Accueil Autres sujets L’ESPRIT DE NOËL

L’ESPRIT DE NOËL

708
1
PARTAGER
Je viens d’écouter deux films de Noël avec ma fille de 15 ans.
Des films américains, pleins de « Pères Noël » et sans  aucune référence au religieux.
Avez-vous remarqué par ailleurs que les films de Noël parlent rarement du côté religieux? Aucune trace de Jésus dans ces films. Ce n’est d’ailleurs pas un reproche. On écoute ces films depuis longtemps. Ils sont admis dans nos sociétés. On pourrait presque dire qu’ils sont multiculturels.
Ce sont des films clichés pourtant, que certains qualifieraient de « quétaines » sans doute. Des films qui parlent de jouets, de boutiques, d’achats mais aussi… de l’esprit de Noël, de croire au « Père Noël », de croire à un univers magique.
Et j’ai trouvé ça beau.
J’ai pleuré en fait. Pour chacun des deux films. Ému d’abord totalement  par le message. Ému aussi ensuite – et surtout devrais-je dire – par la prise de conscience du fait que je n’étais pas dans l’esprit de Noël cette année. Pas encore.
J’ai pleuré aussi, il faut dire, parce que je suis particulièrement bon public en cette matière. J’embarque entièrement dans l’histoire et, pour une heure et demie, je suis totalement croyant en la magie de Noël et tellement triste que des gens dans le film ne le soient pas.
Dans l’un de ces films, les chiens pouvaient parler mais les humains ne pouvaient les entendre que dans la mesure où ils croyaient à la magie de l’esprit de Noël. Quelle joie alors de découvrir qu’une adolescente qui n’entendait pas les chiens au départ se mettait soudain à les entendre… Elle s’était mise à croire. Comme c’était beau.
Oh, je sais… Plusieurs sans doute fronceront les sourcils, ouvriront la bouche et s’exclameront : « Mais quel kitsch, celui-là. Je ne pensais pas qu’il était comme ça ».
Eh bien, oui.
Et j’adore.
Non pas que je confonde la pensée magique et le réalisme, l’univers mythique et l’univers dans lequel nous vivons.
Mais je trouve que c’est un beau cadeau à se faire que de s’ouvrir, dans le temps des fêtes, à la l’esprit de Noël.
Car l’esprit de Noël, c’est très loin d’être un père Noël qui stoppe le temps et va mettre des cadeaux sous tous les sapins. L’esprit de Noël, c’est très loin d’être un chien qui parle. L’esprit de Noël, c’est à des années-lumière d’une croyance niaise que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ».
Non.
L’esprit de Noël, c’est l’ouverture de son cœur et de son âme. C’est la petite fissure dans le roc de nos murs de colères et de ressentiments. C’est juste, pour un temps, de croire que la vie peut être meilleure.
L’esprit de Noël amène d’ailleurs la magie de Noël.
Et la magie de Noël, c’est, à travers le personnage mythique du père Noël, une force qui représente le meilleur de nous-mêmes, les valeurs les plus profondes enfouies en soi et qui apparaissent lorsqu’on laisse tomber nos peurs de rejet, d’abandon, d’humiliation.
La magie de Noël donne des bras, des mains et des jambes  à l’esprit de Noël.
C’est la magie de Noël qui fait inviter chez soi, comme quelqu’un me confiait récemment, toutes les personnes qu’elle connait qui sont seules, comme elle, le 24 décembre au soir.
C’est la magie de Noël qui fait prendre son temps pour célébrer avec les siens l’amour et la vie.
C’est la magie de Noël qui fait mettre de côté, au moins pour un temps, les querelles et les mésententes.
C’est à la magie de Noël que tout humain aspire en secret, même celui qui est le plus blasé, le plus rabougri dans son cœur, le plus déçu par la vie.
La magie de Noël amène l’espérance dans le cœur.
La magie de Noël, au fond, c’est la récupération désacralisée de l’histoire originelle de la naissance miraculeuse.
Et ce n’est pas triste. Au contraire.
C’est beau et bon.
Parce que ça permet à tous, peu importe sa foi, peu importe son allégeance, de célébrer l’amour qui lui, n’est d’aucune religion, croyance ou Église.
Mais la magie de Noël est l’ennemi de la vitesse et de l’efficacité.
Beaucoup de gens croient, à tort à mon avis, que Noël n’est plus maintenant qu’une fête commerciale et que pour s’en sortir, il faut cesser de décorer, d’acheter des cadeaux, de célébrer même la fête.
Il y a pourtant deux manières de faire tout cela.
La commercialisation, c’est d’être pressé, de liquider tout le truc dans un minimum de temps.
Hier, je suis allé au centre commercial. J’avais besoin de trucs pour Noël. Et je n’étais pas dans la magie de Noël. Du coup, des gens m’ont reconnu, m’ont dit qu’ils me lisaient et appréciaient mes textes. Je leur ai souri mais pas assez, puis je suis revenu à mes préoccupations: trouver la guirlande de lumière qui manque pour le sapin, les décorations qui vont compléter l’ambiance de la maison, la pile à mettre de toute urgence dans cette montre arrêtée qui m’empêche de savoir en permanence combien il me reste de temps pour magasiner, quand est-ce qu’il est temps de faire le souper, à quel moment ma fille est mieux d’aller se coucher pour être en forme demain.
Et vous savez quoi? J’aurais dû mettre cette montre de côté.
J’aurais dû m’abandonner à la magie de Noël.
J’aurais dû prendre le temps de rencontrer ces humains que la magie de Noël mettait sur ma route.
Bah… Ça m’aurait retardé de peut-être 15 minutes en tout? Mais ça m’aurait permis de partager des sourires, du plaisir, des contacts chaleureux. Ça m’aurait permis d’apprécier ce temps de « magasinage ».  Parce que là, j’étais en plein dans le Noël commercial. Celui-là même, très justement, qu’on a hâte qu’il finisse.
Parce que l’esprit de Noël, c’est bien de prendre le temps. Et c’est là la deuxième manière de faire. Car ce n’est pas le cadeau que l’on offre qui compte le plus, mais le temps qu’on a passé à le choisir et à le penser. Ce n’est pas le sapin décoré qui compte, mais le temps de qualité passé à le trouver et à le décorer.
Lorsque je me suis assis, hier soir, avec ma fille, afin d’écouter ces films fétiches du temps des fêtes, j’ignorais que j’aurais une si dure et si belle leçon : « Arrête de courir, abandonne-toi à l’esprit de Noël. Tu veux de la magie, mais tu n’y crois plus. Tu veux de l’amour, mais il n’est pas dans ton cœur. Tu veux du mystère, mais tu n’es plus ouvert au mystère. Ouvre-toi. Laisse aller. Accueille ce qui est. »
Dans un autre univers, les chiens parlent, les rennes volent, le père Noël arrête le temps.
Images d’Épinal.
Dans notre univers, tout cela devient le symbole du temps pris pour s’abandonner au plaisir des rencontres, à l’amour et au partage.
Dans un autre univers, le monde est fait de lumière et de paix.
Dans notre univers, il nous est demandé d’y mettre de la lumière et de faire la paix.
L’esprit de Noël, c’est ça. Une toute petite fissure entre les deux univers.
Pourvu qu’on devienne des pères Noël.
Et que, sans arrêter le temps, on le prenne enfin pour s’ouvrir au meilleur de nous et au meilleur des autres.
À tous, un très heureux Noël.
PARTAGER
Article précédent« GRAND PARLEUR, PETIT FAISEUR. »
Prochain articleÉLOGE DE LA SUPERFICIALITÉ
Jean Rochette

Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l’auteur de « Faites exploser vos couleurs » et « Des silences ébruités » aux Éditions du Dauphin Blanc.
Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

1 commentaire

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

douze − 9 =