Accueil Développer 10 attitudes MAIS QUI A MIS DES GRAINES DANS MON POT DE MARGARINE?

MAIS QUI A MIS DES GRAINES DANS MON POT DE MARGARINE?

867
4
PARTAGER

L’être humain aime bien séparer les gens en catégories. Cela lui permet de mieux comprendre, même si au final, toutes les typologies sont un peu réductrices.

Moi, j’ai une manière peu commune de séparer les gens. Pour moi, les humains se divisent en deux grandes catégories. Il y a d’abord ceux qui ne répugnent pas à laisser leur trace dans le pot de margarine où l’on peut très souvent identifier des éléments de ce qu’ils ont mangé depuis une semaine. Graines de pain, moutarde, Nutella et mayo se chevauchent allègrement dans le pot, rendant, à mon avis, peu appétissant le recours à ce dernier.
Vous l’aurez deviné, je fais partie de l’autre catégorie. Je ne laisse pas ma trace dans le pot de margarine. En fait, je déteste ça.
Bon. C’est bien beau de telles catégories, mais vous vous demandez sans doute où je veux en venir avec tout ça.
En fait à une autre typologie. Celle des gens qui se foutent du pot de l’autre et des gens qui le respectent.
Laissez-moi vous expliquer.
Vous allez chez quelqu’un. Il vous invite à manger et sort un pot de margarine à moitié plein mais impeccable. Nulle trace ici de ses autres repas. Si vous êtes quelqu’un qui laisse ses traces dans la margarine, qu’allez-vous faire.  En laisser? J’espère bien que non.
Mais croyez-le ou non, il y a des gens qui vont tout de même n’en faire qu’à leur tête. Le pauvre bougre aura alors à retirer après coup tout ce que ses invités ont laissé dans son pot.
Vous allez alors sans doute me dire que je suis contrôlant. Et assez curieusement, je vous dirai que non. C’est en fait le contraire qui se passe. C’est la personne qui a laissé ses traces qui est en fait contrôlante puisqu’elle impose à l’autre une manière de faire qui n’est visiblement pas dans ses habitudes.
Et c’est là tout le mystère du contrôle.
De quel droit vais-je imposer à un autre ma façon de me comporter chez lui? Il est chez lui n’est-ce pas?
Il y a quelques années, alors que je commençais une toute nouvelle relation avec une femme, nous avions eu une prise de tête au sujet des verres. Personnellement, en effet, je pose les verres dont je me sers régulièrement à l’endroit dans l’armoire. Je trouve ça plus pratique lorsque je les prends. Je lui avais donc simplement dit : met les verres à l’endroit. Ce n’était ni agressif, ni insistant. Seulement une demande. J’ai pourtant eu droit alors à un couplet sur le contrôle ainsi qu’à un couplet sur la poussière qui peut se déposer dans les verres m’imposant ainsi sa façon de voir comme la seule possible. Et elle s’obstina à les mettre à l’envers en me traitant de contrôlant… jusqu’à ce que je l’aide à faire la vaisselle chez elle. Elle fut alors complètement surprise de voir que je déposais ses propres verres à l’envers dans l’armoire et me passa la remarque que j’avais enfin compris. Je lui expliquai alors que je préférais toujours les verres à l’endroit mais que nous étions chez elle et que je considérais qu’il était important que je respecte chez elle sa propre façon de voir.
Je ne suis pas contrôlant. Mais je suis territorial. Il y a aussi des gens qui ne sont pas comme ça mais moi, je le suis. Lorsque je vais chez les gens, je respecte leur façon de faire et j’en attends tout autant lorsqu’ils viennent chez moi.
C’est en fait tout le contraire du contrôle. C’est simplement une question de respect.
Lorsqu’on pose la question du contrôle, il est important de se rappeler le pot de margarine. Imposons-nous notre façon de faire aux autres ou bien nous plions-nous à leurs propres habitudes?
Le proverbe dit : à Rome, on agit comme les romains.
C’est une chose à laquelle je crois profondément.
Si vous venez chez moi, je vais vous demander de ne pas laisser vos traces dans la margarine.
Si je vais chez vous, je vais prendre la couche d’en-dessous sans dire un mot sur la quantité de repas qu’il y a dans votre pot
Et si d’aventure un jour, il m’arrive de vivre avec quelqu’un qui aime bien couvrir sa margarine des séquelles de ses sustentations passées, hé bien nous aurons deux pots, ma foi, et je mettrai mon nom sur le mien. Parce que si je l’aime, je ne voudrai pas l’obliger à agir comme moi mais qu’à l’inverse, puisque je m’aime, je ne désirerai pas pour moi-même mêler le Nutella à la moutarde et la mayo.
Quand mon propre respect me conduit à ne plus respecter l’autre, on parle de contrôle. Mais quand ce respect est ciblé et ouvert, exigeant autant respect pour soi que pour l’autre, on parle de territorialité.
Et ça, c’est tout sauf du contrôle.
PARTAGER
Article précédentL’ILLUSION D’ALTRUISME
Prochain articleCONTEMPLATION
Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

4 COMMENTAIRES

  1. Pour moi, le respect de soi et de l'autre est non seulement possible pour tout mais aussi nécessaire à la viabilité d'une relation. Lorsque deux personnes vivent ensemble, pour reprendre l'exemple des verres, pourquoi ne pas laisser la personne qui les range les ranger comme elle veut? Ici, c'est un territoire commun. Chacun doit y trouver sa place. Mon article faisait référence à la territorialité, lorsque chacun a un territoire propre. L'entrée dans un territoire commun doit se faire avec l'ouverture de se remettre en question sans tenter d'imposer à l'un ou l'autre une façon de faire. Si je pars en territoire commun avec l'idée que la seule bonne façon de faire est la mienne, je risque de devenir contrôlant et ce faisant, je m'approprie le territoire qui, au départ, devait être commun.

  2. J'adore ! J'avais lu le même exemple avec le bouchon de dentifrice. Je crois que c'est Jacques Salomé qui prends cet exemple. Chacun son tube, chacun sa margarine. Mais alors pour les verres ? Si vit commune, l'un range son verre à l'endroit et l'autre son verre à l'envers ? Je veux dire par là est-ce que ce respect de soi et de l'autre, sans être contrôlant, est possible pour tout ?
    Merci Jean.

  3. woaww j aime tellement l'idée d 'voir chacun notre pot de margarine….bon je fais de la place dans le frigo, pour un deuxieme pot…
    j'aime bien votre texte,merci de ces belles réflexions qui sont a chaque fois apportés avec autant d'humour que de vérité.

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

sept + 7 =