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AGIR SA SOUFFRANCE : AUTOPSIE D’UN ÉCHEC AMOUREUX OU LA PEUR DE L’ENGAGEMENT.

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Combien de fois ai-je entendu : je ne veux pas m’engager pour l’instant. Je suis bien comme je suis. Personne ne va entrer dans ma vie à temps plein. Je ne suis pas prêt à avoir quelqu’un dans ma vie.

Pourtant, ces mêmes personnes vont souvent se retrouver prêtes à avoir des relations sexuelles bien avant de se sentir prêtes à s’engager. Libido oblige, dit-on… Le corps a ses raisons, n’est-ce pas?

C’est alors qu’on se prend, temporairement, des « amoureux de remplacement ». J’ai déjà discuté de cela dans mon article sur les « fuck friends ». Et l’on refait, avec eux, des gestes intimes qui nous permettent, pour un temps, de se donner l’illusion que tout est complet sans avoir cette crainte d’être trahi, trompé, abusé que l’on a si souvent parfois vécu dans nos vies.

Mais comme la crainte subsiste, on met des règles aux fameux « fuck friends ». « Si quelqu’un s’attache, la relation s’arrête », me dit une amie en commentaire d’un de mes textes. Mais pourquoi? Parce que les lumières rouges viennent de s’allumer : « attention, attention, danger de souffrance »!

Mais pourquoi cette peur de la souffrance?

La plupart du temps parce qu’elle a déjà été vécue.

Elle a été dure, atroce, impitoyable. Et l’on n’est pas disposé à la vivre encore une fois. Ça se comprend d’ailleurs.

Il faut pourtant se demander, il me semble, pourquoi elle a été si pénible. Et pour cela, il faut regarder la genèse des relations amoureuses de notre époque.

Le blessure d’ego.

Car on entre en amour très tôt dans notre monde. À 12, 13, 14 ans, déjà, on a un « amoureux »… sans pourtant encore bien discerner les contours de notre identité.

Erickson disait que la relation amoureuse est essentiellement la rencontre de deux identités et que lorsque cette identité fait défaut, le danger est alors de confondre l’autre avec un miroir, de tomber amoureux du miroir. Quel drame alors lorsque le miroir se casse!

Reprenons ça avec des mots plus simples. À 14 ans, je ne sais pas qui je suis. J’ai des besoins, des aspirations, mais rien encore n’est concrétisé dans un projet clair. Je ne suis pas non plus conscient que je suis entièrement responsable de mes besoins. Et plutôt que de me mettre en action pour les combler, je les vis comme des manques. À 14 ans, je suis un être en manque… en manque de moi, mais je ne le sais pas encore. Et c’est dans ce contexte que je rencontre l’autre à qui je vais tout naturellement confier ces manques. Il sera responsable de les combler, de les satisfaire. Et je vais lui reprocher d’être inadéquat bien sûr. Lui aussi… Jusqu’à ce qu’un des deux en ait marre de ne pas y arriver ou d’être insatisfait. Alors il mettra fin à la relation.

Douleur…

Vous vous rappelez?

La douleur de la première peine d’amour!

Comme elle fait mal….

Comme elle est insupportable…

Comme elle est… suicidaire… aussi parfois…

Mais pourquoi?

Je crains que plusieurs n’aiment pas ma réponse : parce que c’est ultimement une blessure d’ego.

Ouille… Impossible, n’est-ce pas?

Et pourtant… qu’est-ce qu’on vit? Un sentiment d’avoir été rejeté (l’ego), de n’avoir pas été assez bon (l’ego), un sentiment de n’avoir pas été assez beau (l’ego). Bref, une impression d’être jeté comme quelque chose d’inadéquat (l’ego, encore et toujours).

Et quand commence-t-on à aller mieux? Quand on réalise que l’autre perd quelque chose, que l’on a de la valeur, qu’il ne nous mérite pas. On pourrait dire qu’on cesse de souffrir quand l’ego est réparé.

Mais on va alors répéter la même erreur. Encore et toujours…

La société nous enseigne que lorsque quelque chose n’a pas marché dans nos relations amoureuses, il faut être plus exigeant, choisir mieux le prochain, prendre son temps…

C’est bien… et sûrement vrai.

Mais l’essentiel n’a pas été dit.

Et l’essentiel à mon avis est qu’il faut cesser, immédiatement, de chercher quelqu’un qui va répondre à nos besoins. Parce qu’il n’y arrivera pas… parce que nous non plus… et que ça va finir de la même manière. Encore et toujours. Dans la rupture et la blessure d’un ego qui n’en peut plus de se sentir rejeté, humilié et trahi.

Nous entrons en relation de manière fusionnelle depuis que nous avons 14 ans mais il ne nous a jamais été dit que l’autre n’est pas là pour répondre à nos besoins, pour nous satisfaire, pour combler ce vide qu’il m’appartient de combler moi-même. Et tant qu’il en sera ainsi, je vais courir d’échec en échec après la souffrance… la souffrance d’un ego blessé parce qu’il a laissé son pouvoir entre les mains d’un autre.

Faut-il s’étonner dès lors que l’on ait peur de l’engagement?

Parce que s’engager, dans ces conditions, c’est courir après la souffrance, la dépression et ultimement, la mort.

Responsable de mes besoins.

En fait, la vérité sur laquelle plusieurs buttent, c’est que je suis le seul à être responsable de mes besoins. Personne ne peut les combler à ma place et surtout personne ne peut me remplacer dans cette tâche.

Quand on commence à réaliser cela, bien souvent, on répugne à cette idée. Cette idée qu’ultimement, on est seul. Seul quand on vient au monde, seul quand on vit, seul quand on meurt. Malgré que des centaines de personnes soient autour de nous, cette solitude que Viktor Frankl nomme la « solitude existentielle » nous envahit complètement. Déprime…

Puis on commence à prendre soin de nos besoins… Parce que personne d’autre ne va le faire à notre place. Parce que l’on est unique. Parce que personne d’autre ne peut les connaître profondément et les satisfaire aussi bien qu’on peut le faire.

Et l’estime de soi arrive. Unique… Beau… En chemin dans une vie remplie d’expériences, remplie d’êtres qui sont là…

Puis vient le moment où l’on prend alors conscience que nous sommes tous reliés. Tous inter-reliés…  Non pas pour prendre soin des besoins des autres, mais plutôt pour être témoins privilégiés des autres en train de prendre soin de leurs besoins.

Et la bienveillance arrive.

Bienveillance que les autres prennent soin de leurs besoins.

Bienveillance que les autres se réalisent.

Bienveillance, bienveillance, bienveillance… La clé du bonheur à mon avis.

De « j’ai peur de m’engager » à « je suis engagé ».

Et c’est là que nous devenons prêts à aimer, à nous engager, à faire un projet de vie aux côtés d’un autre.

C’est alors qu’on réalise que l’amour, le vrai, c’est une entente profondément engagée à ce que chacun prenne soin de ses propres besoins.

L’amour, le vrai, est un espace sécuritaire créé à deux pour que chacun soit tiré vers le haut, pour que chacun s’accomplisse, pour que chacun se réalise.

L’amour, le vrai, c’est ultimement regarder l’autre se développer et y prendre plaisir en même temps que l’on se développe et qu’on y prend plaisir.

L’amour, le vrai, comme le dit saint Paul, sait tout, comprend tout, accepte tout…

L’amour, le vrai, c’est d’abord pour moi que je l’ai, puis pour un autre pour qui je désire ardemment son propre développement.

L’amour, le vrai, c’est une création de chaque instant. C’est un engagement d’éternité à construire son bonheur et assister à la construction de celui de l’autre.

Et c’est dans ces conditions, et dans ces conditions uniquement, que mon lien à l’autre devient fort et grand. Et qu’il peut se manifester par une fusion amoureuse dans la complicité des corps. Une fusion qui fait du bien puisqu’elle est temporaire. Temporaire mais sacrée.

Je me perds un temps en toi pour me retrouver ensuite. Nous ne faisons qu’un parce que nous sommes deux.

Et je sais que cet espace que nous avons créé existe, qu’il est là, pour toujours.

Parce qu’il y a toi, moi… et cette relation qui nous fait grandir.

De quoi aurais-je peur?

Épilogue.

Je dis souvent que ma dernière relation amoureuse a été géniale même si elle n’a pas marché parce que chacun vivait des besoins incompatibles.

Je dois dire ici que mes mots ne sont pas les bons.

En fait, cette relation a très bien marché.

Ce fut un grand amour où nous nous sommes créé un espace de développement. Et c’est dans cet espace de développement que nous avons été amenés à constater que sa vie l’amenait ailleurs. Je l’ai aidée à y aller. C’était beau.

Et la fin de cette relation n’a pas été souffrante au sens habituel de déprime.

De la tristesse, oui. Bien sûr. C’est normal. La tristesse de l’absence.

Mais aucune blessure d’ego. Aucun sentiment de rejet. Aucune amertume.

Que le plaisir du développement et la tristesse d’un départ.

L’amour, au fond, n’est-ce pas justement ça?  Se développer soi-même de plus en plus et d’être dans l’ébahissement de l’autre qui se développe?

C’est beau, c’est sain, et bien sûr, c’est sexuel. Mais au sens intégré du mot.

Un engagement?

Dans ces conditions? Mais bien sûr.

C’est quand vous voulez.

Je le suis déjà auprès de moi. Si vous l’êtes auprès de vous, on peut peut-être l’être ensemble.

Ça fait grandir.

Et c’est merveilleux!

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