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DE GRÂCE, NE M’APPELEZ PAS «BOOMER»!

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C’était à la fin des années ’60, au début des années ’70.
C’était en pleine crise du Vietnam.
C’était le Woodstock de 1969.
C’était mai ’68.
Dylan, je crois, avait écrit:  » laissez-moi écrire les chansons d’une nation et je ne me soucierai pas de qui dicte ses lois ».
Il y avait un « timing » dans le monde.
Il y avait la solidarité.
Les jeunes que nous étions ne voulaient plus du système de leurs parents qu’ils jugeaient dépassé, corrompu, hypocrite.
Les jeunes que nous étions rêvaient d’un monde meilleur, de valeurs différentes, d’une terre renouvelée.
Le symbole du « peace and love » s’étalait un peu partout, narguant l’ « establishment » et le « politically correct ».
Entre deux joints ou deux « caps d’acide » (ok, pas tout le monde), on hallucinait un nouveau monde. Habillés d’un vieux jeans, on philosophait sur la paix et l’amour et on s’en emplissait le cœur sur des airs de Pink Floyd ou de Jim Morrison.
Des vieux bus Volkswagen peinturlurés à la main du symbole de l’époque marquaient à la fois la pauvreté et la dissidence d’une génération outrée ET désabusée ne voulant plus du système mais ne sachant trop que proposer à la place.
Rejetant en bloc le statu quo horrible dans lequel nous nous sentions enfermés, on tirait sur nos clopes comme sur une espérance n’y trouvant jamais, pourtant, que de la fumée.
Mais le système ne se laisse pas abattre comme ça. Les grands de la finance ne fumaient pas de joints. L’idée géniale qui leur est venue alors a été d’aller dans le sens du vent mais à leur avantage.
Les symboles « peace and love » furent bientôt à vendre en « stickers » prêts à poser, en épinglettes, en appliqués pour T-shirts. Les jeans se fabriquèrent en centaines de modèles. Les bus volkswagen, réparés et restaurés, devinrent hors de prix. La contestation se commercialisait. Être hippie était devenu une mode. Et lentement, pour le rester, il fallut avoir les moyens.
Une contestation n’a pas sa place dans la société des « grands ». Mais une mode oui.
On ne sait pas quoi faire d’un refus global, à moins qu’il soit orchestré, manipulé, engendré par ceux qui dirigent.
Quelques uns d’entre nous sont restés dans l’état où ils étaient alors. Insatisfaits, solidaires, aptes à la contestation. Ils ont continué à réfléchir, à parler, à se battre. Ils ont appris à se développer autrement, véritables « drop in » de la société. Mais on leur a collé l’étiquette psychopathologique d’ « oppositionnels ». Car ne pas être d’accord avec ce qui existe dénotait chez eux, selon le système un grave problème avec l’autorité.
Personne n’a vraiment réalisé que c’était, pour la plupart, des gens capables d’obér, mais uniquement lorsqu’ils considéraient la légitimité de l’ordre. Des gens capables de désobéissance civile, des gens capables de faire la part des choses. Non. Désormais ils étaient étiquetés inadaptés.
Et que sont devenus les autres?
Bah… Ils ont continué pour un temps de s’acheter des T-Shirts à l’effigie de la contestation, se sont dénaturés peu à peu en croyant que cet élan faisait partie d’une sorte de crise d’adolescence, sont entrés dans la mode disco des années ’80, ont compris que pour avoir un job, il fallait mettre une cravate, et, lentement, très lentement, ont perdu leur pouvoir.
Ils sont devenus les salariés adaptés qu’on attendait d’eux.
Ils ont souvent attrapé le syndrome du larbin – vous savez, ce réflexe d’encenser son exploiteur…
Ils sont de droite surtout, de gauche parfois, mais aussi du centre, ce qui est souvent une autre façon de se dire de droite. Sans se rendre compte vraiment que toutes ces directions font partie du même système qui ne marche pas. Sans se rendre compte qu’il faudrait peut-être, pour avancer, commencer à regarder aussi en haut et en bas, les deux pieds sur terre, sur une terre qu’il faut renouveler,  dans une spiritualité responsable dépourvue enfin des dogmes castrateurs de la plupart des institutions religieuses.
Et ils ont appris à leurs enfants à ne pas contester le pouvoir. À regarder pour eux. À ne penser qu’en fonction de leur nombril. À prendre position, toujours, pour ceux qui dirigent. Les vrais dirigeants, qui ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Ils ont appris que l’apparence est maître, et qu’il faut la sauver coûte que coûte mais que malgré tout, si ça ne parait pas, tous les coups sont permis.
Pas de véritables valeurs hormis celles prêchés sans nécessité de les vivre.
Pas de véritable but sauf leur propre intérêt.
Je déteste avoir 58 ans quand on m’appelle « boomer ». Parce que « boomer », pour moi, ce n’est pas une tranche d’âge. C’est simplement le groupe qui a démissionné. À ce compte-là, j’aime autant qu’on m’appelle un vieux hippie.
Quant aux jeunes, qu’on traite d’égocentriques et d’irresponsables, moi, je n’en connais pas trop. On parle sans doute ici des enfants des vrais « boomers ». Moi, ce que je rencontre, ce sont surtout des enfants de « vieux hippies ». Car les premiers me fuient comme si j’étais Satan.
Parce que je refuse encore un système d’exploiteurs.
Je refuse encore d’être assimilé.
Je dénonce encore l’hypocrisie.
Mais aujourd’hui je vais encore plus loin.
Et je ne crois pas la société viable si on ne change pas radicalement sa façon de penser, sa façon de se comporter, sa façon d’  « être » au monde.
J’ai eu encore l’an dernier l’occasion de rentrer dans le rang, de me positionner pour l’ « establishment », le « paraître », le pouvoir, les « valeurs morales ». Et j’ai refusé. Encore.
Alors de grâce, ne m’appelez pas « boomer ». Parce que j’ai beau avoir l’âge, je continue de crier que ce n’est pas l’âge qui fait de nous des « boomers », c’est la profondeur de notre démission sociale.
Et moi, jamais, je ne démissionnerai.
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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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