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UN PREMIER DE L’AN PAS COMME LES AUTRES

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Dans le texte d’aujourd’hui, mon propos n’est pas d’édifier, de convaincre ou d’élever les consciences. J’ai juste envie de vous raconter ma fin d’année et mon début d’année, histoire de faire le lien avec mon texte précédent au sujet de la prière de sérénité. Vous vous rappelez? Accepter les choses que l’on ne peut changer, le courage de changer ce que l’on peut et la sagesse d’en connaître la différence!

Hé bien on peut dire que j’ai pratiqué d’aplomb ma résolution de l’année la nuit dernière.

Il faut d’abord que je vous explique que ne voulant pas, comme l’an dernier, être seul et pris dans l’isolement et la tristesse pour traverser de 2017 à 2018, je m’étais inscrit sur une liste d’attente pour le réveillon du jour de l’an du Village québécois d’antan. Une visite du village illuminé Desjardins, un repas de l’ancien temps, de la musique d’époque et un décompte épique vers 2018 y étaient proposés.

J’ai eu ma place à la fin de la semaine dernière et j’ai réservé un hôtel car, bien qu’à seulement une heure de chez moi, je ne voulais pas conduire aussi tard de peur de m’endormir au volant. Je m’étais aussi dit que si jamais je buvais, il serait plus prudent d’avoir un endroit proche.

Je suis donc parti hier en fin d’après-midi, par -25 degrés (vous avez bien lu) et bien décidé à avoir un plaisir fou dans une activité que je n’avais jamais faite. J’étais seul mais comptais bien, l’ambiance aidant, me « faire des amis » sur place.

Une fois arrivé et inscrit, j’entrepris ma visite du village. Une musique de Noël et du Jour de l’an typique de la fin du 19e siècle était diffusée dès l’entrée du village, donnant le ton à un retour en arrière magique. Je me sentais transporté. J’étais bien.

Une première surprise m’attendait. Au bout de dix minutes à l’extérieur, j’étais essoufflé, je commençais à trembler et je dus me réfugier dans une des maisons où se trouvait de l’animation. Déçu, je me disais que j’étais maintenant bien limité avec ce seul poumon fonctionnel et l’autre plein de tissus cicatriciels. Je me sentais malade, handicapé, fini. Pendant quelques secondes, ces pensées entamèrent mon plaisir. Une petite voix se fit alors entendre en moi : « accepter ce que l’on ne peut changer »… Qu’y pouvais-je maintenant à cet état de fait? Absolument rien. Il fallait donc que je l’accepte.

Me concentrant sur ce que la dame expliquait dans la maison, je retrouvai alors le plaisir d’être là, en vie. Heureusement d’ailleurs qu’il y avait de ces maisons durant tout le trajet du village. Dix minutes dehors, puis repos bien au chaud. C’était ce qu’il fallait faire et ce que je fis.

Le reste de la soirée se passa dans l’émerveillement. La musique était entraînante, les maisons illuminées magiques et le repas délicieux.

On arriva au décompte. Cinq, quatre, trois, deux, un… bonne année.

La table où j’étais était enjouée, les « bonne année » se disaient avec cœur. C’était beau.

Une petite flûte de faux champagne venait couronner le tout.

Un plaisir immense. La promesse d’une année plus facile… dans la sérénité.

Je décidai cependant qu’il était assez tard et entreprit de partir. Seulement voilà! Les maisons, ouvertes tout à l’heure, ne l’étaient plus après minuit. Aucun endroit pour se réchauffer et un froid de canard m’empêchant de respirer. Je n’avais pas pensé à ça. Heureusement, j’obtins une place sur une petite navette (ouverte sur le froid cependant) pour m’amener à l’endroit de départ. De là, cinq minutes de marche pour ma voiture.

Cela faisait cependant déjà quinze minutes que j’étais dans le froid et je commençais à trembler de tout mon corps. À bout de souffle, j’atteignis la voiture et me réfugiai à l’intérieur, anticipant déjà le plaisir qu’elle chauffe et que je retrouve mon souffle.

Niet!

Plus de batterie. J’avais dû laisser les phares allumés.

Un moment de panique me fit tenter de la faire partir au moins cinq ou six fois malgré l’évidence que tout était à plat. Je m’essoufflais rapidement. Mes doigts avaient de la difficulté à faire entrer la clé dans le contact tellement je tremblais.

« Accepter ce que l’on ne peut changer… »

Je me repris et appelai alors le CAA, un club automobile de qui on peut obtenir un survoltage de batterie. Il fallait que je donne mon numéro de membre. Dans ce parking, sans lumière, il fallait donc que je mette mon cellulaire sur mains libres et que j’allume la petite lampe afin d’y voir clair. Mes lunettes s’embuaient et j’avais peine à lire. À chaque mouvement, je paniquais de peur de ne pouvoir y arriver.

« Accepter ce que l’on ne peut changer… »

C’est cette phrase qui revenait en boucle dans ma tête et qui me faisait tenir bon.

Une fois le numéro donné, le type du CAA me dit : « Nous serons là d’ici 90 minutes. »

Cela faisait déjà 30 minutes que j’étais dehors et j’avais du mal à respirer.

« Le courage de changer les choses que je peux changer… »

Ayant cette pensée, je dis au type du club : « Monsieur, 90 minutes, ça ne va pas. Je suis au froid, j’ai eu un cancer du poumon et j’ai du mal à respirer, je ne crois pas que je vais tenir 90 minutes. »

Moment de silence à l’autre bout du fil. Je m’imaginais que le type allait me proposer un plan « B »…

Mais lorsqu’il brisa le silence, ce fut pour dire : « Monsieur, si ça ne va pas, appelez les services d’urgence, le 911… Est-ce qu’on maintient la demande? »

« La sagesse de faire la différence… » Le plan « B » devait venir de moi.

Machinalement, je répondis que oui et raccrochai. Je ne pouvais rien changer à l’attitude et la politique du CAA.

Je me dis alors : « Tu peux le faire, Jean. Ce n’est pas grave. Dans 90 minutes, tu seras au chaud. »

Le parking était désert. Il faisait noir. Je tremblais de plus en plus. Je tins quinze minutes de plus. Mais je pouvais de moins en moins respirer. Le froid envahissait tout mon corps.

« Le courage de changer les choses que je peux changer… »

Je me dis. « Tant pis pour le CAA, j’appelle un taxi pour aller à l’hôtel et je reviendrai chercher la voiture demain. »

Nouvel exercice de manipulation du cellulaire. Recherche du taxi le plus proche sur « pages jaunes », appel… occupé. Évidemment. Il est passé une heure du matin. On est le premier janvier. C’est occupé. Tout le monde veut un taxi à cette heure-là. Tentative par cinq fois de joindre le taxi. Toujours occupé. Le désespoir m’envahit.

Remettant le cellulaire dans mes poches, je recommençai à attendre… cinq minutes.

« Le courage de changer les choses que je peux changer… »

C’est là que je me dis : « Tant pis… j’appelle les urgences… »

Haletant, en phrases coupées, j’expliquai mon problème.

« C’est une bizarre d’urgence, madame… J’ai eu un cancer… Des poumons…. Je ne respire… que très mal… au froid…. ma voiture ne part pas… la remorqueuse… pas là avant au moins une heure. Je ne vais… pas tenir… jusque-là. Difficulté à vous parler. Je… ne sais plus… quoi faire. »

La dame des services d’urgence fut très calme et très gentille. Elle me mit en attente pour voir ce qu’elle pouvait faire et revint toute enjouée.

« J’ai appelé un remorqueur, il sera là dans une demi-heure. »

« Euh… je ne crois pas que j’ai encore une demi-heure… »

« Oh… voulez-vous que j’appelle une ambulance? »

« Euh… oui, tant pis. Je paierai. Je n’ai pas besoin d’aller à l’hôpital mais s’ils peuvent me garder au chaud en attendant la dépanneuse, ce sera parfait. »

« Ça ne va pas alors. Un instant. »

Encore en attentes quelques secondes, peut-être une minute, puis elle revient en ligne.

« Monsieur, c’est réglé. Des policiers seront là d’ici cinq minutes, ils vont vous reconduire au Mc Donald et j’ai avisé la dépanneuse de vous prendre là avant de se rendre à votre voiture. »

Je jubilais. Tout se réglait. J’avais eu ce courage de ne pas baisser les bras et la sagesse de reconnaître quand je ne pouvais plus rien changer. Et la dame était d’une gentillesse et d’une compréhension incroyable.

Moins de cinq minutes plus tard, une auto-patrouille arrivait et les policiers me faisaient monter à bord de leur véhicule, non sans m’avoir d’abord fouillé afin de vérifier que je n’avais pas d’arme ou de couteau, expérience somme toute drôle à laquelle je me prêtai avec beaucoup de gratitude. S’il ne fallait que ça pour avoir de la chaleur…

À peine arrivé au McDo, le type de la remorque se pointa et m’expliqua avec une grande gentillesse lui aussi qu’on l’avait tiré du lit à cause du type d’urgence qui nécessitait un dépannage rapide. Décidément, la dame des urgences avait vraiment bien fait son boulot.

Il me fit monter à bord, prit en charge de démarrer la voiture et me permit d’attendre dans la remorque que ma propre voiture réchauffe.

Je dis alors au type : « je dois appeler le CAA pour annuler ma demande car un autre va se pointer ici et il n’y aura personne. »

Il partit à rire de bon cœur et me répondit : « Mais c’est nous le CAA »…

Je ris avec lui très fort.

Cette fois, la boucle était bouclée. Alors que j’avais essayé d’accélérer le mouvement avec le répartiteur du CAA et que ça n’avait pas marché, j’apprenais qu’un seul service de remorquage fonctionne à cet endroit et que c’est forcément eux, que l’appel vienne du CAA ou de la police.

Il riait encore lorsque je le quittai en le remerciant.

« Une très bonne année, monsieur, me répondit-il toujours en riant. »

Arrivé à l’hôtel huit minutes plus tard, je réalisai que je ne pouvais pas arrêter la voiture. La batterie n’avait certainement pas eu le temps de se recharger… Je ne me posai même pas la question, allai prendre mes affaires dans la chambre et repartit chez moi où je me couchai en me disant que mon année avait somme toute très bien commencée en pratiquant ma résolution mais aussi en trouvant sur mon chenin des gens compréhensifs, remplis de compassion et résolument prêt à aider.

Accepter ce qu’on ne peut changer…

Avoir le courage de changer ce que l’on peut…

Avoir la sagesse de faire la différence et de passer du plan A au plan B, puis C, puis D…

Et ça marche…

Bonne année à tous.

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" et "Des silences ébruités" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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