Accueil Amour QUATORZE HEURES OU COMMENT LA VIE NOUS JOUE PARFOIS DES TOURS QUE...

QUATORZE HEURES OU COMMENT LA VIE NOUS JOUE PARFOIS DES TOURS QUE L’ON NE COMPREND PAS.

2265
27
PARTAGER

 

Cet article fera différent des autres. Il contient une expérience que j’ai faite à Cuba. Il est bourré de sentiments personnels que j’ai vécus là-bas, de références à ma propre vie. Encore plus que d’habitude. Si j’ai décidé de le publier, c’est bien sûr d’une part que j’ai envie d’en parler, mais aussi parce que je crois qu’il rejoindra beaucoup de gens qui ont parfois l’impression que la vie est une allumeuse qui nous fait miroiter ce qu’au final on n’aura pas. Et ma foi, je partage l’opinion de ceux qui n’ont aucune idée du pourquoi ça se passe ainsi. On dirait que c’est à vivre. Et il faut espérer que ça nous prépare à autre chose.
Vous aurez sans doute l’impression d’être voyeur dans cet article. Ne vous gênez pas, si vous êtes mal à l’aise, pour abandonner sa lecture.
Mais avant de commencer, je dois vous raconter un fait que vous aurez en mémoire tout au long de cette lecture. Un fait anodin que j’avais moi-même oublié.
Il y a quelques temps, une personne m’a donné une sorte de formule pour recevoir de l’univers ce que l’on désire. Une sorte de demande aux anges, accompagnée d’une demande d’un signe clair que l’on choisit. Elle a insisté. « Essaie, ça marche vraiment ». En bon sceptique chronique que je suis, j’ai donc demandé selon cette formule un million et demi de dollars avant la fin du mois de juin, précisant que je voulais comme signe de voir une lumière mauve (c’est nous qui choisissons). Presque tout de suite, en voiture, j’ai aperçu une affiche néon très grande avec de la lumière mauve. J’étais étonné, mais tout de même très sceptique. Je me suis dit que j’avais fait quelque chose de trop facile. J’ai donc réitéré une autre demande, cette fois pour rencontrer la femme de ma vie avant la fin de juin. Comme signe, cette fois, je me suis dit qu’il ne fallait pas que je leur fasse la vie trop facile à ces anges. J’ai donc demandé à voir une fourchette croche. Mais j’ai précisé. Pas un petit croche. Ça serait trop facile. Une fourchette vraiment toute croche. Et je me suis dit que je n’irais pas voir de magiciens ni de plieurs de fourchettes avant la fin de juin. Juste pour être certain que ça ne serait pas facile.
Puis j’ai oublié. C’était il y a quelques semaines de cela.
                                                                 
Cela dit, revenons à Cuba. Je suis parti pour une destination soleil pour la première fois de ma vie le 23 mars. Voici ce qui m’y est arrivé.
Dimanche 24 mars et lundi 25 mars.
Je suis dans le hall de l’hôtel, tout content d’être là, émerveillé par les palmiers et la beauté du site et bien décidé à me reposer et à ne penser qu’à moi.
Je vois alors une femme sur un fauteuil du hall d’entrée. Elle est seule et a l’air dépressive. (J’apprendrai plus tard qu’elle n’était que complètement épuisée par son voyage de nuit.) Je passe mon chemin en me disant que je ne suis pas ici pour travailler et qu’il ne faut surtout pas que je me mette à l’écoute des autres comme une sorte de mère Térésa compulsive.
Malgré tout, je pense à elle. Constamment. Sans qu’elle soit là. Oh, pas pour m’empêcher de profiter du plaisir du voyage, mais tout de même en permanence, comme une idée de fond qui revient toujours. Je me surprends à regarder partout quand j’arrive quelque part pour voir si elle est là. Je me gronde même en me disant : « arrête, tu es en train de te laisser prendre ». Sans résultat. Je pense à elle.
Un peu plus tard je la revois. Elle est témoin d’une conversation que j’ai alors avec d’autres québécois sans dire un seul mot, un peu dans sa bulle. Et je sens en moi l’envie d’aller la retrouver. Une envie très forte. Sans pourtant y répondre, toujours bien centré sur ce besoin de repos pour lequel j’étais venu ici.
Dans ma conversation avec les autres, je me surprends alors à parler pour qu’elle entende. À donner à ces gens des informations dans l’intention expresse qu’elle les connaisse. Une espèce de « houhou, regarde-moi, j’existe ». Décidément. À nouveau intérieurement, je me dis : « arrête ça, Jean… »
Trois fois, dans la salle à manger, je l’aperçois, seule, et  réprime à nouveau cette envie viscérale d’aller la trouver.
Je continue pourtant à aimer mon voyage, à profiter du temps que j’ai, à apprécier ces moments divins qu’amènent les atmosphères tropicales.
Mais  quand je l’aperçois, il y a une différence. Ma journée est plus belle, il s’ajoute quelque chose de difficile à décrire et qui fait que c’est mieux. Juste mieux.
Puis elle disparait. Je suis un moment sans la voir et les choses redeviennent bien. Juste bien. Pas plus que bien. Et je sais que ce qui fait qu’elles sont moins bien, c’est simplement que je sais qu’elles pourraient être mieux. Si elle était là.
Mardi 26 mars.
C’est ma troisième journée, elle est assise dehors, une place libre juste à côté d’elle. Cette fois je n’y tiens plus. (Je flanche en fait.) Je m’assois là et engage la conversation. Elle est de la rive-sud de Montréal. Tout de suite, en moi, s’élève un « oh, ça ne va pas », je ne veux pas déménager à Montréal. (Intérieurement, je me dis aussi : hé, un instant… tu projettes de te marier ou quoi? Ce n’est pas important d’où elle vient.)
À mesure que nous discutons, elle m’offre de me faire visiter le centre-ville de Varadero où elle est déjà venue plusieurs fois. J’accepte avec enthousiasme. Nous marchons toute la journée, nous discutons. Plusieurs fois, elle me fait goûter ses « drinks » et je lui fais goûter les miens, et alors qu’elle n’y voit probablement que quelque chose de naturel, moi, je m’enivre du fait que nous partagions le même verre, la même bouteille. En moi, sensualité et complicité montent. Envie d’être avec elle le plus longtemps possible… Toujours? Hum… troublant.
Troublant, vous dites? Vous imaginez tout de suite le coup de foudre classique des vacances… Mais attendez la suite. Alors que nous nous arrêtons à plusieurs stands de marchands locaux, elle me fait remarquer un bibelot. Le voici dans toute sa splendeur:
Vous vous souvenez de ma demande de signe impossible? Avouez que c’est quand même étonnant. En tout cas, moi, alors, je suis sur le cul. Et je me dis : je dois aller au bout de cette histoire. Peut-être, finalement, ai-je devant moi la femme de ma vie.
Je lui raconte l’histoire de la fourchette. Ça semble beaucoup l’impressionner, mais je n’ai pourtant pas le sentiment qu’elle applique cela à elle. Comme le sentiment que nous ne sommes pas du tout au même endroit. (Et c’est là, dans la vraie vie, que l’on devrait décrocher. Dans l’impression d’une non réciprocité.)
La journée continue, toujours magique pour moi, toujours magnifique. Un paradis.
Nous soupons ensemble, passons la soirée ensemble. Jusqu’à deux heures du matin. Une éternité trop brève.
En tout, 14 heures. Quatorze heures de plus que bien. Un rêve.
Plus d’une fois, au cours de ces quatorze heures, j’ai envie de la prendre par la main, de l’attirer à moi, de lui dire de rester dans ma vie.
Quelque chose pourtant, me retient. Comme si  je sentais à chaque fois une sorte de non réciprocité.  Je la quitte trop vite, à 2 heures du matin, alors que je voudrais que ce moment s’éternise.
C’est d’ailleurs elle qui marque la fin de la soirée en sortant sa clé de chambre. C’est terminé. Deux bisous sur les joues et un « bonne nuit » qui marquera – je ne sais pas à ce moment-là – la fin de ce début. J’aurais voulu alors, non pas me précipiter sur elle dans un élan passionnel, mais qu’elle le fasse, elle, histoire que ça m’arrive que l’autre veuille de moi comme moi je veux d’elle. Un truc qui n’arrive que rarement aux hommes. Un truc qui ne m’est jamais arrivé. Un truc que j’aurais si fort désiré. Ben, quoi? On a bien le droit de rêver! Et avec elle, ça aurait été plus qu’un rêve…
Mercredi, 27 mars.
J’ai une excursion ce jour-là. Je vais visiter la Havane. C’est complètement rempli d’elle que je pars là-bas. Chaque monument, chaque endroit, chaque curiosité, j’ai envie de le partager avec elle. Et soudain je me sens seul. Complètement seul. En manque.
Le temps d’une dégustation locale, je me surprends à ressentir cette souffrance de solitude que je n’ai pas connue depuis un bon moment. Le sentiment que même si c’est bien, quelque chose manque. Il n’y a pas d’ « elle » dans mon présent. Il y  a le vide. Le vide que j’ai créé en lui faisant un espace en moi et que je n’ai pas envie de remplir pour l’instant. Parce que j’espère. Tout simplement.
Sur place, nous visitons un marché aux puces. J’adore visiter les marchés aux puces. Pourtant, cette fois, ma visite prend un autre sens. Je me vois en train de parcourir les allées à la recherche d’une statuette en bois mince et haute. Une statuette quelle désire acquérir et qu’elle ne trouve nulle part. Joie immense lorsque j’en aperçois une.
Sur le coup, je la marchande, je suis prêt à l’acheter pour lui offrir…
Quatorze heures…
Ces deux mots me rappellent à l’ordre. Nous n’avons partagé que quatorze heures. Nous ne sommes pas un couple. Je suis en train de m’emporter. Je ne la connais pas. Je ne sais pas si elle va l’aimer. Je ne sais même pas si je vais la revoir.
Je note pourtant au passage que c’est véritablement un espace « couple » que j’ai fait en moi. Qu’il serait facile avec elle de me comporter comme tel et que, même si nous n’avons été que 14 heures ensemble, il y a maintenant en moi une place qui lui est réservée. Pour l’instant. Pas une place de vacances. Une place de vie. Une place à côté de moi qui est la sienne. Un espace qui me permettrait facilement de passer à « en couple » dans mes statuts Facebook comme si c’était tout naturel. Comme si elle avait toujours été là. Pas non plus un espace d’illusion comme s’il était certain que tout allait marcher. Les premiers pas d’un couple ne servent-ils pas justement à vérifier nos compatibilités? Et moi qui me demandais si j’avais encore de l’ouverture pour être en couple, je suis assez content qu’il n’ait suffi que de 14 heures pour recréer l’espace nécessaire à cela.
Résigné par contre face à cette statuette, je la prends en photo, au moins pour lui montrer ce que j’ai trouvé et lui donner les coordonnées où elle peut se la procurer si elle en a envie.
Je rentre de la Havane rempli de belles images, rempli de beaux souvenirs et tenant précieusement ma caméra qui contient les photos de cette statuette comme si ces photos étaient un trésor.
Décidément, j’ai hâte de la retrouver.
En moi se bousculent les raisons de ne pas embarquer dans une telle aventure : rive-sud de Montréal, petit côté obsessif compulsif qui me fait soupçonner une personne contrôlante, impression que sa rationalité l’emporte trop souvent sur le cœur, sentiment toujours présent  d’un intérêt qui n’est pas réciproque, goût exclusif pour les vacances dans le sud, aversion pour les séries télé…
Mais qu’importe. J’aurais beau me dire de ne pas embarquer, je le suis déjà. Mon cœur s’implique, je le sens. Et je dois honorer mon cœur.
Et puis il y a cette fourchette croche. Je ne peux pas l’oublier. Est-ce un signe? Je dois aller jusqu’au bout…
Je la cherche donc du regard, rempli du désir de lui partager mes découvertes, désireux d’entendre si elle a finalement rejoint les gens qu’elle n’arrivait pas à joindre la veille. Bref, préoccupé de ce qui lui arrive, désireux de lui partager ma journée, content d’avoir trouvé, peut-être, ce qu’elle cherche tant depuis longtemps.
Je la trouve enfin. Elle est là. Dans la salle à manger.
Elle n’est pourtant pas seule.  Elle discute avec un homme, une sorte de schtroumpf à moitié chauve à lunettes à qui je donnerais deux fois mon âge mais qui, sans doute, parait plus jeune que moi. Je ne l’aime pas. Il est à MA place.
Je souris un peu à l’idée de cette possessivité soudaine que je ne connais pas chez moi et qui m’envahit tout à coup. Je n’ai rien, bien sûr, contre cet homme qui dans l’absolu ne m’a rien fait et qui est sans doute quelqu’un de bien. Mais pour moi, c’est le schtroumpf chauve à lunettes!
J’observe.
Je reconnais chez elle les mêmes attitudes, les mêmes mimiques que lorsqu’elle était avec moi.  Déception. Je la revois plus tard au spectacle en compagnie du même schtroumpf à lunettes… J’ai envie de crier : c’est NOTRE habitude d’aller à ce spectacle… Mais je sais, bien sûr, que nous n’avons pas d’habitudes… Juste un petit 14 heures de partage. Le même partage qu’elle est en train de faire avec l’autre, le schtroumpf… Grrr…
Je n’ai plus le cœur à regarder le show. Je quitte rapidement. Je crois bien que j’ai le cœur brisé.
Oh, pas comme une vraie peine d’amour. Plutôt comme quelqu’un qui a pris son élan et qui s’est pris un mur de pierres.
Jeudi 28 mars.
Ce matin, je la croise, seule. Elle s’en va à la plage. Je vais nager avec les dauphins.
Décidément…
Bizarre impression que si je veux quelque chose d’elle, je dois coller là, je n’ai plus le droit à ma vie. Impression que dès que j’ai le dos tourné, je la perds… Bien sûr, 14 heures, ça ne donne aucun droit. Elle est en vacances et elle fait ce qu’elle veut. Une partie de moi, pourtant, se dit que si elle vivait la même chose que moi, elle me chercherait, elle aussi, parfois. Avec le recul, aujourd’hui, je pense que j’avais effectivement raison. Misérable impression de non réciprocité. Non pas misérable parce que ce n’est pas réciproque, mais misérable parce que je n’écoute pas cette impression. En même temps, la vie passe. J’ai mes propres activités. Mise au courant de ce que je vis, elle me dira plus tard qu’elle ne veut avoir de compte à rendre à personne. C’est intéressant, je trouve, cette notion de l’information où, mentionner où l’on va devient parfois un compte à rendre et d’autres fois une simple bienveillance pour l’autre.
Je pars pour cette expérience un peu déçu. J’aurais eu envie qu’elle me propose qu’on se voit plus tard. J’aurais eu envie qu’elle manifeste un quelconque intérêt. Dommage. Je me sens lésé comme si elle me devait quelque chose. Pourtant, elle ne me doit strictement rien. C’est moi qui prolonge cette relation dans mes fantasmes. La réalité, c’est 14 heures. Seulement 14 heures. J’aurais bien sûr pu l’inviter moi-même à ce qu’on passe du temps ensemble. Mais j’avais besoin de sentir son intérêt. Je n‘avais pas envie de m’imposer. Je n’ai rien dit… Juste espéré.
Pourtant je reviens des dauphins rempli d’une expérience qu’à nouveau, j’ai envie de lui partager. J’ose donc la chercher sur la plage. Et je la trouve…
Elle est étendue là, son corps que je soupçonnais magnifique avec raison étendu au soleil. Elle est décidément superbe, cette femme auprès de qui je trouve un plus à ma vie. Et encore. Superbe est léger face à ce que je vois. Mais comment dire plus que superbe? Je m’étonne d’ailleurs de ne pas avoir vu ce corps en premier. Comment ai-je pu, dans les premiers instants de ma fascination, rater cette merveille!
Pourtant mon élan est arrêté lorsque j’aperçois le même schtroumpf chauve à lunettes penché sur elle en train à nouveau de discuter. Encore lui. Je ne sais s’il l’a trouvée avant moi ou s’ils s’étaient donné rendez-vous, mais je dois l’admettre…
Le schtroumpf chauve à lunettes a gagné.
Sans doute qu’il ne fume pas et qu’il n’a pas de bedaine!
Vendredi, 29 mars.
 
Mais je veux en avoir le cœur net. J’y retourne, sur cette plage qui n’a plus le même goût si je m’y retrouve seul. Je l’aperçois. Encore ce damné schtroumpf! Mais cette fois, j’ose. J’y vais, je dis bonjour. Je me présente. Cela me permet de le voir. Il est là, à me regarder avec un visage qui en dit long sur son déplaisir à me voir là. (Ce qui est probablement une projection de mon propre déplaisir à le voir!)
Ouf! Je réalise qu’il s’agit d’un type de qui elle m’a confié lors de notre promenade qu’il était un peu envahissant. Et correction. Il ne fume pas mais il a bien une bedaine. Et il est laid, tiens… Comme il ne lira jamais ce blogue, je peux bien me défouler un peu n’est-ce pas? (Et oui, je sais que c’est mon ego qui parle!)
Et voilà qu’il est confirmé que le schtroumpf chauve à lunettes a gagné. Morale : il fallait s’imposer, peut-être. Mais je ne suis pas comme ça. J’ai besoin de sentir l’intérêt de l’autre. J’ai besoin de la respecter. Jamais je ne serai un schtroumpf à lunettes.
Le soir venu, je la vois dans la salle à manger, seule. Je lui demande si je peux me joindre à elle et avec son autorisation, je m’installe. Nous mangeons et lui raconte ce que je vis. En détails. Je lui montre d’ailleurs une première version de ce texte que j’ai écrit dans la journée.
Elle ne me donne aucun feed back sur ce qu’elle ressent personnellement, ce que j’ai tendance à prendre pour un « je ne ressens rien ». Mais quant au schtroumpf, selon elle, il n’a pas gagné grand-chose. Elle me dit qu’il s’impose tout simplement et qu’elle, de son côté, laisse aller en imposant ses limites au besoin. Pour elle, personne n’a gagné quoi que ce soit puisque ce sont ses vacances, qu’elle en fait ce qu’elle veut et qu’il y a d’une certaine façon une fermeture temporaire à quoi que ce soit de sérieux. La vie est comme entre parenthèse.
Sans doute qu’il y a des gens comme ça qui ont, pour des raisons que je ne comprends pas, je l’avoue, cette capacité de fabriquer des parenthèses. J’ignore comment ils font. Font-ils taire leur cœur au profit de leur raison? Seraient-ils capables de maintenir cette parenthèse devant la puissance des sentiments? Je l’ignore. Pour moi, c’est inexplicable. En même temps, j’ai beaucoup de difficultés à croire que lorsqu’on ressent ce que j’ai ressenti, on peut le faire taire sous prétexte d’une parenthèse. Mais bon… peut-être aussi que je n’y comprends rien.
Pendant ce repas, voilà le schtroumpf qui arrive (il ne manque pas de culot celui-là) et il nous invite à nous joindre à lui et ses amis après le souper au bar. En effet, pour s’imposer, il s’impose. Quant à elle, elle a l’air d’être d’accord avec moi. Mais bon. Voilà la fin du repas. Nous sortons de la salle à manger et elle se dirige vers le bar en me disant qu’elle prend juste un café avec eux et qu’après, elle va se coucher. Elle insiste même pour que je vienne. Mais pour moi, aller là, ce serait faire comme lui. Jouer une espèce de jeu de mâles en quête de la femelle. Sauf que pour moi, elle n’est pas l’enjeu d’un combat. Je trouve ça inconvenant et irrespectueux. Je préfère m’en aller. Peut-être n’aurais-je pas dû.
Deux bisous sur les joues à nouveau, elle me dit : on se voit demain? Je lui réponds : J’aimerais ça beaucoup. Demain, c’est ma dernière journée. Je pars le soir pour l’aéroport. Elle reste une semaine de plus.
Et je vais me coucher avec un sentiment étrange que je ne peux définir. « Je suis en vacances, je fais ce que je veux. » Ce sont ses propres mots qui me reviennent lorsque je me couche. Et si je la crois, cela veut dire que ce qu’elle veut à ce moment précis, c’est prendre un café avec la personne qui s’impose. Le schtroumpf qui, bien qu’il me soit antipathique, sait quand même quelque chose que je ne sais pas. J’imagine, en tout cas…
Samedi 30 mars.
 
C’est ma dernière journée. Je me lève avec ses derniers mots : on se voit demain. Pour moi, se voir, ce n’est pas se croiser par hasard. C’est prendre du temps ensemble. Je m’attends donc naturellement à ce que nous nous voyons. La suite m’apprendra que je m’étais trompé et que ce n’est pas nécessairement ce que ça veut dire pour les autres.
Je la croise une première fois alors que je vais à la plage. Elle en revient et s’en va déjeuner. Je n’ai pas l’impression qu’elle est à l’aise de me voir et continue son chemin en me disant : bonne journée. Bon. C’est une impression. Mais son « bonne journée » m’inquiète. On ne devait pas se voir aujourd’hui?
Je me rends tout de même à la plage où, après un certain temps, je la vois, installée plus loin, en train de lire. J’y vais. Lui demande ce qu’elle lit. Nous en parlons quelques minutes. Suffisamment longtemps, dans mon esprit, pour qu’elle me demande si je veux m’installer avec elle, ce qu’elle ne fait pas. Encore une fois, cette impression de malaise.
Je pars marcher sur mon questionnement : ai-je fait quelque chose qui lui a déplu? Est-ce l’invitation que j’ai refusée hier qui l’a incommodée? Je décide donc d’en avoir le cœur net et d’aller la voir. Merde… Le schtroumpf est là, installé avec elle. J’hésite. Je tremble. Je perds mes moyens… Mais je veux une réponse à ma question. Je vais donc la voir, salue le schtroumpf, puis lui demande : est-ce que j’ai fait quelque chose qui t’a fâchée ou t’a blessée? C’est un feeling que j’ai. Elle me répond : pas du tout. C’est un très mauvais feeling. Mais c’est tout. Rien d’autre. Je pars sans demander mon reste mais pas extrêmement convaincu que j’ai eu la vérité. C’est la dernière fois qu’elle me verra.
Dans la journée, j’ai choisi de rester près de l’hôtel, d’être accessible, juste au cas peu probable où elle me chercherait pour me souhaiter bon voyage. Après tout, elle savait à ce moment-là ce que je vivais pour elle. Pas une fois, elle n’est venue.
J’ai attendu jusqu’à ce qu’en moi, je me dise que là, il était trop tard. Je suis donc allé souper seul puis ai attendu l’autobus qui devait nous amener à l’aéroport. À partir de là, je ne voulais plus la voir. Il était trop tard. Pourtant, je l’ai revue. Je l’ai vue rentrer de la plage et monter à sa chambre en compagnie du schtroumpf mais je me suis arrangé pour qu’eux ne me voient pas. Je l’ai vue aussi redescendre une heure et demie plus tard toujours en compagnie du schtroumpf et entrer dans la salle à manger. Je l’ai regardé un temps manger. Un temps suffisant pour que la peine que j’avais du « on se voit demain » disparaisse et qu’elle soit remplacée par un renoncement marqué par « je fais ce que je veux et je ne veux pas avoir de compte à rendre à personne ».
Je comprends bien ça. S’il y a quelqu’un qui ne veut pas avoir de compte à rendre, c’est bien moi. Mais je ne raisonne pas ce que je dis comme des « comptes à rendre ». Si je dis à quelqu’un que je le vois demain, c’est que je lui accorde une importance et j’honore ma parole. En même temps, il semble qu’une certaine mentalité peut-être liée au sud interprète que ce que l’on dit n’implique jamais vraiment demain. Le fameux concept des « vacances » que je crois, ne comprendrai jamais.
Bien centré donc sur ce que je suis, j’ai complètement lâché prise et je suis sorti de l’hôtel pour attendre l’autobus.

Et vous savez quoi? L’autobus avait du retard. Et j’ai donc revu cette femme sortir du restaurant… mais cette fois très en colère. Elle semblait engueuler quelqu’un. Sur le coup, j’ai failli rentrer, aller la retrouver et essayer de l’aider. Ma bienveillance pour elle m’en donnait l’élan. Mais d’une part je n’aurais pu faire grand-chose, toujours à guetter ce fichu autobus. Mais en même temps, je l’avoue, un sentiment de justice m’a rempli le cœur. Et je n’ai pu m’empêcher de penser : « mauvais choix ma grande… si tu m’avais choisi moi, tu ne serais pas dans tous tes états, tu attendrais l’autobus avec moi et, peut-être, se se donnerait-on rendez-vous dans une semaine, sur la rive sud de Montréal. »

Mais pour ça, bien sûr, il aurait fallu que ça soit réciproque.

Je me suis surtout raconté une histoire à moi-même. C’est si facile de se raconter une histoire. Et elle est si belle, cette histoire.

Elle me demandait durant ces quatorze heures pourquoi il n’y avait que des gens mariés qui s’intéressaient à elle.
 Je n’étais pas marié.
Je m’intéressais à elle.
Ce n’était peut-être pas la bonne question.

La bonne question aurait peut-être été : pourquoi est-ce que tu ne t’intéresses qu’aux gens qui n’ont rien à t’apporter?

La bonne question, en général, c’est peut-être: pourquoi toujours choisir des mecs aux cinquante tons de gris?

Mais ça, c’est une autre histoire.
Pour cela, de toute façon, il aurait fallu qu’on se rencontre dans le même continuum temporel. Dans un lieu où la vie continue de s’écouler. Pas dans une parenthèse où rien n’est possible. Nous sommes en vacances et, semble-t-il, rien de sérieux ne peut arriver en vacances…
Mais je ne peux m’empêcher de penser que la parenthèse n’aurait pas tenu si, simplement, le flash avait été réciproque.
J’ai choisi d’une certaine façon de laisser cet espace ouvert, malgré les nombreuses déceptions, parce que d’une part, j’avais besoin de certitudes et que d’autre part, cela ne nuisait pas tant que cela à mon plaisir d’être ici et de profiter de mon voyage. J’aurai attendu jusqu’à l’ultime limite : celle de ma journée de départ où, sachant ce que je vivais, elle a tout de même choisi de passer la journée avec le schtroumpf chauve à lunettes. Avec ce qu’on sait de la grande finale.
C’est sûr qu’on pourrait imaginer une belle réconciliation romantique (enfin, même pas). Mais vous comprendrez que je m’y refuse. Lorsque déjà, après cinq jours, la relation suscite une colère comme celle-là, c’est que les choses sont compliquées, n’est-ce pas?
Il me reste maintenant à refermer définitivement l’espace que j’avais créé pour elle, convaincu aujourd’hui qu’il ne s’agit pas de celle que je cherche. Nous n’avons vraiment pas la même conception de la bienveillance, et c’est à mon avis ce qui est le plus important dans un couple.
Comme  j’y suis habitué, ce sera une affaire de quelques jours. Déjà, aujourd’hui, c’est bien. Quoique… Il y aura encore quelques « couics intérieurs ». Vous savez, lorsque le cœur nous tord un peu?
Je ressors de tout ça content malgré tout de savoir que je peux encore aménager un espace couple en moi, mais rempli de cette question : pourquoi donc l’univers semble autant jouer à l’allumeuse?
Je me sens parfois comme un enfant à qui on montre une boîte de chocolats et à qui on la retire avant qu’il ait eu le temps d’en prendre un.
Pourquoi ça fait ça?
Et je sais que pour beaucoup d’entre vous, ça fait ça aussi…

Et bien honnêtement, je n’ai pas de réponse à cette question.

On dit souvent que rien n’arrive pour rien, que tout a un sens et qu’on a quelque chose à apprendre de tout. Je pense aussi cela, même si parfois, les choses ne sont pas si claires.

C’est la raison pour laquelle je me contente en général de vivre ce que la vie me présente.
Mais je ne peux pas m’empêcher, malgré toute ma confiance en cette vie, de me dire que parfois…

Maudit que c’est n’importe quoi!

AJOUT APRÈS SUD.

Je viens de parler avec une amie habituée de ce genre de voyages qui m’a expliqué que la notion de vacances à cet endroit implique que rien, d’une journée à l’autre n’est acquis, que les rencontres se font au gré des envies, que personne ne rend compte à personne de quoi que ce soit et qu’en ce sens-là, les gens ne sont pas vraiment pareils dans le sud parce qu’ils sont « en vacances ». Je veux donc ajouter que cette notion, pour moi, est étrange et que je ne la comprends pas. Du coup, j’ai l’impression que je ne suis pas adapté à ce genre de voyages tout simplement. Moi, je suis moi et je reste moi, peu importe que je sois en vacances ou pas. Peu importe où je vais. Peu importe ceux que je rencontre. Au final, je n’étais peut-être tout simplement pas au bon endroit de la même façon que je ne fréquente pas les bars de rencontres parce que des nuits sans lendemain ne m’intéressent pas.

 

PARTAGER
Article précédentPARLONS RÉMUNÉRATION… MAIS PARLONS-EN COMME IL FAUT!
Prochain articleL’ILLUSION D’ALTRUISME
Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

27 COMMENTAIRES

  1. Si le cri provient du coeur et des trippes, j'y crois! Il faut parfois la bousculer, la confronter et lui faire face! Ma petite voix me dit que c'est une forme de langage spirituel (même si ça peut paraître un peu fou) aidant le lâcher prise spirituel… Voilà à chacun ses croyances et son vécu!

  2. Bonjour Jean, voyez vous, j'avais écrit un grand texte pour vous raconter mon histoire et une mauvaise manip m'a tout effacer. Un signe ? peut être ! Mais pas grave. J'ai vécu quelque chose comme vous. Je voulais seulement vous dire que j'avais renoncé à une personne pour qui j'avais une attirance très grande, chose qui ne m'était jamais arrivée. J'ai renoncé car je sentais que ce n'était pas une bonne chose à faire et j'ai bien fait. Nous sommes restés bons amis. Et je ne regrette rien maintenant. Cela m'a fait beaucoup souffrir mais il le fallait sans doute. C'est ainsi et c'est bien ainsi.
    Je n'ai pas de conseil à donner, chacun doit suivre son chemin, ses signes et écouter son cœur même si de nos jours cela fait vieux jeu. C'est quand même lui qui nous donne les meilleurs conseils.

  3. Je suis tombé sur ton texte par hasard..tout juste quelques heures de mon retour de Varadero. Tes questionnements me rejoignent par rapport au relation en vacance. C,est pareil pour moi difficile d'être autrement que moi-même en vacance ou non. Depuis mon arrivée plusieurs synchronicités font surface. Par exemple je voulais apprendre l'espagnol et la samba suite à ce voyage..et quelques heures de mon retour un emballeur de l,épicerie m'aborde avec un gros accent espagnol et m'offre des cours gratuit, que sa femme offre d'espagnol et de Samba. Et puis la même musique entendu à Cuba comme musique d'attente au téléphone et ton texte.

  4. Épreuve est un bien grand mot compte tenu que ça n'a pas touché ma capacité à apprécier les merveilles de ce voyage. Quant au fait que je me le sois fait vivre, je suis bien d'accord. Dès le départ,j'avais accepté cette possibilité et j'étais tout à fait conscient que je me racontais une histoire. Mais le jeu en valait la chandelle. Pour ce qui est de la question du manque, j'ai déjà expliqué plus haut ce que je voyais dans ça. Merci de ce commentaire.

  5. Je pense que c'est une personne qui n'a pas connu l'amour et qu'elle ne pouvait le reconnaître, parce que tout en toi était en place pour l'amour. J'ai beaucoup aimé te lire – cette histoire je la connais aussi. Moi, je considère que c'est une épreuve que tu t'es fait vivre, pour grandir et te rapprocher un peu plus de l'être parfait que tu es. Aimer et accepter sont, selon moi, les deux lois fondamentales pour être heureux et arriver à vivre sans "manque". Merci de ce merveilleux partage d'une grande saveur.

  6. Merci de ce commentaire. Je suis bien d'accord avec vous. J'ai appris avec les années que lorsque l'autre n'ose pas la rencontre, c'est en général très bien pour moi. Mais, comme me disait une amie, je suis très content que mon coeur soit encore capable de détecter les possibles.

  7. Bravo pour cet article! Mon avis est que c'est elle qui n'était pas prête à s'ouvrir à une relation et qu'elle n'a jamais été assez convincu de cela pour vous l'avouer! Probablement qu'elle vous à rendue service en vous laissant partir sans vouloir donner de suivit a votre rencontre!

  8. Votre texte m'a beaucoup touchée … Votre plume nous embarque avec vous, c'est un régal. J'aime quand vous parlez de vous sans pudeur. Cela vous rend terriblement humain et attachant. J'ai ri de nos points communs "une mère Thérésa compulsive" et j'ai eu envie, tellement envie de lire un happy end sur cette histoire là. Mais je pense que cette expérience n'était pas vaine … car elle ne l'était pas. Elle vous a montré combien en 14h tout votre univers peut basculer. Cette femme a crée un espace, un espace qu'elle n'a pas rempli, mais un espace. ouvert … à celle qui arrive ! Il faut croire au pouvoir de la fourchette croche 🙂
    En tout cas, moi j'y crois et j'ai très hâte de lire la suite …

    Merci en tout cas pour ce partage, ces émotions …

  9. Peut-être n'était-ce pas le lieu d'être trop explicite dans ce contexte public. L'essentiel du message est là. Et je suis bien d'accord pour suivre son coeur! Et tant pis si ça parait vieux jeu. Merci.

  10. Vous affirmez qu'il s'agit du "même vide à combler". Je vous ai expliqué pourquoi ce n'était pas le cas. Bien sûr que c'est rationnel. O n'avance pas vrament dans un débat quand on ne définit pas les mots!

  11. tout est toujours plus beau pendant les vacances, mais aussi illusoire. ça reste une belle histoire qui deviendra un beau souvenir qui te fera sourire plus tard avec plaisir, c'est déjà pas mal.
    c'était pas ça, mais ça y ressemblait.

  12. C'est une réponse plutôt…rationnelle! Importe t-il vraiment de savoir qu'il y a plusieurs sortes de vide? Le manque est là, tout simplement.

  13. Ma demande en fait était de voir une fourchette croche et que je ne sois pas capable d'y accoler le "hasard" facilement comme explication. Ce qui s'est passé me convenait très bien. Surtout que cela a été validé par mon senti au moment où je l'ai vue. En bon sceptique, je suis très capable de mettre du hasard partout. Mais là, c'est difficile pour moi. Personnellement, je crois que ce serait de la malhonnêteté que de dire que cette fourchette ne m'était pas destinée. 🙂

  14. Bonjour Jean,

    Beau récit à lire ce matin revenant moi aussi d'un voyage au soleil.

    J'ai remarqué que dans ta formule adressée aux anges, tu donnais la fourchette comme signe. N'est-ce pas la dame qui l'a trouvé alors que ça aurait dû être toi?
    Bon retour!

  15. Ha ha ha ha… grand merci de ton commentaire… Parfois, je me dis que la "Vie" peut avoir besoin de se faire dire: "Heille, c't'assez le niaisage!" Je sais pas si ça marche, mais ça défoule en tout cas. Bonne suite!

  16. Bon matin Jean,

    Je suis de tout coeur avec toi, ton histoire je l'ai lu et relu parce que je me sens rejointe… Je ne veux surtout pas mêler nos histoires de Vie. Mais, j'ai simplement le goût de te partager que je suis tannée que les gens sortent des phrases psycho populaires à ce qu'il arrive dans ma Vie ou dans la Vie! On les connaît! On peux-tu juste lancer un cri à l'Univers que la limite est atteinte à me faire tester ou cheminer et de me montrer le chemin de la facilité??? J'ai cru à l'Amour vrai et déçue … je me demande seulement s'il peut exister sur terre. Je vois du courage et une humilité à partager ton vécu… Bonne journée!

  17. Merci de ton commentaire. Effectivement, lorsque l'on se précipite avec acharnement sur le premier signe venu, on devient rigide et on perd la fluidité de la vie, ce qui empêche de voir, très souvent, ce qui était juste à côté de ce à quoi on s'acharne. Si j'en crois les signes, je sera avant la fin de juin millionnaire et en couple. Il est clair que si ça arrive, je serai le premier à vanter les mérites de cette méthode et je vous la proposerai. Bon printemps à toi aussi.

  18. Il existe trois sortes de vides. Le premier est le vide existentiel qui ne fait pas mal et qui est en permanence en nous à cause de ce que Frankl nomme justement la solitude existentielle. Il en est un autre plus pathologique qui est désir de fusion à un autre à cause de notre incapacité à être avec soi. Ce type de fusion aboutit à des relations amoureuses destructrices. C'est de celui-là dont je parlais dans mon conte de Noël en posant la question: serait-t-il possible que parfois, plutôt qu'être pathologique, ce vide ne résulte pas simplement d'un senti d'absence. Le vide dont je parle ici est le troisième type de vide. Il se ressent après avoir ouvert un espace de couple. Il n'était pas là avant. L'amour aménage un espace à l'autre, un lieu de rencontre où la fusion (qui est nécessaire aussi à la relation) est possible. Mais ce n'est plus une fusion pathologique mais plutôt une fusion amoureuse où le couple alterne les moments de fusion-défusion qui leurs sont bénéfiques et nécessaires pour vivre leur union dans leur propre individualité. C'est Marie Lise Labonté qui en a le mieux parlé dans son chapitre sur l'amour créateur de son excellent livre: Parlez-moi d'amour vrai.

  19. Ce qui me faisait douter de ma capacité à ouvrir cet espace est justement le fait que trop souvent, il a été ouvert pour rien. Faire sa vie en solitaire n'est pas vraiment un problème car on en arrive à un juste équilibre où on copine assez bien avec nous-mêmes. Une expérience de plus comme ça ne m'aide pas à m'ouvrir en fait. Il a pour résultat que je dois me battre pour garder cette capacité. L'enfant à qui on offre des chocolats et à qui on les lui retire sans qu'il y goûte finit par ne plus croire qu'il aura ces chocolats et ne tend plus la main lorsqu'ils se présentent. Lorsque la vie joue à l'allumeuse, je ne suis pas certain que cela constitue une grande aide. C'est pour ça que je me moque un peu de cette façon de faire à la fin du texte.

  20. Bien sûr. Ton commentaire est tout à fait le reflet de ce que je pense en général. En même temps, il est important je crois de ne pas abuser du fameux "on a quelque chose à comprendre de ça". Trop de gens ont tendance à utiliser cela lorsque quelqu'un est dans la merde et en fait, ce n'est pas vraiment consolant pour cette personne. Même si c'est vrai. Par ailleurs, pour en revenir au texte, effectivement, pour moi, ce n'est pas bien grave. Mais j'ai quand même remarqué qu'il est parfois assez particulier d'être tout près du but ou d'avoir ce sentiment et que tout se dérobe sous nos pieds. Il reste quand même un mystère dans tout ça, je crois.

  21. Bonjour Jean,
    A plusieurs reprises cette semaine, j'ai pensé à vous et à vos vacances, me demandant si vous en profitiez bien. Votre engouement vis-à-vis de votre amie de vacances vous a fait découvrir qu'il y avait encore place pour quelqu'un dans votre vie, ce dont vous doutiez. C'est merveilleux, non? Reste à laisser le temps au temps mais je suis sûre qu'elle est quelque part. Tôt ou tard, elle apparaîtra et vous la reconnaitrez car vous avez suffisamment de clairvoyance. Reste seulement à parcourir un bout de chemin en solitaire.
    Refermez la parenthèse comme un bon moment et continuez. Viendra un autre temps où vous pourrez partager vos expérience et votre vie avec une autre. C'est ce que je vous souhaite.
    Merci d'avoir partagé cette expérience, elle peut aider d'autres à réfléchir.
    Au plaisir de vous retrouver demain. Amitiés.

  22. Je ne peux m'empêcher de faire un parallèle entre ce qui vient de t'arriver et le conte de Noël que tu as écrit il y a plus d'un an…le côté "fusionnel", le même vide à combler, la même quête finalement…

  23. Ce que j'admire le plus dans l'histoire que tu as vécue, est le fait que tu ne t'es pas acharné aux signes de l'Univers seulement! tu t'es servi de ton bon sens, de ton libre-arbitre. Les signes sont fascinants et le hic, on s'arrête souvent aux premiers indices alors que si ça arrive, ce n'est pas nécessairement avec la première personne qu'on voit….mais tout peut encore arrivé!!! Merci d'avoir partagé cette tranche de ta vie….( il reste encore la fortune qui peut t'arriver car le mois de juin n'est pas encore là!!! ) bon printemps….

  24. Je suis d'avis que tout arrive pour une raison! Et que, si tu as vécu ce que tu as vécu, c'est que tu avais quelque chose à apprendre pour toi. D'ailleurs, le mois de juin n'est pas encore arrivé, il est possible que cette histoire serve de préambule à une autre ou t'aies fait comprendre des choses nécessaires pour ce qui s'en vient! 😉

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

dix-neuf − treize =