DÉPASSER NOS « PATTERNS » TOXIQUES.

DÉPASSER NOS « PATTERNS » TOXIQUES.

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NOTE: Un « pattern toxique » est un ensemble de comportements que l’on répète de façon quasi automatique et qui pourtant nous nuit: exemples – manger ses émotions, tomber systématiquement amoureux du même genre de personne toxique pour soi – recourir à l’alcool à chaque fois qu’on a un stress à gérer.


Ce matin, j’ai publié un commentaire sur Facebook qui se lisait comme suit :

 
« L’ouverture à ce que la vie amène est le meilleur moyen de dépasser nos patterns. Dans l’ouverture, la vie se charge du reste. »
 
Quelqu’un m’a répondu : « Il faut peut-être juste ne pas ouvrir à nos patterns. »
 
Je trouve qu’il s’agit de deux positions intéressantes qui me donnent l’élan d’écrire cet article pour préciser davantage ma pensée.
 
Nous avons des patterns de comportement. Nous en avons tous en fait. Dans différents domaines : amoureux, financier, affectif en général, alimentaires, même. Bref, il nous arrive dans certains domaines particuliers de notre vie de « recopier la recette » que nous avons l’habitude de faire.
 
Parfois, c’est bon. Et quand c’est bon, c’est vraiment une bonne idée de la recopier. On ne change pas une recette gagnante.
 
Mais parfois, c’est toxique. Pourtant, on a tendance à recopier indéfiniment cette recette toxique et l’on se surprend à chaque fois de se retrouver dans le même pétrin.
 
J’ai l’habitude de dire à mes clients : « Si tu veux aller à Chicoutimi et que tu t’entêtes à prendre l’autoroute 20, ne soit pas étonné de toujours te retrouver à Montréal. »
 
Je pense que tout le monde sera d’accord avec ça.
 
Seulement voilà : comment on fait pour changer de route alors que bien souvent, on ne s’aperçoit même pas qu’on a pris la même?
 
Et c’est ici que les deux remarques Facebook deviennent précieuses et intéressantes. Précisément parce que les deux sont vraies, mais doivent être mises dans un ordre chronologique.
 
Je disais donc :
 
L’ouverture à ce que la vie amène est le meilleur moyen de dépasser nos patterns. Dans l’ouverture, la vie se charge du reste.
 
J’aurais dû écrire : l’ouverture au nouveau.
 
Et je réalise que si je ne l’ai pas écrit, c’est simplement parce que c’est devenu évident pour moi. L’ouverture au vieux, en fait, n’est pas une véritable ouverture. Précisément parce que c’est du vieux, du connu, on peut dire que nous sommes encore dans la fermeture. On continue de prendre encore la même route, fermé aux autres embranchements qui nous amèneraient ailleurs. Il s’agit donc encore de rester enfermé dans nos vieux patterns. On reste en territoire connu. Comment alors qualifier cela d’ouverture?
 
Non. L’ouverture, c’est véritablement d’accueillir ce qui vient dans notre vie et de s’ouvrir aux infinies possibilités de l’univers dans la mesure où, dans un domaine toxique de notre vie, nous constatons que c’est nouveau par rapport à ce que l’on connait.
 
Je vous entends déjà dire : oh, mais on peut se tromper. Il est possible que, sans le vouloir, on s’embarque encore dans un vieux pattern alors que cela nous semblait nouveau.
 
Bien sûr. Par contre, on aura déjà éliminé ce qui est vieux et évident.
 
Pour le reste, c’est là que la deuxième remarque devient intéressante.
 
Elle disait : « il faut peut-être juste ne pas ouvrir à nos patterns. » Évidemment.
 
Sauf qu’il s’agit ici d’une position de fermeture : ne pas ouvrir. C’est une attitude fermée. Et elle n’est pas mauvaise. Seulement elle doit venir en deuxième.
 
Dans un premier temps, j’accueille dans ma vie ce qui vient et paraît nouveau.
 
Dans un deuxième temps, je me referme immédiatement dès que je me rends compte que je suis sur la vieille route.
 
Le tout étant simplement une question de « timing ».
 
Si je n’ai que l’attitude « ne pas ouvrir », je risque de ne pas voir le nouveau à travers le vieux.
 
Si je n’ai que l’attitude « ouvrir » sans discernement, je risque de répéter mon pattern toxique.
 
Pour moi, la vie est d’abord et avant tout accueil et confiance. Accueil dans une attitude d’ouverture et de curiosité à ce que la vie m’apporte. Confiance qu’à travers ce qu’elle m’apporte, il y aura des choses qui me permettront de grandir et d’avancer.
 
Je crois en fait très fermement que la vie n’apporte des occasions de vieux patterns uniquement lorsqu’on n’a pas encore compris. Comme pour nous pratiquer à dire non. Et une fois qu’on a passé l’examen, la vie nous amène alors ce qu’il y a de plus beau et de plus merveilleux.
 
C’est une croyance, certes, mais c’est la base de ma confiance en la vie.
 
 
 
Tranche de vie :
 
Il y a quelques années, je venais de sortir (depuis 1 an et demi) d’une relation « contrôlante » de diverses manières (vous savez, celles qu’on appelle « Germaines » parce qu’elles gèrent et qu’elles mènent?). On m’a présenté (par e-mail) une personne qui avait écrit des textes merveilleux sur le « vivre et laisser vivre ». Lorsque je lisais ses textes, c’était pour moi un vent de fraîcheur par rapport à ce que je venais de vivre. Ça sentait le nouveau. Wow.
 
Cette dame vivait à 7 heures de route de chez moi. Ouais… Mais tant pis. Dans l’ouverture et la confiance, un rendez-vous fut pris.
 
Arrivé pour souper, elle avait préparé des amuse-gueules puis avait prévu qu’on irait au restaurant (le restaurant était déjà prévu et réservé), puis qu’on partirait voir une exposition qui avait lieu dans sa ville. C’était en fait un peu trop organisé à mon goût mais je me disais : « Attend, ne referme pas tout de suite, donne une chance au coureur. Il est peut-être normal de prévoir tout pour son invité le premier soir et c’est peut-être simplement un indice de bienveillance. »
 
Avant de partir pour le restaurant, elle mit sur la table près de moi un bonbon en me disant : « Tiens, mange un petit bonbon à l’érable. » Je répondis : « Non merci, c’est gentil mais non, ça va aller. » Elle poussa alors le bonbon de quelques centimètres vers moi et ajouta : « Tu vas aimer. » Je répétai alors : « Merci beaucoup, mais je n’aime pas les bonbons durs. » Elle ne fit ni une ni deux et poussa encore le bonbon un peu plus près de moi en insistant : « Il est à l’érable. »
 
Ouf…
 
Je sentis alors monter en moi les forces de fermetures. Mais je résistai encore. Je voulais absolument rester dans l’ouverture jusqu’à ce que ce que je pressentais devienne évident.
 
Vint alors l’épisode du restaurant. Deux petites choses seulement, mais bon… Au cours du repas, elle me demanda si je mettais toujours mes coudes sur la table quand je mangeais. Mon radar à « Germaines » s’enclencha immédiatement en me revoyant à 8 ans avec ma mère qui me disait à peu près la même chose. Je répondis donc du tac au tac : « Ça m’arrive, oui, ma mère n’a pas réussi mon éducation là-dessus. » Je l’avais dit à la blague, et les rires des deux côtés vinrent alléger l’atmosphère.
 
En partant du restaurant, elle me demanda alors en me regardant de loin : « Est-ce que tu courbe toujours les épaules comme ça? C’est très dangereux pour la colonne vertébrale, ça. » À ce stade, je préférai ne pas répondre. Et nous partîmes pour l’exposition.
 
Il s’agissait en fait d’une exposition sur quelque chose qui ne m’intéressait pas vraiment, mais bien résolu à me laisser aller à cette ouverture qui devenait quand même de plus en plus petite, j’avais cru bon de ne pas le mentionner.
 
Après une heure de recherche de parking, je luis dit cependant : « tu sais, je ne tiens pas plus que ça à voir cette exposition. On peut très bien retourner et simplement bavarder afin de mieux se connaître. » Et elle me répondit d’un ton autoritaire : « Tu vas la voir. »
 
Oh.
 
My.
 
God!
 
Je sentis en moi tout d’un coup cette fermeture complète qui caractérise très exactement la phrase de Facebook précédemment citée : « Ne pas ouvrir à nos patterns. »
 
Je connaissais très bien cette attitude d’imposer à l’autre ce que l’on considère juste et bien.
 
Je connaissais donc très bien la suite si j’embarquais dans ça.
 
Rendu à l’exposition, nous avions pris tellement de temps qu’elle était fermée, ce qui me fit bien rigoler et je pris congé en me disant fatigué et en me félicitant d’avoir pris une chambre d’hôtel et de ne pas avoir accepté sa proposition de dormir chez elle.
 
Et ce fut tout. Je ne la revis pas.
 
Au final, ce fut une expérience très enrichissante puisque j’avais eu la preuve que même lorsqu’on ouvre au nouveau, la vie fait en sorte que l’on reconnaisse tout de même nos anciens patterns assez vite et qu’on puisse se refermer bien en temps.
 
Pour moi, c’est ça la vie. Elle nous présente au moment opportun très exactement ce qu’il faut pour nous faire avancer. Pour peu qu’on soit ouvert, et pour peu qu’on fasse confiance.
 
J’ajoute que cette femme n’était pas une mauvaise personne, loin de là. Elle m’a d’ailleurs confié par e-mail beaucoup plus tard qu’elle avait effectivement un côté contrôlant mais qu’elle ne savait pas ce qui lui avait pris ce soir-là, se disant beaucoup moins pire que ça d’habitude. Et elle ajouta : « C’était plus fort que moi! »
 
Ah la vie…


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Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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