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GUÉRIR À DEUX DE SES BLESSURES D’ATTACHEMENT

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Je reviens du deuxième week-end de formation en thérapie conjugale centrée sur les émotions (TCÉ).

J’en reviens ébloui, heureux et avec un nouvel élan de confiance en l’amour et dans les couples qui décident sérieusement de passer au travers de leurs difficultés.

Cette thérapie, largement validée scientifiquement, permet d’aller beaucoup plus loin dans la résolution des problèmes de couple mais montre aussi des résultats stables dans le temps, ce qui est loin d’être négligeable.

J’en reviens aussi validé largement dans mes intuitions sur l’amour, mais avec de nouveaux outils, une nouvelle compréhension des dynamiques conjugales et convaincu de pouvoir aider les couples à non seulement être bien à deux, mais aussi à se guérir à deux.

 

Se guérir à deux.

Se guérir à deux…

L’expression étonne. Je l’employais déjà avant de suivre cette formation mais c’était davantage une intuition qu’une évidence. Et je dois dire que j’obtenais bien souvent de larges sourires de scepticisme, la croyance généralement répandue étant qu’il faut être d’abord guéri avant de vivre en couple.

Mais en moi subsistait une conviction : être guéri avant de vivre en couple, c’est comme s’il fallait d’abord avoir l’équilibre avant d’aller en vélo. Pourtant, c’est bien en y montant qu’on apprend à rester stable sur deux roues.

Bien sûr, on peut faire beaucoup pour soi, seul. Mais ce n’est qu’en couple que se forme le véritable laboratoire d’expériences propices à appliquer ce que l’on croit avoir trouvé. C’est là que se fait la pratique et l’affrontement de la réalité.

 

Sécurisants, anxieux et évitants.

Dans nos parcours de vie, si j’en crois Marc Pistorio, environ 56% des personnes arrivent à l’âge adulte avec un style d’attachement sécurisant, c’est-à-dire avec la confiance et la sécurité que tout ne sera pas remis en question dans un couple par une friction, une engueulade ou une colère et qu’on pourra arriver relativement facilement à trouver une solution.

Les autres se présentent dans la vie avec un attachement insécurisant, soit anxieux, soit évitant (ou un mélange des deux).

Lorsque j’ai fait mon cours de psychologie, on y présentait ces personnes comme un peu foutues car on ne croyait pas qu’elles pourraient arriver un jour à un attachement sécurisant, marquées comme au fer rouge par une enfance qu’on ne pouvait plus corriger.

Il est pourtant fréquent (la majorité de ceux que l’on voit en thérapie) qu’une personne à l’attachement évitant se retrouvera en couple avec quelqu’un à l’attachement anxieux. Seraient-ils condamnés à tout jamais à s’unir puis rompre dans un cercle vicieux où aucun des deux ne trouve jamais son compte? Devraient-ils renoncer à vivre en couple parce qu’ils seront éternellement attirés par leur contraire?

Eh bien non. Pas du tout, justement. On sait maintenant qu’il est possible d’instaurer un attachement sécurisant chez ces couples et que, très souvent, cet attachement sécurisant viendra même réparer une partie des blessures d’attachement de l’enfance, l’attachement sécurisant créant de nouvelles connexions neuronales qui permettront d’accéder à ce qui ne paraissait pas possible jusqu’alors: un attachement sécurisant.

Voyons un peu la dynamique des couples anxieux-évitant.

 

La cassette

Le partenaire anxieux est quelqu’un qui garde en tout temps son système d’attachement ouvert. Il s’est vendu l’idée qu’il a besoin de l’autre pour se compléter et pour répondre à ses besoins. Il a une peur bleue de l’autonomie et cherche la fusion dans laquelle il nage comme un poisson dans l’eau.

À l’inverse, le partenaire évitant garde sons système d’attachement fermé. Il s’est vendu l’idée qu’il doit à tout prix être autonome et qu’il est toujours préférable de se débrouiller seul. Il ne croit pas qu’’à deux on est plus fort et considère que de dépendre de quelqu’un d’autre pour quoi que ce soit est un risque qu’il ne peut se permettre de prendre, convaincu que tôt ou tard, l’autre le rejettera. C’est un champion de l’autonomie mais il se méfie de la fusion comme de la peste et par conséquent devient incapable de réelle intimité.

Ainsi, quand les deux se rencontrent, ils voient dans l’autre la partie qui leur manque : la fusion pour l’évitant et l’autonomie pour l’anxieux. Ils sont donc attirés, même chimiquement, par cette part d’eux-mêmes mise en veilleuse en eux mais très reconnaissable chez l’autre.

Au début, l’évitant fait preuve d’une grande proximité et l’anxieux d’une grande méfiance. On pourrait presque dire que chacun imite l’autre. La méfiance de l’anxieux est interprétée comme de l’autonomie par l’évitant et la proximité de l’évitant est assimilée à de la fusion chez l’anxieux. Il se disent donc : oh, voilà une personne comme moi, nous allons nous entendre. Ils ne réalisent pas que c’est exactement le contraire qui les a attirés l’un vers l’autre.

Avec le temps, l’anxieux devenant plus confiant accepte la relation et embarque véritablement dans la fusion apparente de l’évitant. Celui-ci, devant cette intimité réelle, prend peur et se retire graduellement, ce qui fait paniquer l’anxieux qui se met à le poursuivre sans relâche pour obtenir ce qu’il croit avoir eu au début. Mais plus il poursuit l’autre, plus l’évitant fuit, au point même de ne plus être en contact lui-même avec ses propres émotions.

Ainsi s’installe une cassette où l’un poursuit l’autre qui se sauve. Si la cassette se répète constamment et qu’on ne sort pas de cette dynamique nocive où plus jamais on est au même endroit en même temps, le couple est menacé et prendra fin à plus ou moins brève échéance.

Chacun des deux est dans sa peur la plus grande : l’anxieux d’être abandonné une fois de plus, l’évitant d’être envahi et de ne plus jamais s’appartenir, donc de disparaître.

 

La guérison.

Certains couples, peut-être un peu plus matures, avancés ou conscients d’eux-mêmes que d’autres, arriveront à dépasser cela. L’évitant cessera de fuir, ce qui calmera l’anxieux qui cessera de poursuivre. Ils auront alors accès à leurs réelles émotions et accueilleront leurs fragilités. En eux-mêmes d’abord, puis dans l’autre ensuite, n’hésitant plus à les partager.

Ils étaient devenus amoureux de ce qui leur paraissait fort chez l’autre, ils deviendront amoureux dans leurs faiblesses et leurs fragilités. Avec leurs vulnérabilités. Confiants que jamais l’autre ne se servira de ces fragilités pour les détruire et qu’au contraire, il sera toujours là.

Certains couples seront incapables de faire cette démarche par eux-mêmes et devront se faire aider. C‘est là que la TCÉ (thérapie centrée sur l’émotion) vient prendre toute sa place et sa valeur. En dépassant le schéma-cassette et en encourageant dans un milieu sécuritaire (la thérapie) chacun des deux à partir à la rencontre de ses propres fragilités, elle encouragera le partage de ces dernières, provoquant un nouvel élan d’amour chez des partenaires qui se découvrent l’un l’autre sous un nouveau jour, pensant à tort qu’ils ont enfin retrouvé le partenaire qu’ils avaient rencontré au début.

À tort parce que le partenaire n’est pas comme au début. Le début, c’est un masque. Un masque de fusion chez l’évitant et un masque d’autonomie chez l’anxieux.

Après la thérapie, il n’y a plus de masque.

Juste deux humains qui ont appris à assumer les deux parties d’eux-mêmes : le besoin d’autonomie chez l’anxieux et le besoin de fusion chez l’évitant. Ils pourront alors alterner dans une valse amoureuse les moments de fusion et les moments de retrait, ensembles. Sans se sentir menacés ni dans l’un ni dans l’autre.

D’une certaine façon, on peut dire qu’ils se seront guéris… à deux.

Parce que, comme dirait notre formateur, affronter un dragon seul, ce n’est pas du tout la même chose que de l’affronter à deux.

À deux, on est plus forts.

Toujours.

Et peut-être même… pour la vie.

À condition bien sûr que les deux le désirent, au moins un peu.

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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