DIVIDE ET IMPERA

DIVIDE ET IMPERA

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Mot à mot, cette maxime latine veut dire : « Divise et tu régneras ». Nous avons retenu « Diviser pour régner»,  que l’on attribue faussement à Machiavel alors qu’il l’a simplement reprise du sénat de Rome.
Depuis l’Antiquité, ce principe fait le pouvoir des grands, la force d’un petit lot alors que la masse, divisée, subit dans l’impuissance ce pouvoir absolu.
Avez-vous déjà remarqué d’ailleurs que l’on n’entend que rarement les grands de ce monde se quereller?
Ils le font certainement, bien sûr, comme tout ce qu’il y a d’humanité sur la planète.
Pourtant, pas un mot ne filtre.
Leur préférence : s’acheter entre eux pour obtenir des monopoles.
Leur stratégie : l’entente sur la base des points communs.
Tout se passe en silence.
Car ce qui va avec « Diviser pour régner », c’est ce compagnon éternel : « On lave son linge sale en famille ».
Les puissants l’ont compris. Depuis longtemps.
Et que fait le peuple, pendant ce temps? Oui, le peuple, nous, les « nobody » de la planète?
On a peur.
Peur de perdre nos petits acquis, notre petit confort, nos maigres salaires, nos petits emplois. On a tellement peur, en fait, que nous faisons alors le jeu des grands qui, disons-le, sont très satisfaits que nous ayons peur ainsi.
Parce que quand on a peur, c’est chacun pour sa gueule. Si j’ai peur, jamais je n’accepterai de me priver de quelque chose temporairement pour qu’un autre marque des points de son côté. Je me désolidarise de l’ensemble et je ne vote que pour moi. Je ne parle que pour moi. Le monde se met à graviter autour de mon nombril.
Rappelons-le à titre d’exemple, c’est en se basant sur la peur des américains pour le terrorisme que Bush avait pu faire voter des lois de surveillance qui contrevenaient à la constitution. C’est parce qu’on a peur d’une grosse décroissance économique qu’on se rabat sur les idées plus à droite. Tout le monde sait, bien sûr, que le néo-libéralisme promet l’abondance… Hum…
Alors on se querelle. On s’accuse de tous les torts. On se critique entre nous. Et encore plus depuis l’ère des médias sociaux.
Car tout le monde, maintenant, peut exprimer son opinion. Presque toujours divergente de celle de l’autre. On aime ça, les opinions divergentes. On les cherche. On les entretient. On s’en amuse. On s’engueule. On se fige dans une position extrême pour compenser la position extrême de l’autre. Les gens de gauche deviennent d’extrême gauche, les gens de droite, d’extrême droite. Nous nous divisons.
Et pendant ce temps, qui gagne?
Ceux qui ont pris le temps, au-delà de leurs divergences, de se trouver des points communs. Ceux qui ont pris le temps, à travers leurs points communs, de se donner des stratégies communes.
Heureusement, à travers cette mêlée de gens divisés mais bien intentionnés, il y a de temps à autre des mouvements spontanés qui nous amènent la preuve que la solidarité aurait raison de tous les grands. Car ils n’ont pas le nombre. Et si les divisions cessent, nous allons gagner.
Ce weekend, il s’est produit quelque chose de magnifique au Québec. Une grosse compagnie de jus de fruits (Lassonde, des jus Oasis) a poursuivi en justice une petite entrepreneure de savon (Olivia’s Oasis). Elle était accusée d’usurper la marque de commerce du jus. Pendant 7 ans. Et nous avons appris ce weekend que bien que la « dame du savon » ait gagné, elle serait tenue de payer elle-même ses frais d’avocats et autres pour un montant de 125 000$.  David contre Goliath. Une fois de plus, Goliath avait gagné.
Quand la nouvelle est sortie, les internautes se sont précipités sur la page Facebook de l’entreprise et l’ont littéralement prise d’assaut. Indignation, appel au boycott etc… Cela s’est fait vite. En un week-end, c’était la catastrophe.
Heureusement que cela s’est fait vite d’ailleurs, car déjà certains commentaires commençaient à dire qu’on ne pouvait pas boycotter parce qu’on risquait les emplois de l’industrie. Une petite division commençait évidemment à se pointer le nez. Une division dont la source, une fois de plus, était la peur.
Mais n’ayant pas eu l’importance du raz-de-marée négatif, les jus Lassonde ont dû faire volte-face et ont promis sur cette même page de rembourser la dame pour ses frais. Malgré le jugement de la cour.
Goliath était renversé. David avait gagné.
Le poids du nombre.
Le pouvoir de la solidarité.
Parce qu’au-delà du légal, il y a le social.
Je crois profondément que c’est cette solidarité que nous avons à redécouvrir en ce début de 21e siècle.
Nous avons souvent des combats différents.
Nous croyons à notre combat comme étant le plus juste et le plus important.
Pour un ce sera l’écologie, pour l’autre la consommation, l’autre, comme moi, l’importance du développement psycho-spirituel de l’être humain. Certains auront à cœur l’éducation, le traitement des personnes âgées, la faim dans le monde, l’injustice dans les pays en voie de développement.
Toutes les causes sont importantes.
La mienne me paraît toujours plus juste. C’est bien pour ça que j’y suis actif.
Mais qu’est-ce qui m’empêche de donner mon appui aux autres tout de même? Qu’est-ce qui m’empêche de les encourager? Est-il nécessaire que je les critique? Est-il nécessaire que j’alimente la division sur ce sujet?
Les grands, eux, ne se critiquent pas. Pas ouvertement, en tout cas. Ils se partagent la planète. Ils fusionnent. Ils font des traités pour ne pas se nuire.
Avez-vous déjà entendu les pétrolières dénoncer les biocarburants (qui par ailleurs, sont loin d’être aussi propres qu’on le dit)? Mais non, voyons. Pourtant, en apparence, l’un menace l’autre… Mais chacun se tait. Le PDG d’Imperial Oil a-t-il déjà déjeuné avec le PDG de Monsanto? Je ne sais pas. Mais quand je l’imagine, ça me parait plausible.
Pourquoi ne ferions-nous pas de même?
Laisser vivre les initiatives sans les critiquer ouvertement, est-ce si difficile?
Accepter que chacun travaille pour sa propre cause avec bienveillance. Est-ce si compliqué?
Et qu’est-ce que je fais si je ne suis pas informé, me direz-vous?
Mon père m’a appris quelque chose de précieux dans la vie.
En cas de doute, s’il faut choisir entre David et Goliath, je prends toujours pour David. Parce que si je me trompe, Goliath s’en remettra toujours beaucoup mieux.
Tous ensembles, solidaires pour un monde meilleur?
Oui, c’est possible.
À condition de ne plus se laisser diviser… et de commencer maintenant.
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Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

1 commentaire

  1. Si vous saviez l'écho que votre texte fait à la campagne présidentielle française…

    Une phrase m'est revenue en vous lisant. Je la tiens de mon passé professionnel en gérontologie. Une femme âgée la déclamait lors d'un spectacle : "Bien faire et laisser dire."

    Celle de votre père me va bien aussi.

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