce qu’on me disait était que, peut-être, Robert n’était tout simplement plus amoureux de sa femme, auquel cas il serait bien mieux de se séparer. On ajoutait que ça existe, des couples chez qui ne subsiste plus qu’une sorte d’amitié avec le temps et où le couple n’a plus sa raison d’être car le « sentiment amoureux » a disparu. C’est vrai. Mais il n’en fallait pas plus pour m’inspirer un nouvel article au sujet de ce fameux « sentiment amoureux ».

C’est le sociologue italien Francesco Alberoni[i] qui a publié il y a quelques années une analyse impressionnante de ce fameux « sentiment amoureux » et qui a montré qu’au-delà des cultures, il s’agit d’une émotion qui ne dure pas.

Est ensuite venue Helen Fisher[ii], anthropologue, qui a réussi à éclaircir les mystères physiologiques de l’amour et à les expliquer,[iii] montrant avec brio que la biologie prévoit que la passion amoureuse est faite pour durer un très court laps de temps et est liée surtout à la reproduction de l’espèce.

Puis est apparu le grand psychologue John Gottman[iv] qui passa sa vie à étudier les couples heureux et à déterminer dans son « love lab » de l’Université de Washington à Seattle les 7 conditions auxquelles les couples arrivaient à une union durable et les 4 qui président à leur échec.

La question ici est en fait: comment en arrive-t-on à ne plus être amoureux? Et la réponse est très simple : en laissant les choses aller.

Naturellement, je devrais dire biologiquement, nous sommes faits pour des amours qui durent au maximum 3 à 5 ans. C’est comme ça et nous n’y pouvons rien. Le « sentiment amoureux » s’estompe de lui-même après quelques années.

Sauf que…

Est-ce ce que nous voulons?

Nous ne sommes pas que de la biologie. Nous sommes aussi des êtres de décision.

En outre si nos amours ne doivent durer que 5 ans, pourquoi existe-t-il des couples qui, naturellement, durent toute une vie?

La réponse à ça est à nouveau dans l’excellent bouquin de Marc Pistorio.[v] On y apprend que pour réussir un couple, il faut s’attendre à le travailler, et que seuls les gens à l’attachement sécurisant ont cette capacité naturelle d’y travailler avec succès. Sans doute appliquent-ils instinctivement les sept principes de Gottman.

Or, comme par hasard, le pourcentage de divorce est d’environ 50%, pratiquement le même que celui des personnes à l’attachement insécurisant.

Je pense en fait que l’engagement de couple n’est pas un élan amoureux mais un véritable engagement de sa volonté à alimenter ce sentiment amoureux basé essentiellement sur l’attachement qui est très différent du « sentiment amoureux ». Je pense qu’Il faut s’attendre à avoir du boulot pour maintenir le lien et que le couple passera inévitablement par des états de crise que seuls les gens à l’attachement sécurisant sont équipés adéquatement pour les négocier avec succès.

Je pense qu’un couple qui n’est uni que par le sentiment amoureux sans rien faire d’autre que de planer sur ce sentiment est inévitablement voué à l’échec.

Et je pense enfin que la fin du sentiment amoureux n’est pas une raison pour se séparer.

Au contraire.

La fin du sentiment amoureux marque une crise qui appelle à travailler sur soi, à identifier les raisons pour lesquelles il est disparu, utiliser notre lien d’attachement pour le retrouver et vivre une renaissance de l’union. C’est un appel à évoluer. Et les personnes à l’attachement insécurisant y arriveront en parvenant à un attachement sécurisant.

Évidemment, il faut que les deux personnes partagent cette vision des choses et aient comme objectif de réussir leur vie d’engagement.

C’est peut-être au fond la question qu’il faudrait se poser avant de s’engager.

Non pas « est-on prêt à être ensemble pour le meilleur et pour le pire? » mais bien plutôt : « est-ce que notre attachement l’un à l’autre est assez intéressant et solide pour que l’on s’engage à le préserver au fil du temps en posant les actions requises pour le faire? ».

Si les deux partenaires sont prêts à une union dans laquelle on se laisse aller au fil de temps, le couple se dissoudra, probablement d’un commun accord, après 3 à 5 ans. J’ai déjà eu une telle expérience avec une femme de 32 ans ma cadette. Il était clair depuis le début que, voulant des enfants de son côté et n’en désirant plus, du mien, nous vivions une expérience temporaire. Elle a été de deux ans. Sans heurts ni grandes blessures.

Si l’un des deux désire un engagement à long terme mais que l’autre préfère surfer sur la vague, je pense qu’ils ne devraient pas s’engager. Le partenaire qui désire un engagement finira par souffrir du désengagement de l’autre. Et ça ne marchera pas.

Si les deux partenaires partagent cette vision qu’on a à travailler sur son couple et que chacun désire un engagement à long terme, alors il est bien possible qu’ils fassent partie des 50% qui réussissent et qu’ils mettent tout en œuvre pour préserver ce lien d’attachement, y compris de retrouver le « sentiment amoureux » si jamais il disparaît.

Le « sentiment amoureux » en lui-même n’est pas durable et en aucune manière une garantie de réussite du couple.

Une décision d’engagement basé sur le lien d’attachement est non seulement durable, mais une garantie de succès à moins d’un cataclysme que je ne peux imaginer.

Une décision d’aimer basée sur un lien d’attachement va bien au-delà du « sentiment amoureux ». C’est très loin d’être le « ils vécurent heureux » des contes de fées où tout semble si facile. C’est une déclaration solennelle, un engagement de cœur, de corps et d’âme qui dit :

« Je t’aime, je veux vivre avec toi, et je t’affirme aujourd’hui que, quoi qu’il arrive, tu peux compter sur moi. Nous avons chacun notre histoire. Faisons-nous aussi une histoire à deux. »[vi]

****************

[i] Alberoni, Francesco. Le Choc Amoureux. Pocket, 1979.

[ii] Fisher, Helen. Histoire naturelle de l’amour. Fayard, 1994

[iii] On lira aussi : Fisher, Helen; Muchnik, Anatole. Pourquoi nous aimons. Robert Laffont, 2006

[iv] Gottman, John; Silver, Nan. Les couples heureux ont leur secrets. Pocket, 2001

[v] Pistorio, Marc. Dis-moi qui tu aimes, je te dirai qui tu es.

[vi] J’imagine ici qu’il n’est pas besoin de préciser que je parle de personnes saines d’esprit, capables de bienveillance, aucunement narcissiques ou violentes.

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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