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QUAND L’AMOUR S’INQUIÈTE

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Nous avons tous aimé. Un enfant, un conjoint, un parent.

Nous avons tous aimé et nous nous sommes tous inquiétés pour ceux que nous aimions.

Je me souviens encore de ma première fille, alors qu’elle faisait des concours de piano. Mes doigts se serraient jusqu’à devenir blancs tellement je ne voulais pas qu’elle fasse une erreur. Tellement j’avais peur pour elle. Non pas pour l’erreur mais pour la déception qu’elle aurait alors.

Les gens que nous aimons doivent évoluer. Pour ça, il arrive qu’ils prennent des risques. Et très souvent, dans ces risques, nous sommes plus conscients des dangers qu’eux-mêmes. Et alors on a peur pour eux.

C’est normal. Ça vient avec l’amour. C’est aussi ça aimer.

Malheureusement, il arrive aussi que nous tombions dans la surprotection par rapport à ces risques, les empêchant ainsi d’évoluer.

Pire encore, il arrive que nous ayons tellement peur pour eux que nous menaçons de retirer notre soutien. « Si tu t’entêtes à faire cela, ne viens pas te plaindre ensuite. » Et ça, c’est terrible. Parce que ça dit le contraire de l’amour, et parce que c’est faux.

Je suis tombé dans ce piège en élevant les enfants et il n’y a pas si longtemps que j’ai réalisé à quel point c’était grave.

Je me souviens par exemple avoir accompagné une de mes filles lors de sa rupture. C’était souffrant pour elle. Je passais de longues heures avec elle tous les jours à lui remonter le moral psychologiquement. Son copain d’ailleurs avait été dégueulasse avec elle.

Après quelques temps, elle allait mieux.

Mais voilà qu’un jour elle nous annonce que non seulement elle va se remettre avec lui mais qu’ils ont aussi un projet de vie.

Évidemment, j’ai eu peur. Très peur. L’état dans lequel elle était à la première rupture ne laissait présager rien de bon s’il y en avait une deuxième.

J’ai donc répondu : « C’est toi qui le sait, mais fais attention. Protège-toi. Reste critique. Et s’il arrive quelque chose, je ne passerai pas des heures encore une fois à te remonter. Tu seras toute seule. »

Quelle horrible chose à dire à son enfant.

Évidemment, le but n’est pas de lui retirer son amour. C’est la peur qui parle. On veut que l’autre réfléchisse bien et même, peut-être, change d’idée.

Mais parfois l’appel est trop fort. L’autre doit essayer. Et notre peur risque bien d’être proportionnelle à la force de son appel. Hélas.

C’est à ce moment-là qu’il est risqué qu’on dise des choses comme ça. Et ce n’est jamais une bonne idée. Parce que c’est faux.

Quand on aime quelqu’un. Qu’on l’aime vraiment. On sera toujours là pour lui. On le soutiendra. On l’aidera. On continuera de l’aimer.

L’amour ne peut pas être conditionnel au fait de suivre nos conseils ou pas.

Oui, on s’inquiète pour son enfant qui est perdu dans la drogue. Mais s’il revient à la maison amoché, on en prendra soin, on lui trouvera un centre de thérapie, peut-être pour la cinquième fois, on lui redira qu’on l’aime.

Oui, on s’inquiète pour son conjoint qui prend des risques parce qu’il veut devenir champion de ski. Mais s’il arrive qu’il se retrouve en fauteuil roulant, on l’accompagnera, on le soutiendra. (J’espère bien en tout cas.)

Un jour, la mère de ma dernière disait à notre fille : ton père, si je l’appelais parce que ça n’allait vraiment pas, il viendrait tout de suite. Et elle avait raison.

J’ai aimé cette femme. Je l’ai aimé très fort. Et avec l’amour, il y a toujours un petit quelque chose qui reste. Même quand ça n’a pas marché. Et ce petit quelque chose fait qu’il m’arrive encore aujourd’hui de m’inquiéter pour mes ex parfois. De me demander si elles vont bien. Si elles sont heureuses. Même si ça ne me concerne plus.

Pourquoi alors dire qu’on va lâcher?

Cette menace ne vient pas de l’amour. Elle vient de la peur.

À moins, bien sûr, qu’on n’aime pas vraiment. Et ça, c’est une autre histoire.

Oui, l’amour s’inquiète. Et c’est normal. Comme c’est normal de le dire : « Je m’inquiète pour toi. » (Pas trop souvent cependant.)

Mais l’amour ne menace pas. Il comprend. Il reste là. Il remplit sa fonction. Le reste de la phrase ne devrait pas être une menace. Il devrait être une promesse.

« Je m’inquiète pour toi, mais si tu sens que tu dois faire ça, fais-le. Tu pourras compter sur moi, peu importe ce qui arrive. »

Bien sûr, on m’objectera que parfois, certains défis que ceux qu’on aime s’imposent ne sont pas sains, qu’ils courent à leur perte, que certaines conséquences sont inévitables et auraient pu être évitées. C’est vrai. Mais qui est-on pour se permettre de juger? A-t-on fini notre évolution? Faisons-nous uniquement ce qui est positif pour nous-mêmes? Faisons-nous toujours les bons choix?

Quoi qu’il en soit des choix que font ceux qu’on aime, notre boulot, après avoir bien-sûr manifesté notre inquiétude, c’est de les accompagner, de les supporter et, le cas échéant, de les aider dans les conséquences de ces choix.

L’amour, ce n’est pas la peur.

L’amour, c’est la tolérance, l’accompagnement, le don.

L’amour, c’est pouvoir dire : « Je suis là. Compte sur moi. Quoiqu’il arrive.»

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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