LE MYTHE DU «GRAND AMOUR INCONDITIONNEL».

LE MYTHE DU «GRAND AMOUR INCONDITIONNEL».

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C’était le 15 novembre 2042.
« Docteur, je suis amoureux! », lança Guillaume à son médecin, les yeux brillants.

« Ah oui? », répondit le docteur en regardant par-dessus ses lunettes. « Et depuis quand ? », ajouta-t-il.

« Depuis trois jours, docteur. Et je ne pense qu’à elle. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme ça, je suis certain qu’elle arrive dans ma vie à un point tournant. Elle est l’aboutissement de toutes mes recherches amoureuses, celle qui change tout, celle qui m’était destinée. En un mot, docteur, la bonne! C’est LA femme dont je rêvais. Plus rien ne sera pareil désormais. Elle est tellement extraordinaire.»
Le médecin se cala dans sa chaise de consultation. Il regarda Guillaume avec un air qui laissait soupçonner qu’il n’était pas autrement surpris de ce qui lui arrivait. Il prit néanmoins le temps de l’observer attentivement.
Les yeux de Guillaume brillaient d’un éclat qu’il n’avait pas vu depuis plus d’un an, époque à laquelle sa femme était partie voguer vers d’autres cieux. Les grands cernes foncés sous-titraient « je dors mal » alors que le sourire béat complétait les sous-titres par un « mais j’aime ça » alarmant. Il semblait habité d’une frénésie que des petits mouvements brusques des jambes permettaient de soupçonner.

Le médecin, avec des gestes sûrs, sortit alors une feuille de son tiroir. Sur cette feuille, on pouvait lire en titre: LFSTI – Love at first sight trouble inventory. En effet, le « trouble du coup de foudre » avait été incorporé en 2022 au manuel diagnostique des maladies mentales, suite à la conclusion des travaux du Dr. Fisher, la célèbre anthropologue. Les compagnies pharmaceutiques étaient prêtes. Bonne nouvelle, le trouble se soignait en deux semaines.

Sur le papier, une série de questions s’étalaient. Une seule page. Une seule page suffisait pour savoir à quoi s’en tenir. Le médecin entreprit alors son questionnaire clinique.

« Dites-moi … vous dormez bien depuis trois jours? »
« Non, pas du tout, répondit Guillaume, mais j’adore ça. Je pense à elle. »
Le médecin continua : « Vous pensez à elle à quelle fréquence? »
« Tout le temps, docteur, tout le temps. »
« Et comment est votre appétit? »
« Euh… balbutia Guillaume qui commençait à se douter que les résultats de ce questionnaire seraient plutôt négatifs, Je ne mange pas beaucoup, docteur, mais c’est normal, je pense. Je n’ai jamais rencontré une femme comme ça, il y a de quoi perdre l’appétit! »
Le médecin regarda Guillaume avec un sourire compréhensif et continua son questionnaire.
« Vous m’avez dit tout à l’heure qu’elle était extraordinaire. Pouvez-vous me nomme cinq choses précises sur lesquelles elle est extraordinaire? »
Guillaume réfléchit quelques instants puis déclara presque solennellement : « Tout, docteur. C’est tout qui est extraordinaire chez elle. »
« D’accord », répondit le médecin qui ne paraissait nullement étonné de cette déclaration à la fois globale et vague. Il enchaîna : « Parlez-moi de vos rapports intimes. Avez-vous déjà fait l’amour? Et si oui, comment vous êtes-vous senti? »
Guillaume devint écarlate.
« Ah docteur, c’est un peu gênant de répondre à ça. Je ne sais pas si vous allez comprendre mais bon, je me lance… Nous avons fait l’amour le premier soir. Nous n’avions jamais fait ça ni l’un ni l’autre, mais il était évident pour tous les deux que c’était le bon moment. Nous n’avons pas non plus utilisé de protection parce que nous nous faisons entièrement confiance. Vous pouvez me tester, docteur. Je suis certain que tout est OK. Et puis si vous saviez. Quand j’étais en elle, je ne me sentais même pas assez proche. Nos corps se touchaient de partout et pourtant, la fusion n’était même pas suffisante pour décrire comment nous nous sentions. C’était magique. Comme les deux parties du même puzzle enfin retrouvés. Nous avons fait l’amour toute la nuit et au matin, alors qu’elle devait partir, un foulard à elle est resté chez moi. Heureusement. Au moment où elle quitta mon appartement, je ressentis un manque tel que je me mis à tourner en rond en attendant son appel à midi. Je m’aperçus alors que son foulard portait son odeur. Je l’ai alors enroulé autour de mon cou et je l’ai gardé toute la journée. Quand elle me manquait trop, je sentais son parfum et ça me rassurait. C’est formidable ce qui m’arrive, hein docteur? »
Le médecin, qui n’avait pas arrêté d’écrire pendant tout le récit de Guillaume, posa enfin sa feuille sur le bureau. Il regarda Guillaume, assis sur le bout de sa chaise. Il recula dans la sienne un instant. Il savait qu’il allait lui gâcher son plaisir. Enfin un peu. Un peu seulement parce que depuis le temps qu’il voyait ce genre de cas, il avait appris à manœuvrer de finesse pour faire accepter le diagnostic. Son truc était d’annoncer tout de go une maladie, puis de pondérer avec quelques doutes afin de faire accepter la médication. C’étaient les doutes qui faisaient accepter au patient. Et bien que lui, après vingt ans de pratique, n’en ait pas du tout, ce doute était nécessaire pour traiter le mal.
Il commença donc le boniment qu’il connaissait par cœur.
« Guillaume, vous souffrez d’une hausse de NGF, de dopamine et d’endomorphine. Ce n’est pas de l’amour mais un déséquilibre chimique dans votre cerveau et… »
Guillaume devint cramoisi. Instantanément debout, la main en avant comme un chevalier brandit son épée pour défendre sa belle, il hurla : « Vous n’avez rien compris. C’est ça l’amour. Ce n’est que ça. Je le cherche depuis toujours, je l’ai trouvé et vous venez me dire que je suis juste en déséquilibre chimique? Mais vous n’y connaissez rien! Vous êtes qui pour savoir ce qui se passe dans mon cœur? Avez-vous déjà seulement aimé?… »
Guillaume continua ainsi pendant de longues minutes et le médecin attendit patiemment qu’il ait terminé. Il n’écoutait pas vraiment le contenu de son discours qu’il avait entendu des centaines de fois depuis le début de sa carrière. Il savait par expérience que Guillaume allait s’épuiser, redire les mêmes choses deux ou trois fois, puis attendrait une réponse. C’était d’ailleurs là le moment crucial.
Guillaume cessa de parler. Un silence très lourd régnait dans le cabinet.
« Vous ne m’avez pas laissé finir, Guillaume. »
Le médecin avait parlé doucement, avec d’infinies précautions. Il savait que c’était délicat.
« Ah oui?, répondit sèchement Guillaume. »
Le médecin continua alors avec une voix très douce : «  j’allais dire… et le problème avec ça est qu’il est impossible de savoir si c’est le cas ou s’il s’agit du véritable amour. Scientifiquement parlant, je veux dire. »
« Mais moi, je le sais, docteur. JE LE SAIS! »
« Bien sûr, Guillaume. Vous en êtes certains. Mais moi, je ne suis là que pour votre bien. Vous sortez d’une dépression. Je ne veux pas que vous en fassiez une autre. Vous êtes certain que c’est le grand amour. Supposons que c’est vrai. Moi, je vous donne l’information que le grand amour que vous dites vivre et la maladie dont je vous parle se présentent de la même façon au début. Et une des caractéristiques est justement que le patient ne peut pas faire la différence. »
Guillaume l’arrêta. Il était plus calme mais ferme dans ses propos :
« Vous avez peur que ce soit un feu de paille, docteur, mais j’en ai vécu déjà des feux de paille et je vous assure que ce n’est pas pareil cette fois. Je ne suis pas un scientifique, mais je le sais en moi. »
Le docteur continua : « Et c’est bien pour ça que vous allez accepter de prendre les cachets que je vais vous prescrire! »
Guillaume éleva la voix : « Vous ne me croyez toujours pas. Je ne prendrai pas de cachets, je ne suis pas malade, je suis amoureux! »
« Justement, mentit le médecin, vous avez l’occasion de prouver scientifiquement que vous êtes amoureux. Les cachets dont je parle n’affectent pas l’amour. Ils ne font que rééquilibrer les taux de NGF et de dopamine. Ils ne soignent que la maladie et, si comme vous le dites, vous n’êtes pas malade, ils ne vous affecteront en rien. En revanche, si c’est uniquement un « feu de paille » comme vous dites si bien, dans 15 jours il n’y paraîtra plus et vous vous demanderez alors ce que vous trouviez à cette flamme soudaine. »
Guillaume affirma simplement : « Ils ne me feront rien! »
Le médecin sut qu’il avait gagné.
« Alors prenez-les, vous ne risquez rien. »
Le reste de la conversation ne concerna plus que le mode d’emploi, du fait qu’il fallait aussi traiter l’autre personne en même temps et de la volonté de Guillaume de prouver que son amour était indéfectible.
Guillaume sortit du cabinet, acheta les cachets, convainquit sa belle d’en prendre avec lui. Une semaine plus tard, ils n’étaient plus ensemble. Deux semaine plus tard, Guillaume remerciait le médecin de l’avoir traité à temps et lui faisait le message que sa « dulcinée » le remerciait aussi.
Étaient-ils restés bons amis? Guillaume eut une moue. À quoi bon? Aucun des deux ne savait ce qui lui avait pris et au final, ils n’avaient pas grand-chose en commun.
Guillaume était sauvé.

La pharmacologie avait gagné.

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Bien sûr, cela se passait en 2042. Dans le passé de Guillaume et, peut-être, notre avenir. Espérons que non.
Pourquoi?
Parce que de plus en plus de recherches neurologiques tendent à démontrer que ce que nous nommons « amour » ne serait qu’un mécanisme chimique dans le cerveau et, qui plus est, non stable et appelé à s’éteindre de lui-même.
Que voilà un dur coup à notre conception de l’amour et notre idéal romanesque de l’amour éternel.
Pire.
Si on touche à l’amour, on touche aussi à la base de presque toutes les croyances. Ne dit-on pas que Dieu est amour? Il serait alors une « sécrétion cérébrale »?
Ouch!
Faut-il s’étonner alors  que dès que l’on aborde l’amour du point de vue scientifique, les résistances se lèvent – les miennes y compris – afin de réfuter, voire de nier simplement ce que les découvertes de la science nous amènent à connaître?
Je suis moi aussi un amant de l’amour. Le romantisme, le sentiment de fusion, l’esprit qui flotte. J’adore. Ce que je voudrais au fond, c’est de trouver un truc comme ça qui dure toute la vie. Seulement voilà! Ça n’existe pas.
Bon, d’accord, je ne suis pas drôle. Et mon titre part mal, n’est-ce pas?
Tout un chacun s’est demandé un jour, en rencontrant quelqu’un : est-ce LE mien?, est-ce LA mienne?
Tout un chacun a déjà vibré au rythme de ses rêves sur l’être mythique qui  le comprendra enfin, qui le devinera, qui le regardera et aura tout su de lui.
Tout un chacun a espéré rencontrer sa princesse ou son prince charmant…
Pour réaliser que dans la vraie vie, il n’y a que des crapauds…
Et qui plus est, ils restent crapauds même si on les embrasse.
Merde.
Vous serez alors peut-être tenté d’arrêter votre lecture ici. De vous dire : il est donc ben plate, lui?
Pourtant, ceux qui me connaissent savent, je le répète, que je suis un incorrigible romantique et que je persiste avec les années à croire à l’amour.
Mais il faudrait définir à quoi on croit. Qu’est-ce que l’amour? Pourquoi, avec le temps, lui a-t-on mis un grand « A »? Et comme si ce n’était pas assez, l’a-t-on qualifié de grand? Et par-dessus le marché, a-t-on exigé de lui qu’il soit inconditionnel?
Un peu d’histoire.
 

Dans la littérature, l’amour dont il est question ici est souvent nommé l’amour romantique, l’amour passion ou l’amour fusion. On croit à tort que c’est l’occident qui a inventé cela par ses romans qui ont, selon l’époque, tracé le chemin vers cet amour qui peut tout, croit tout, espère tout, comprend tout.

Du côté de l’occident, il y eut d’abord l’amour courtois vers le 11e ou 12e siècle. Les récits d’époque, je pense à Tristan et Iseult pour la fiction ou Abélard et Héloïse pour les personnages historiques, nous présentent une sorte de passion sublime et toujours malheureuse. Tristan se suicide, Abélard finit castré dans un monastère, Iseult ne survit pas à la mort de Tristan et Héloïse se fait nonne.
Au 16e – 17E siècle, l’amour devient carrément tragique. Qu’on pense seulement à Roméo et Juliette, histoire sordide dans la lignée de l’amour courtois, mais centrée sur le déchirement entre la passion et les exigences familiales.
Vient ensuite l’amour galant (17e siècle) de Madame de Scudéry où les relations intimes sont déclinées en tons des plus subtils aux plus foncés où le raffinement et l’élégance laissent place à des épisodes d’avancée et de recul subtils des amants qui expérimentent des émotions plus qu’ils ne vivent une histoire.
Vers la fin du 18e siècle, l’amour libertin est exhalté notamment pas Pierre Choderlos de Laclos avec ses « Liaisons dangereuses », un livre formé d’un assemblage de lettres que s’envoyaient deux anciens amants où ils s’amusent à raconter leurs conquêtes et à donner des conseils. Amour sensuel ou plutôt sexuel, l’amour libertin met en scène des conquêtes successives et n’a plus rien à voir avec le sentiment. Don Juan et Casanova en sont des exemples parfaits.
Au début du 19e siècle, l’amour romantique apparait. Il s’agit d’un amour tout en sentiments, en idéalisme mais le plus souvent tragique comme l’amour courtois.
Comme on le voit, exception faite de l’amour libertin dont on peut se demander s’il s’agit d’amour par ailleurs, l’amour est pratiquement toujours un drame dont on ne se sort pas. Le plus souvent, c’est lié à des contraintes extérieures : les conditions sociales ne s’accordent pas, une des deux est pris ou marié, les familles sont irréconciliables. D’une certaine manière, ce n’est pas la faute des amants.
Au 20e siècle, les contraintes extérieures éclatent. La société d’industrialise et, avec elle, la sécularisation permet alors d’être moins liés par les contraintes de religion, de famille, de société. Il est devenu courant que chacun puisse penser ce qu’il veut et, à l’exception des amours homosexuelles qui resteront encore longtemps taboues, l’amour s’émancipe en quelque sorte. Cela a pour effet qu’on ne peut plus attribuer l’échec amoureux à des contraintes extérieures mais aux propres limites des amoureux. Or, l’amour reste dramatique. Comme si l’être humain n’y arrivait pas. D’Albert Cohen en 1968 (Belle du Seigneur) à Nadia Gosselin en 2008 (La gueule du Loup), les amours sont irrémédiablement condamnées.
Alberoni (1979) a montré qu’on retrouve le coup de foudre dans toutes les cultures. On pourrait aller plus loin encore et affirmer que les types d’amour vus précédemment sont également de toutes les cultures. Que ce soit en Chine, en Inde, au Japon, la littérature regorge de ces amours dramatiques. (En Chine pourtant, la littérature est plus optimiste.)
L’occident n’a donc pas inventé la tragédie amoureuse s’opposant à l’idéal promis au début de la relation. Il s’agit bel et bien d’une expérience humaine. Comme si ce vers quoi nous tendons avec acharnement, cet amour éternel et romantique, n’était promis, en bout de ligne, qu’au désastre.
D’accord, il y a beaucoup de couples qui fonctionnent et on peut se dire que la littérature ne représente pas parfaitement la société. Pourtant, avec le 20e siècle, le divorce devient plus facile et… fréquent. De nos jours, nous avons tous des exemples de couples qui n’y sont pas arrivés. Plus de la moitié semble-t-il.  De quoi ne plus trop y croire.
Les découvertes de la science semblent confirmer que c’est voué à l’échec.
 
C’est ici que prennent place les recherches de H. Fisher et de A. Aron sur l’amour. Ces deux chercheurs se sont intéressés essentiellement au cerveau en contexte de relation amoureuse. Je ne détaillerai pas en long et en large ces découvertes, reprenant juste un peu plus systématiquement ce qui a déjà été dit dans notre petite histoire de Guillaume au début de cet article. Voici donc ce que nous apprennent la neuropsychologie et la neurophysiologie au sujet de l’amour. Notez que je prends ici des raccourcis nécessaires pour la longueur du texte.
Au début d’une histoire d’amour, les taux d’une protéine favorisant la croissance des neurones, la NGF, croît considérablement dans le cerveau reptilien et provoque également une augmentation de la dopamine, l’hormone responsable du plaisir ainsi que de l’endomorphine qui joue également un grand  rôle dans le plaisir mais aussi dans la tranquillité d’esprit, la satisfaction, le bien-être en général. Mais le cerveau reptilien est le plus antique des trois. C’est un cerveau de besoins primaires, qui fonctionne selon le mode manque – récompense et qui est indépendant de notre volonté. Rien donc à voir avec nos émotions (qui siègent davantage dans le système limbique) ou avec notre raison (qui se situe davantage dans le cortex).
À ce moment-là, la personne est complètement envahie par l’autre personne, ne pense qu’à elle, est comme obsédée par l’autre. Elle devient en manque lorsque l’autre n’est pas là, devient inquiète si elle discerne des signes d’éloignement. Il en résulte au niveau du système limbique un sentiment amoureux et au niveau du cortex un phénomène de raisonnement intéressant qu’Alberoni a notamment mis en valeur : la reconstruction rationnelle, la réinterprétation de la vie, comme pour justifier que ces personnes avaient à se rencontrer. C’est d’autant plus intéressant qu’on retrouve cette même caractéristique dans le phénomène de conversion religieuse où tous les récits de conversion sont des réinterprétations de la vie du converti en fonction de sa nouvelle réalité. Il s’agit donc d’une réinterprétation permettant au converti de se persuader lui-même qu’il a bien fait. Un peu comme si il était nécessaire d’ancrer dans le cortex cette idée. Il semble qu’il en soit de même pour l’amour. La personne racontera son histoire en redéfinissant sa propre histoire. Comme si l’impulsion du cerveau reptilien avait besoin de s’ancrer.
La personne qui est l’objet de toutes les pensées de l’individu n’a cependant pas été choisie au hasard.  Elle a été choisie, bien qu’inconsciemment, à partir d’une part des caractéristiques reproductrices. Hélas pour moi oui, une femme est toujours attirée par de larges épaules, un bon boulot et une bonne capacité de subvenir à ses besoins. En outre, la personne est aussi attirée le plus souvent par un même statut social, un même environnement et une même ethnie. (Ce n’est pas moi qui le dit mais Fisher). Il intervient aussi un autre paramètre dans le choix. Un paramètre que Fisher nomme la « carte de l’amour » faite essentiellement de notre éducation, de nos préférences personnelles et de nos expériences passées.
Cependant, et là est le drame, il semble que ces taux de NGF, de dopamine et d’endomorphine décroissent avec le temps. En fait, dans les observations faites, ils dureraient un maximum de trois à quatre ans. Une des explications à cet état de chose est la tolérance à l’endomorphine qui fait qu’elle en vient à ne plus jouer son rôle.
Comme si les couples avaient besoin l’un de l’autre pendant trois ans puis pouvaient se dissoudre ensuite. L’anthropologue Helen Fisher explique cela par les besoins de reproduction et les comportements des premiers humains. À cette époque, la femme avait besoin non seulement d’un géniteur pour se reproduire mais il fallait également qu’il pourvoit à ses besoins à tout le moins pendant les trois premières années de l’enfance, trois années au cours desquelles l’enfant n’était pas assez autonome pour se débrouiller seul et que elle-même puisse y arriver seule.

Ainsi, nous serions programmés à la mode préhistorique, victimes de nos taux de substances biologiques, et conditionnés pour être en couple trois ans et, de surcroît, pour se reproduire.

Toutes ces impressions d’amour que nous vivons ne seraient en fait que des impulsions reproductrices dont, en plus, nous n’avons plus vraiment besoin étant donné l’autonomie économique des femmes et les avancées de la contraception qui permettent aux couples d’être mutuellement autonomes économiquement et de choisir le moment de leur « reproduction ».
C’est vrai mais…
 

Bon, tout ça, c’est vrai et on ne peut nier les avancées de la science en matière de neurologie. Mais cette neurologie d’une part ne dit pas tout et d’autre part n’est pas notre seule source de connaissance.

Ainsi, par exemple, nous savons depuis l’école allemande de psychologie de la gestalt qu’il faut toujours prendre en considération un principe important : le tout est plus que la somme de ses parties.

Je pense entre autres aux progrès de la science en matière de connaissance de l’orgasme masculin et féminin entre les années soixante et les années quatre-vingt-dix. Nous connaissons maintenant avec beaucoup de détails ce qui se passe dans le corps de l’un et de l’autre au moment de l’orgasme. Nous connaissons les variations électriques sur la peau. Nous connaissons les différentes phases orgasmiques. Nous pourrions décrire scientifiquement un orgasme détail par détail, physiologiquement parlant.  Pourtant, au moment de la jouissance, aucune des connaissances acquises sur le sujet ne peut à elle seule décrire exactement ce qui se passe dans l’individu. Ici, ainsi que l’énonce la gestalt, le tout est plus que la somme des parties. L’orgasme est beaucoup plus que l’ensemble de ses composantes.

De nos jours on étudie l’amour. Un amour remis en question.

De plus en plus on doute que l’amour existe. On persiste à y croire parfois de façon héroïque puis, blessé par un amour qui n’a pas marché, on recommence à douter que ça puisse marcher un jour.

J’ai peur, personnellement, que les découvertes pourtant précieuses de la biologie ne serve que d’arme à des désillusionnés de l’amour.
Pourtant, il y a plus à retirer de tout cela.
Les bonnes nouvelles de la biologie.
Car Helen Fisher ne s’est pas contentée heureusement d’étudier les couples nouvellement en amour. Elle a également étudié des couples qui se disaient amoureux depuis longtemps. Depuis dix ans, vingt ans, trente ans. Et vous savez quoi? Elle a retrouvé chez ces couples des taux comparables de NGF et de dopamine dans leur cerveau. Et les endorphines avaient été remplacés par de l’ocytocine (qui induit un sentiment de bien-être aussi). Comme si eux avaient su comment entretenir ce qui semblait inéluctable : la fin en trois ans.
Comment ont-ils fait ça?
Gottman (1994) et plus près de nous  Dallaire (2006) se sont attachés à étudier de près les couples qui sont heureux. Gottman est allé plus loin et a réussi à prédire à près de 90% affirme-t-il, la réussite des couples nouvellement formés.
Voici en vrac quelques éléments que, personnellement je juge fondamentaux.
Le couples qui marchent sont complémentaires biologiquement ainsi que sur certains points sur lesquels chacun a besoin de se développer et pareils du point de vue des études, des intérêts, de l’âge, des préférences culturelles.
 
Les couples qui marchent ont gardé leur émerveillement face à leur partenaire, sont capables de l’admirer et ne tombent jamais dans le mépris de l’autre. Ils sont capables de nommer les points sur lesquels ils admirent leur partenaire. (Ça libère de l’ocytocine!)
Les couples qui marchent ne sont jamais pendant de très longues périodes dans le silence. Ils ont des échanges fréquents. (Ça libère aussi de l’ocytocine.)
 
Les couples qui marchent se sourient fréquemment et se touchent aussi très souvent au cours d’une journée. (Encore de l’ocytocine.)
 
Les couples qui marchent ont développé cette complicité qui fait qu’ils sont des amoureux, des amants et le meilleur ami l’un de l’autre. (Toujours de l’ocytocine.)
 
Les couples qui marchent communiquent fréquemment et efficacement et n’ont pas cette illusion qu’on peut se deviner.
 
Les couples qui marchent répondent chacun à leurs propres besoins et n’entretiennent pas d’attentes magiques face à la capacité du conjoint de répondre à leurs propres attentes. Ils ont surmonté leur narcissisme et leur dépendance et entretiennent le respect l’un pour l’autre.
 
Les couples qui marchent ont pris la décision que ça allait marcher. Ce n’est ni une pensée magique ni un hasard. Ils travaillent pour que ça marche. Ils ont gagné leur longévité.
Donc l’amour, c’est quoi? Ma propre croyance… incluant la biologie.
À partir de ces quelques informations données de façon très succincte ici, je voudrais maintenant y aller avec ma propre croyance. Celle que j’ai forgée à mesure d’expériences bonnes ou mauvaises, le plus souvent mauvaises, à mesure aussi de lectures et de réflexion, à mesure d’apprentissage de techniques et enfin à mesure que je côtoie en thérapie de couple des gens qui veulent arriver à devenir un couple heureux… et qui y arrivent, la plupart du temps.
Cette dernière expérience en thérapie me permet de penser que ma vision des choses marche puisque je vois ces couples arriver à s’aimer davantage et pour longtemps.
Moi, j’aime bien me raconter une histoire.
Celle où je vais rencontrer quelqu’un avec qui je pourrai faire un couple. Une personne dont les expériences et l’être seront exactement faites pour moi au moment de la rencontre. J’aime à croire que cette rencontre est « arrangée » par l’univers au moment précis où ça arrive, même si je sais que tout ça est aussi programmé par mon cerveau. J’aime même à croire qu’il s’agit d’un rendez-vous d’âmes et que nos âmes se sont justement arrangées pour que l’on fasse mutuellement partie de notre « carte de l’amour ». Au moment où je la rencontrerai, cette personne va soit me reconnaître aussi, soit va refuser le rendez-vous. Ne nous préoccupons ici que de celle qui l’accepte parce qu’entre vous et moi, qu’est qu’on a à foutre de celle qui ne l’acceptera pas?
Cette personne aura le même niveau que moi en termes de développement personnel, aura des caractéristiques intellectuelles, émotionnelles et physiques qui me séduiront et sensiblement les mêmes goûts que moi.
Il se produira alors une magie chimique qui me fera coller à elle. Ce sera le début du sentiment amoureux et, bien honnêtement, que ça se traduise par des protéines ou des hormones, je m’en contrefous du moment que je me sens amoureux. Et du moment que la même chimie se produit en elle, bien sûr.
Cependant je ne pourrai pas ignorer que je dois bien commencer ma relation sous peine qu’elle ne dure que trois ans. Honnêtement, je n’ai pas du tout envie qu’elle ne dure que trois ans. Allez, soyons romantiques, je veux mourir dans ses bras, ou qu’elle meure dans les miens. Ou mieux, tiens. Que l’on meure ensemble dans un accident d’avion dans 40 ans.
Au début, je me foutrai un peu de ses défauts tout en sachant qu’ils me sauteront aux yeux un moment donné.
En revanche, je serai attentif à nommer clairement ce que j’admire d’elle et je cultiverai cette admiration. Je contribuerai à installer dès le départ une atmosphère de communication de détente, de sourires et de touchers qui sont le ciment du couple. Au début, il y aura une phase d’exploration pendant laquelle nous apprendrons à nous connaître afin de bien vérifier la compatibilité de cette relation.
Et pendant tout ce temps, je devrai rester très attentif à mes besoins.
Je devrai savoir les nommer clairement.
Je devrai continuer de m’en occuper moi-même.
Je devrai, en fait, observer si la personne pour qui j’éprouve ce sentiment amoureux fait aussi surgir en moi le goût de m’engager auprès d’elle.
Je devrai aussi être attentif à ce que je serais porté à lui demander de changer. Car elle doit être elle et non une autre et si je suis obligé de changer beaucoup de choses en elle, c’est que ça ne va pas. Elle est à prendre pour ce qu’elle est. Pas pour ce qu’elle devrait être lorsque j’aurai fini.
Cette phase, personnellement, je l’appelle la phase de vérification de la compatibilité. Est-ce qu’elle correspond en général à ce que j’attends de quelqu’un qui partagerait ma vie ou pas? Car en amour il y a l’amour, bien-sûr, mais il y a aussi la compatibilité. La compatibilité sans amour ferait d’excellents colocs mais pas un couple. L’amour sans compatibilité ferait d’excellents amants mais toujours pas un couple.
Je serai également attentif au moment fondateur du couple. Ce moment où, parfois inconsciemment, j’ai mandaté l’autre pour m’apporter quelque chose de précis. Il n’y a pas de mal à vouloir mutuellement se faire grandir. Au contraire, je crois qu’il s’agit là d’un enjeu important du couple. Mais je dois le connaître puisque le couple ne peut être uniquement basé là-dessus quant à sa longévité. Si, par exemple, je suis bordélique et que l’autre me séduit par son ordre, je peux lui avoir inconsciemment confié le rôle d’amener de l’ordre dans ma vie. Inversement, l’autre peut très bien s’être dit : « c’est parfait nous deux, il va m’apprendre à me détendre un peu sur l’ordre ». Mais si tout marche bien et qu’on s’apprend ce que l’on voulait, il reste quoi comme ciment de couple?
Il n’y a donc pas de mal à s’apprendre des choses mutuellement, mais on est essentiellement en couple parce qu’on a envie de l’autre, qu’on y est attaché, que l’on est bien en sa compagnie, parce que la vie n’est pas compliquée. Bien sûr, avec l’attachement se produira une diminution des relations sexuelles (ah oui, j’avais oublié de vous dire que les recherches ont aussi découvert que l’attachement et la libido ne faisait pas un parfait couple). Mais cette diminution sera largement compensée par le sentiment d’attachement, la sécurité d’être ensemble, le bien-être d’être deux, constamment dans l’élan que chacun s’accomplisse.
Et il m’apparaît alors que le seul contrat mutuel viable dans un couple est l’engagement à se pousser toujours plus mutuellement à prendre soin de nos besoins. C’est le seul qui n’a pas d’arrêt dans le temps.
Et si l’on en arrive à la conclusion que l’autre est une personne avec laquelle on peut vraiment prendre cet engagement, il faudra alors décider de cet engagement. Car l’engagement est une décision. Une décision basée sur les sentiments et basée sur notre évaluation de cette compatibilité. Il s’agit d’un engagement non pas à s’aimer mais à entretenir cet amour. L’amour ne se décide pas. Il est. L’engagement, lui, se décide.
Mais comprenons-nous bien. Ce n’est pas à l’autre à prendre soin de nos besoins. Uniquement à nous. Par contre, nous devons en permanence avoir la bienveillance que l’autre réponde aux siens.
C’est d’ailleurs cette bienveillance qui fait que chacun des deux dans le couple n’est pas simplement un égoïste.

Je pourrais longuement discourir de ce sujet. Cela vient d’un grand psychologue américain, Marshall Rosenberg qui a mis au point une méthode que l’on appelle la « communication non-violente ».

Disons en gros que nous n’avons pas appris à reconnaître nos besoins. Nous parlons souvent en verbes d’action pour décrire ces besoins : j’ai besoin de prendre une marche, j’ai besoin d’aller dans le sud. Rosenberg différencie les actions, qu’il nomme des stratégies avec les besoins qui eux, ne sont jamais des actions. Je peux choisir d’aller dans le sud parce que j’ai besoin de repos, j’ai besoin de vacances, j’ai besoin d’une dose de soleil parce que je déprime. Et pour ça, j’établis une stratégie (l’action): aller dans le sud. Or, selon cette méthode, une stratégie est toujours négociable alors qu’un besoin ne l’est pas. Toujours selon cette méthode, les besoins sont des choses dont j’ai à m’occuper moi-même et non pas à déléguer à d’autres comme mon conjoint par exemple. Ce conjoint, lui, doit cependant être dans la bienveillance que je m’occupe de ce besoin.
Cette méthode a l’avantage de mettre au bon endroit les besoins que j’ai, de pouvoir y répondre adéquatement, de ne pas attendre de l’autre des choses impossibles et nécessite que je parle toujours de moi. Je ne reviendrai pas sur ce sujet que j’ai déjà abordé dans mon article « parle-moi de toi » que vous trouverez ici :
En revanche, il nécessite que je cultive la tendresse dans mon couple. Je prends aussi la liberté de vous référer à mon article « Et la tendresse… Bordel! » que vous trouverez ici :
 
Bon. Et alors, la conclusion?
Ben en fait, voilà.
Je tire de tout ça la conclusion suivante.
Qu’on soit programmés génétiquement ou pas pour ressentir l’amour, il reste que nous le ressentons. Que ce soit des hormones ou des protéines qui en soient responsables importe peu.
Pour peu que nous le voulions, nous pouvons décider – car il s’agit d’une décision – de nous engager avec quelqu’un sur la base de cet amour et de la compatibilité nécessaire.
Ce sera alors une relation que nous aurons à travailler et non pas quelque chose qui va de soi. Et que nous aurons notamment à entretenir par des discussions, des touchers, des sourires, la bienveillance de chaque instant et l’appropriation de notre propre vie.
Plutôt que de promettre de s’aimer pour le meilleur et pour le pire jusqu’à ce que la mort nous sépare, promettons-nous alors de nous aimer, d’entretenir cet amour, de toujours faire preuve de bienveillance à l’égard de l’autre, de toujours répondre à ses propres besoins et de toujours pousser l’autre à répondre aux siens adéquatement.
La vie pour moi est une grande aventure de développement personnel. On n’a besoin de personne en particulier et de tout le monde à la fois pour effectuer ce développement. Mais quand on est deux dans le bateau, c’est plus l’fun.
Encore faut-il être conscient qu’il s’agit d’un privilège que l’autre me fait et que je fais à l’autre.
À ces conditions, les endorphines seront adéquatement remplacées par l’ocytocine.
Et à ce moment-là, on pourra dire :
Ils vécurent heureux, en paix, se poussant constamment vers le haut, à se développer eux-mêmes dans l’admiration l’un de l’autre, dans la tendresse et dans l’amour.
Ils étaient tour à tour amants et grands amis mais toujours amoureux.

Et pour ce qui est d’avoir de nombreux enfants, l’histoire n’en parle plus. C’est selon.

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11 COMMENTAIRES

  1. Bonjour Jean, félicitation pour ce merveilleux guide de l’amour vrai et durable, je trouve tellement que c’est le secret de mon bonheur. Malheureusement j’ai remarquée que les deux liens auxquels tu fais référence ne fonctionnent plus… pour tes textes « parles-moi de toi » et « Et la tendresse… bordel ». J’aurais vraimemt aimée les relire. Merci beaucoup, et j’ai partagée ton texte qui, selon moi, pourrait changer la vie de bien des gens s’ils prenaient le temps de l’assimiler et l’appliquer au quotidien.

  2. Ahh que sa me fait du bien de lire ce texte. Je n`est que 21 ans . Je suis en couple depuis deux ans . J`ai souvent des questions sur l`amour . Est-ce que sa peu duré longtemps ? Même encore aujourd’hui`hui ? Est ce que sa va toujours duré? Plein de questions.

    Nous sommes dans une période moi et mon chum ou on se demande si nos vie futur se retrouve .

    Votre texte me donne des ailes . Me donne le goût de continuer d`y croire . On s`aime moi et lui et je veux prendre le choix de continuer avec lui .

    Je dirai que j`ai une peur de l`amour avec tout ce qu`on raconte . Toute les histoires de tromperie , de divorce ,etc.Je viens a me poser des questions. Merci de me donner de l`espoir . Je sens mon cœurs remplis de confiance dans l`avenir .

    Je me disais que se ne pouvait être que reproduction . Comme si on était condamné ou plutôt dans l`illusion depuis toujours que s`était faux .Je comprend ce que la science dit mais en dehors de sa .Il y a plus que sa les hormones .

    L`amour qu`on a envers notre famille ,amis ou animaux . C`est de l`amour . Je veux dire que ce n`est pas des hormones . Alors pourquoi dans un couple l`amour ne serait-il pas vrai ?

    Voilà beaucoup de question . Mais bon les réponses je crois qu`elle sont dans notre cœur . J`y croit . Je crois en l`amour et au couple .Mes grand-parent des deux côtés ,mes parent et encore en sont de bonne exemple.

    Bon j`en parlerais bien encore mais sa deviens long comme texte .
    J`avais besoin de m`exprimer la dessus .
    Merci beaucoup

  3. Après avoir lu et entendu toutes ces vérités sur l'Amour, qu'on nous a rempli et vidé la tête de tout un tas d'idées, de pensées, de vérités qui se sont ensuite contredites, pourquoi ne pas décider de croire en l'Amour une bonne fois pour toute sans le décortiquer, le prendre comme il est ?

  4. Bonjour Claire.

    La thèse de Todd est effectivement qu'à l'origine (même à l'époque des hommes des cavernes), le fondement de la société était la famille nucléaire (homme, femme, enfants). Il va même plus loin pour dire qu'au départ il n'existait pas cette suprématie mâle contre laquelle on a dû se battre (et on se bat toujours) et que les couples vivaient dans une égalité sereine. Pourtant, il a été également établi par la biologie que le "premier couple" n'en était pas un. En effet, si la race humaine remonte effectivement à une seule femme qu'on a bien évidemment nommée Ève, il semble pourtant qu'elle ait eu plusieurs "Adam" dans sa vie. Par ailleurs si on regarde dans la nature, ce ne sont pas non plus tous les mâles lorsque vient l'accouplement, qui sont acceptés par les femelles. Par conséquent, effectivement, je ne crois pas beaucoup non plus à cette histoire de mâles se jetant sur toutes les femmes et il est très probable que des couples avec enfants aient été à l'origine de l'humanité. Je ne suis pas très certain cependant que ces couples étaient stables dans le temps (quoique l'espérance de vie de l'époque était différente de la nôtre). Mais qu'importe puisque l'on tend à revenir à ce modèle nucléaire avec égalité des sexes.

    Je crois moi aussi que l'amour est la base de tout. Mais je ne crois pas qu'il soit magique. Si le vôtre dure depuis 14 ans (bravo), c'est certainement parce que vous vous y êtes investis tous les deux jour après jour. C'est ça la vraie recette du couple réussi. En tout cas je pense.

    Merci de ce feed back et je vous souhaite que vous continuiez à entretenir ce couple qui semble bien marcher. Longue vie à vous.

  5. Emmanuel Todd, un démographe (entre autres) français très décapant, vient d'écrire un bouquin sur l'origine des systèmes familiaux. Je ne l'ai pas lu car je ne suis pas sûre que ce soit tout à fait à ma portée, mais j'en ai lu un résumé. Et ce que j'ai retenu c'est qu'à l'origine était… le couple. Ce que j'ai compris c'est que son étude des systèmes d'organisation familiale (famille cellulaire, clan, famille élargie, etc.) et de leur répartition géographique tend à montrer que la base la plus ancienne serait bien le noyau cellulaire : deux parents et des enfants. Out la vision des cro-magnons qui se jettent sur la première femme qui passent, l'engrossent et passent à la suivante !!! Moi je crois que l'amour est bien une caractéristiques de notre humanité et qu'elle est d'origine !

    Pour la petite histoire, en écho à votre article, la première fois que j'ai rencontré mon compagnon et qu'il est venu "tâter un peu le terrain", une petite voix au fond de moi m'a dit "celui-là, tu le laisses t'approcher". On est sorti ensemble et à un moment je me suis posée la question fatale : "est-ce LE bon ?". J'ai pleuré une paire d'heures, pour finir par la conclusion suivant : " Je n'en sais rien et je n'aurai pas la réponse à cette question. Mais la vie a l'air tellement moins chouette sans lui que ça vaut le coup de tenter l'aventure". Elle dure depuis 14 ans, avec parfois des bas et des doutes mais plutôt du "bien ensemble", et deux enfants ma-gni-fi-ques !
    Merci pour vos textes.
    Claire

  6. Merci de ce commentaire qui me touche particulièrement.

    Écrire ce texte a été aussi pour moi un temps fort. Et je pense aussi que j'aurais aimé qu'on m'explique cela à 20 ans. Aurai-je eu la maturité pour le comprendre? Peut-être pas non plus. Mais l'écrire a été pour moi un besoin.

    Parce que je connais bien ces jeunes de vingt ans que j'adore. Parce que je sais qu'il y a des choses qui ne marchent pas. Et parce que je n'ai pas encore vu de couple qui ne fonctionnait pas avec l'approche de Rosenberg.

    J'espère avoir pu être utile pour tous ces couples à venir ou en devenir.

    Pour le reste, bien sûr, on a toujours le droit d'y croire! Et il faut y croire. Parce que c'est la vie. Parce que c'est beau. Parce que c'est grand.

    Mais si c'est grand, ce n'est pas parce que ça transporte au 7e ciel mais parce que ça s'articule dans le temps et que c'est basé sur l'admiration, le respect, le dialogue.

    Encore merci.

  7. Texte déconcertant et apaisant à la fois.

    Déconcertant en ce sens qu'il a ravivé en moi les souvenirs de mes échecs amoureux et suscité une certaine tristesse.

    Apaisant parce qu'il m'a permis de constater qu'avec une compréhension plus approfondie du phénomène biologique (pratiquement inconnu pour moi à ce jour) qui s'opère chez l'être humain lors de la rencontre de deux êtres et des notions supplémentaires sur ce qu'est vraiment un Grand Amour, il m'est possible de rêver, mais surtout d'y croire encore.

    Comme j'aurais aimé lire ce texte à 20 ans. Il est vrai que peut-être je n'aurais pas eu l'expérience nécessaire et la maturité pour en comprendre le véritable sens, que j'aurais fait les mêmes choix, mais juste le fait d'être conscientisée sur le sujet m'aurait sûrement permis de minimiser les déchirures et les blessures.

    Pardonner à ceux qui nous ont blessés, se pardonner, accepter nos échecs amoureux, parce qu'on est empreint d'un sentiment de culpabilité par rapport à ce que nous sommes est tellement destructeur.

    Pardonner et accepter parce qu'on a une compréhension plus éclairée sur ce qu'est l'amour véritable est une ascension vers un avenir meilleur.

    Excellent texte!

    Bravo!

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