PARLONS RÉMUNÉRATION… MAIS PARLONS-EN COMME IL FAUT!

PARLONS RÉMUNÉRATION… MAIS PARLONS-EN COMME IL FAUT!

641
0
PARTAGER

 

Avertissement : Ce texte a pour but de comparer des métiers pour lesquels on a suivi une formation. Il ne tient pas compte des milliers de gens qui travaillent au salaire minimum et qui sont certainement les plus pauvres du Québec.
Lorsqu’on parle de rémunération, on entend constamment les gens se plaindre que les autres gagnent plus, sont favorisés, que ce n’est pas juste.
Selon les dires des gens, les profs gagnent trop cher, les médecins sont dorlotés par le système, les métiers sont des laissés pour compte.
J’ai voulu en avoir le cœur net.
Parce qu’on traite facilement les étudiants de bébés gâtés qui auront des gros salaires par la suite.
Parce qu’on tape avec acharnement sur les professionnels qui sont supposément dans une classe à part.
Parce que ce n’est pas mon impression de professionnel : je suis allé voir les salaires.
Oui, oui… Quand on tape « rémunération » sur « Google » suivi du métier, on obtient les salaires moyens.
Le raisonnement que j’ai fait est le suivant.
Un étudiant au Québec en 5e secondaire a 16 ans. Il doit alors choisir ce qu’il fera de sa vie.
Il peut arrêter l’école et se trouver un boulot.
Il peut faire un diplôme d’études professionnelles.
Il peut aller au Cégep puis à l’université.
S’il se trouve un boulot tout de suite, il commencera à gagner sa vie et aura donc une qualité de vie concordante avec le salaire qu’il aura. S’il continue d’étudier, il aura toujours le niveau de vie d’un étudiant, soit en général moins de 10 000$ par année. Il ne pourra pas contrairement à celui qui choisit de travailler, se payer un appartement seul. Ce sera des colocations, des partages d’espace, bref, moins de qualité de vie.
Normalement, quelqu’un qui accepte cette faible qualité de vie est en droit de se voir promettre une meilleure qualité de vie par la suite.
Mais qu’en est-il réellement?
J’ai fait les calculs, à partir du salaire actuel de différents métiers et pour les 20 prochaines années. Juste pour voir. Juste pour me figurer ce qu’à 36 ans, âge où normalement on devrait être en train d’élever ses enfants, les gens auront comme situation selon les choix qu’ils ont fait.
Il fallait choisir et, pour se donner une idée, j’ai pris les salaires actuels que j’ai supposés stables pour les prochaines années. Les chiffres viennent des conventions collectives, du gouvernement du Québec ou de l’office de la construction. Ils supposent que la personne se trouve un boulot immédiatement en sortant de l’école et travaille toute sa vie.
Voici le résultat.
Après 20 ans, à 36 ans, le psychologue qui possède un doctorat en psychologie et qui s’est trouvé du travail dans une commission scolaire aura gagné 550 801$. Ce sera le plus pauvre du groupe.
Il sera suivi de près par l’éboueur qui aura gagné près de 600 000$ au cours de la même période.
Le troisième plus pauvre sera l’enseignant avec environ 700 000$.
Le mécanicien automobile qui s’est trouvé un travail chez un concessionnaire aura gagné quant à lui un million de dollars suivi du menuisier résidentiel à un 1,100,000$  puis du médecin de famille et de l’électricien résidentiel à 1,200,000$.
On pourrait penser que par la suite, les choses s’améliorent pour les professionnels ayant choisi d’aller à l’université. En partie, c’est vrai. J’ai pourtant fait l’exercice jusqu’à l’âge de la retraite, soit 35 ans de carrière afin de voir ce que ça changeait réellement.
Voici le résultat :
Les trois carrières les plus pauvres sont toujours les mêmes sans être dans le même ordre. L’éboueur aura en effet gagné environ 1 million dans sa vie suivi du psychologue avec 1 500 000$ et de l’enseignant avec 1 800 000$.
Les gens qui ont choisi des métiers nécessitant une année ou deux de formation auront gagné un peu plus de deux millions.
Le médecin quant à lui aura pu se démarquer avec 3 600 000$. Cette démarcation ne fera pourtant pas sentir avant le milieu de la vie.
Cette grande différence entre ceux qui ont choisi d’étudier et ceux qui n’ont pas étudié, moi, je la cherche encore. Bien sûr, les conditions de travail et le nombre d’heures travaillées ne seront sans doute pas les mêmes. C’est donc dans cette qualité de vie qu’il y aurait une différence. Sauf qu’il y en a une autre qu’on oublie souvent.
Une immense différence.
Ceux qui auront fait le choix d’aller à l’école auront eu plus d’années à vivre dans la pauvreté.
Avant de les traiter de bébés gâtés, avant de jeter la pierre aux « professionnels » qui « gagnent trop cher », il faudrait peut-être réfléchir.
Nous demandons à nos enfants d’étudier quatre ans, six ans, dix ans, d’accroître leurs connaissances afin de faire évoluer la société. Nous leur vendons l’idée qu’ils auront de meilleurs emplois. Nous les traitons ensuite comme s’ils étaient riches.
Mais ce n’est pas le cas.
La réalité, c’est que beaucoup d’entre eux vivront pour étudier une pauvreté phénoménale puis ne se rattraperont que peu par rapport aux autres qui n’auront pas fait ce sacrifice au début de l’âge adulte.
C’est particulièrement le cas des enseignants qui, au fil des années, ont perdu leur statut et qu’on traite souvent n’importe comment comme parents.
Avant d’appeler à l’école l’enseignant de votre enfant qui a 35 ans et se démène pour faire apprendre votre petit monstre, pensez à ça.
Il faut une grande passion pour faire un métier qui se situe parmi les plus pauvres et les plus maltraités du Québec.
La passion, peut-être que ça se respecte!
PARTAGER
Article précédentPARLER D'AMOUR...
Prochain articleQUATORZE HEURES OU COMMENT LA VIE NOUS JOUE PARFOIS DES TOURS QUE L'ON NE COMPREND PAS.
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

AUCUN COMMENTAIRE

REPONDRE

three × one =