LA SYNCHRONICITÉ: ET SI LE HASARD ÉTAIT PLUS QUE DU HASARD?

LA SYNCHRONICITÉ: ET SI LE HASARD ÉTAIT PLUS QUE DU HASARD?

773
0
PARTAGER

Il arrive parfois que deux événements se produisent ensembles sans qu’aucun lien ne cause à effet ne les relie. Pourtant, ces deux événements produisent en nous un sens particulier qui nous aide et qui nous fait nous mettre en mouvement pour notre plus grand développement.

C’est Carl Gustav Jung qui, le premier, parla de synchronicité. Le cas classique qu’il rapporte est le suivant:

« Une jeune patiente eut à un moment décisif du traitement un rêve dans lequel elle recevait en cadeau un scarabée doré. Pendant qu’elle me rapportait le rêve, j’étais assis le dos à la fenêtre fermée. Tout à coup, j’entendis derrière moi un bruit, comme si l’on frappait légèrement à la fenêtre. Je me retournais et vis qu’un insecte, en volant, heurtait la fenêtre à l’extérieur. J’ouvris la fenêtre et capturai l’insecte au vol. Il offrait la plus étroite analogie que l’on puisse trouver à notre latitude avec le scarabée doré. C’était un hanneton scarabéide, Cetonia aurata, ‘le hanneton des rosiers commun’, qui s’était manifestement amené, contre toutes ses habitudes, à pénétrer dans une pièce obscure juste à ce moment. Je dois dire tout de suite qu’un tel cas ne s’est jamais produit pour moi, ni avant ni après, de même que le rêve de ma patiente est demeuré unique dans mon expérience. »

Jung et ses successeurs apportèrent beaucoup de mises en garde sur l’importance de ne pas voir de coïncidence significative quand il n’y en a pas. Dans notre société où la « mode » veut que l’univers nous envoie des signes constamment, il serait en effet facile de se mettre à interpréter tout comme de la synchronicité.

On peut par exemple se fabriquer des sens qui, par la suite, deviennent vides et ne sont pas aidants. Ainsi quelqu’un qui venait de faire faillite gagna le lendemain 20$ à la loterie. Il interpréta cela comme un signe que l’univers s’occupait de tout et ne le laisserait pas tomber. Il fut déçu par la suite de constater qu’il ne gagnait plus rien et que plusieurs mois de difficultés financières s’ensuivirent.

Par contre, Jung qui devait rester dans le champ de la psychologie et de la psychanalyse fut suspecté d’inclure à son domaine un mysticisme qui, jugeait-on, n’avait pas sa place dans ce domaine. D’ailleurs, Jung n’alla pas très loin sur cette piste et resta, dit-on, volontairement vague sur ce concept.

Essayons d’aller plus loin non seulement à la lumière de la psychologie mais aussi à la lumière des spiritualités.

En psychologie, le coeur de la définition de synchronicité est le fait que la personne interprète les événements comme ayant un sens et surtout que cela la fasse avancer. Cette interprétation est entièrement subjective et relie les deux événements (ou plusieurs) ensembles bien qu’un lien objectif ne soit pas possible.

En spiritualité, on trouve un peu partout la conviction qu’il existe au-delà de notre expérience, une intelligence qui nous guide dans la vie. Les anges gardiens catholiques sont des protecteurs. Le Père  pourvoit aux besoins de ses enfants dans le christianisme. Krishna dans l’hindouisme remplit les désirs de ses dévots. Allah a prévu une destinée pour les hommes.

Si on relie les concepts psychologiques aux données des théologies, on peut adopter une croyance selon laquelle il peut exister dans la vie des signes, des événements intégrateurs, des pistes prévues par Dieu, l’univers, le destin, qui fait que les humains ne sont pas seuls. Si on va plus loin, on peut penser qu’à chaque instant, quelque chose ou quelqu’un s’occupe de nous venant de l’au-delà.

Il y a quelques années, une sorte de poème avait été publié qui parlait d’un homme marchant dans le désert et voyant deux séries de pas: les siens et ceux de Dieu. Plus loin, alors que le chemin devenait de plus en plus difficile, on ne voyait qu’une seule série de pas et l’homme se plaignait d’avoir été abandonné par Dieu. Dieu s’exclamait alors que les pas était les siens. Il portait l’homme.

Plus près de nous, dans une sorte de littérature « nouvel âge », le concept de « guide » est apparu selon lequel chacun de nous sommes guidés de l’au-delà pour nous aider à réaliser notre vie de la façon la plus adéquate possible.

La question souvent posée est: est-ce vrai? Est-ce possible?

Mais est-ce la bonne question?

Il me semble que la notion de synchronicité nous aide à répondre à cela.

En fait, c’est plutôt la subjectivité humaine qui apparaît au premier plan.

Est-ce nécessaire de savoir avec certitude si les « hasards » sont vraiment des hasards alors que leur sens nous porte et nous fait avancer? N’est-ce pas inutile de discourir sur la véracité de tout ça alors que ça nous conduit à avancer, à faire reculer les zones d’ombre en nous et au final à nous rendre heureux?

Croire par exemple qu’  « il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous », ça fait du mal à qui?

Si cela nous pousse à chercher un sens à ce qui arrive, à prendre davantage responsabilité de sa vie, à faire de plus en plus de bien autour de soi, à profiter au maximum des gens qui croisent notre route, qu’importe que ce soit un hasard ou un rendez-vous?

À un moment de ma vie, alors qu’une séparation soudaine déchirait mon cœur et me laissait en lambeaux, alors que tout le monde me disait que ça faisait aussi mal parce que j’étais « dépendant affectif », alors que je doutais moi-même de l’amour, juste au moment où, dans une librairie, je cherchais un livre sur la dépendance affective afin de me « soigner » de cette tare que je portais, un commis mis sur les tablettes le livre de Marie-Lise Labonté « Parlez-moi d’amour vrai », un livre qui fut une bénédiction dans ma vie car il amenait justement dans la définition de l’amour, le concept de fusion non pathologique que je pressentais d’instinct mais que j’étais en train de nier. Cela me permit de me croire, de continuer à avancer et de sortir de la nuit dans laquelle je m’enfonçais.

Une intelligence avait-elle fait en sorte que, par coïncidence, je me trouve justement à cette librairie en train de chercher sur le sujet et que ce soit précisément à ce moment que le livre arrive sous mes yeux? Était-ce simplement un hasard: je m’étais trouvé au bon endroit au bon moment? Est-ce bien important de le savoir?

N’est-il pas plus important de vivre ce moment chargé de sens pour moi dans toute la splendeur de ma propre subjectivité? N’est-il pas plus important que je m’approprie ce moment comme étant un moment charnière de mon développement, que j’en profite au maximum, que je dévore le livre avec passion, que j’éprouve le soulagement provoqué par un « je le savais » intérieur qui rehausse l’estime, met un baume sur le cœur et prépare à aimer de nouveau?

Je crois que certains « intellectuels » se prennent les pieds dans les fleurs du tapis. À vouloir tout analyser, on finit il me semble par oublier de vivre.

Je propose qu’on vive les synchronicités pour ce qu’elles sont: des moments charnières où l’on a l’impression que l’univers s’ouvre à nous, où l’on ressent que l’on n’est jamais seul et que nous sommes tous reliés. Je propose qu’on utilise ces sens – fabriqués de toute pièce ou pas – pour se donner l’élan de développement nécessaire à notre plus grand accomplissement.

Ce soir, quelqu’un m’a dit: c’est curieux, je te parle comme à un vieil ami. J’ai répondu: mais je suis un vieil ami. Et l’autre a enchaîné: mais on ne se connaît pas, tu n’es pas mon vieil ami… Qu’importe au fond? Le nombre de mois de connaissance rationnelle ou le senti du moment qui permet d’exprimer son âme?

Moi, j’ai senti un certain temps que je permettais à cette personne de grandir, de s’épanouir, de se confier. Comme à un vieil ami.

Et curieusement, sa réaction a suscité cette réflexion et cet article.

Nous avons tous deux gagné au change.

Cette personne, ce soir, ressent qu’elle est seule, abandonnée par l’univers. Et pourtant… ce soir, elle a rencontrée un vieil ami.

Coïncidence ou synchronicité?

Qu’importe, si ça fait vivre?

PARTAGER
Article précédentJE N'AI PAS DE DÉFAUTS, JE N'AI QUE DES QUALITÉS... MAIS JE LES EXAGÈRE.
Prochain articleJE SUIS DÉPRESSIF... ET J'Y TIENS!
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

AUCUN COMMENTAIRE

REPONDRE

seventeen − 15 =