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ÉLOGE DU QUOTIDIEN

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« Nous sommes samedi. Il est 5h30 du matin. Je suis réveillé. Parce que je me lève tôt mais aussi parce que je sais qu’elle a mis le réveil à 6h et que je me réveille toujours une demi-heure avant un réveil. C’est juste une habitude.

Elle travaille ce week-end. Moi pas. Je me lève sans faire de bruit et me faufile dans la cuisine pour appuyer sur le bouton de la cafetière. Elle a préparé le café la veille. Elle fait toujours comme ça. J’appuie sur le bouton à mon réveil. Je fais toujours comme ça aussi.

Le volume éteint, pour ne pas la réveiller, j’ouvre l’ordinateur pour vérifier mes messages, fureter un peu et me réveiller doucement. Le café prêt, j’en prendrai deux, pas trois. Parce que je ne sais pas si elle va remplir son thermos ce matin, parce que je ne sais pas si elle en aura besoin d’un peu plus ou d’un peu moins. Et parce que je veux l’attendre. Je l’attends toujours les jours où elle travaille.

À 6h, le réveil va sonner. Il me reste dix minutes. Parce qu’elle va « snoozer ». Elle fait toujours ça. Une fois.

À 6h08, j’irai la trouver et avant que le bruit du réveil retentisse à nouveau, je lui passerai la main dans les cheveux en lui murmurant « bonjour toi ». Elle adore ça et moi aussi. Alors on fait toujours ça.

Elle va alors se lever et filer directement dans la douche. Parce que c’est son habitude et qu’elle fait toujours ça. Au moment où elle s’assoira sur le lit pour se sécher les cheveux, je sortirai deux assiettes, deux couteaux, le beurre d’arachides pour elle et la confiture pour moi et je mettrai trois tranches de pain dans le grille-pain. Une pour elle, et deux pour moi. Nous mangeons toujours ça.

Quand elle aura fini de se sécher les cheveux et de s’habiller, tout sera prêt. Elle viendra dans la cuisine et remplira son thermos pour la route. Puis elle me servira un autre café. Elle fait toujours ça. Elle mettra même le lait mais oubliera le sucre. Elle oublie toujours le sucre. Je l’ajouterai, nous nous raconterons nos rêves, puis elle partira.

Un court baiser servira de « bonne journée », puis je me recoucherai sans doute une heure. J’aime bien m’étendre ainsi le samedi matin. 

Mais lorsque je m’étendrai, ce sera rempli d’un calme, d’une paix, du bonheur et de la sécurité de partager nos quotidiens. »

Certaines personnes cherchent l’intensité dans des événements extraordinaires, dans des moments sommets, dans des grands éclats ou même dans des querelles. Ils n’ont sans doute jamais pensé à toute l’intensité qu’il y a dans le ron ron d’un chat, dans la bienveillance au quotidien d’un amour pétri dans une exquise routine.

Bien sûr, il y aura d’autres moments plus exotiques, plus variés. Il faut briser cette routine parfois à l’instant précis où on risque de ne plus la goûter à sa juste saveur. Mais le bonheur ne consiste pas en ces seuls moments intenses entrecoupés de routine.  Le bonheur consiste aussi à rechercher l’intensité dans cette routine.

Car il y en a.

Lorsque l’amour s’incarne au quotidien, il prend le nom de bienveillance.

Bienveillance de faire le café la veille. Bienveillance de ne pas faire de bruit. Bienveillance de laisser du café. Bienveillance de la laisser aller à son rythme, bienveillance de me resservir du café. Bienveillance de préparer le déjeuner. De simples petits gestes qui viennent simplement dire : je t’aime toujours… et je pense à toi, tout en pensant à moi.

C’est la danse du quotidien.

L’intensité de la vie courante.

Le ciment de la relation.

Et c’est aussi de l’amour.

L’amour conjugué au présent.

Un présent au goût d’éternité.

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