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L’APPORT DE MARSHALL ROSENBERG: BESOINS ET STRATÉGIES

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Marshall Rosenberg, vous connaissez?

C’est un psychologue américain ayant obtenu son diplôme de psychologie au début des années soixante. Il est connu pour avoir mis au point un processus de communication appelé « Communication Non Violente – CNV »qu’on peut apprendre en suivant une formation. Ces formations sont d’ailleurs dispensées aux quatre coins du globe.

Mon propos n’est pas ici de vous expliquer en détails en quoi consiste ce processus mais plutôt de m’attarder à deux prémisses de cette forme de communication qui, si elles étaient comprises, dénoueraient beaucoup plus facilement bien des querelles de couples, bien des conflits, bien des crises.

Je suis en train de vous parler de la vision de ce qu’est un besoin et une stratégie.

Je vous explique.

Rosenberg fait une différence entre les besoins et les stratégies, ces dernières étant plutôt des actions pour répondre à des besoins.

Or, dans la vie courante, on exprime nos envies d’action en termes de « besoins ». On dira : j’ai besoin d’aller prendre une marche, j’ai besoin de faire un tour à vélo, j’ai besoin de m’amuser etc.

L’originalité de Rosenberg est de redéfinir ces actions, de les nommer stratégies et de les différencier des besoins qui eux, ne sont pas des actions.

Il nous emmène ainsi dans une couche plus profonde de nous-mêmes. Prendre une marche sera une stratégie pour répondre à un besoin. Mais lequel? Besoin d’exercice? Besoin de calme? Besoin d’équilibre?

Avec Rosenberg, on ne s’arrête pas aux stratégies. On descend plus profond en soi… jusqu’aux besoins.

Et ce n’est qu’une fois qu’on a trouvé notre besoin que l’on peut faire aux autres des demandes, qui seront généralement faites sous la forme de stratégies. Par ailleurs, comme il s’agit de mes besoins, ce sera à moi d’en prendre soin. Je n’ai pas à exiger des autres qu’ils répondent à mes besoins : seulement qu’ils les entendent avec bienveillance et qu’ils ne me demandent pas d’y renoncer. Mais en aucun cas, ils n’ont à répondre à ces besoins puisque ce sont les miens. Dans ce contexte, on pourrait imaginer l’affirmation suivante :

« Je sens aujourd’hui que j’ai besoin d’exercice et en même temps, j’ai un grand besoin de communication. Qu’en dirais-tu de venir prendre une marche avec moi et qu’on jase pendant le trajet? »

Remarquez que dans cette phrase, il y a une annonce de mes besoins, puis une demande concrète de stratégies que j’ai identifiées comme pouvant répondre à mes besoins.

Ça va jusque-là?

On continue, alors.

Ajoutons donc deux choses qui devraient paraître maintenant tout à fait évidentes : d’une part, un besoin n’est jamais négociable alors qu’une stratégie l’est. Pourquoi? Parce que ce qui importe est que je satisfasse mes besoins, mais que pour les satisfaire, il existe énormément plus de stratégies que celle que j’ai proposée; d’autre part, un besoin ne dépend de personne d’autre que de moi et je suis seul à pouvoir le satisfaire. Je ne peux donc pas avoir besoin que tu fasses quelque chose. J’ai besoin de quelque chose et ma stratégie est de le faire avec toi.

Du coup, si j’ai annoncé mes véritables besoins, je peux facilement renoncer à ma stratégie si j’en trouve une autre qui fait le boulot et qui rejoint les besoins de l’autre.

Parce que cet autre va forcément me répondre à partir de ses propres besoins. Par exemple :

« Moi aussi je ressens un grand besoin de communication, par contre, j’ai aussi un immense besoin repos. Par conséquent, je ne le sens pas trop d’aller marcher. »

Dans ce contexte, le dialogue est ouvert. Je ne vais pas demander à l’autre de renoncer à son besoin d’exercice pas plus que l’autre ne va me demander de renoncer à mon besoin de repos. Par contre, nous avons un besoin en commun. Il faudra donc trouver des stratégies où chacun peut combler l’ensemble de ses besoins. Dans ce cas-ci, il serait sans doute facile de proposer que l’un marche pendant que l’autre fait une petite sieste afin que les deux soient en forme pour communiquer par la suite. Pourquoi pas? Ou que l’un fasse des exercices à la maison pendant qu’ils parlent ensemble. Il y a de multiples stratégies qui pourront répondre adéquatement aux différents besoins. Et tout le monde en sortira gagnant.

Mais le problème majeur de notre communication est qu’on prend souvent nos stratégies pour des besoins. Et généralement, quand cela arrive, on se fixe sur les stratégies, on en fait des choses non négociables et presqu’automatiquement, on en arrive à des querelles vaines parce qu’on ne parle pas des bonnes choses.

Prenons un exemple concret et simple, tiré de la vie conjugale.

Le thermostat.

Madame :     Merde, tu as encore oublié de baisser le                                       thermostat cette nuit.

Monsieur :     Moi, je m’en fous du thermostat du salon. Je fais ça pour te faire plaisir.
Madame :     Faudrait que je fasse tout dans cette maison. Je pensais qu’on était d’accord. C’est   important de baisser la température, la nuit.
Monsieur :    Ben non, tu m’as dit : j’ai besoin que tu baisses le thermostat et moi j’ai dit que j’allais essayer d’y penser
.
Madame :     Ah bon. Alors « essayer » d’y penser, ça veut dire que tu t’en fous?

On pourrait continuer ce dialogue longtemps, mais on voit tout de suite qu’il est en train de dégénérer. On est passé d’un thermostat oublié au sens de « essayer » en passant par l’affirmation énorme « faut que je pense à tout dans cette maison ». Tout est en place pour que ça saute.

Dans cet exemple, on peut voir que madame s’attend à ce que son chum agisse en fonction d’une demande qu’elle lui a faite et qu’elle prend pour un besoin. Mais pourquoi veut-elle absolument que son copain baisse le thermostat? À quels besoins cela va correspondre? Si, avant même de lui demander cela, elle s’était questionné elle-même sur cette stratégie plutôt que d’en faire un absolu, ça aurait donné quoi? Voyons voir.

Je voudrais qu’il baisse le thermostat. Qu’est-ce que j’obtiendrais s’il faisait ça? Bon, nous économiserions sur nos factures d’électricité. D’accord. J’éprouve un besoin d’économie. Et si j’économise, qu’est-ce que j’obtiendrai? Ah oui, plus de sécurité financière. Et si j’ai de la sécurité financière, qu’est-ce que ça va m’apporter? Ah oui… une diminution de mon stress. Je constate donc que je suis très stressée parce que nous arrivons serrés avec l’argent et que je me sens insécure là-dedans. D’accord. En même temps, pourquoi est-ce que je ne baisse pas moi-même ce fameux thermostat? Ah oui. Parce que j’ai l’impression qu’il n’y a que moi qui pense à économiser et que lui s’en fout complètement. J’ai donc besoin d’un partage des responsabilités dans l’économie. Et je vais avoir quoi si on partage les responsabilités? Ah oui, je vais me sentir encore plus en sécurité parce que je serai en confiance que personne ne va gaspiller.

Ouf… quelle belle réflexion, avant même d’aborder la question du thermostat avec son copain. Madame est maintenant prête à lui parler. Ça va donner quoi? Voici :

« Tu as remarqué que je baissais les thermostats dans la maison, et que souvent, je te demande de faire ta part. Pourtant, cette semaine, tu n’y as pas pensé. Je me suis posé des questions là-dessus et j’ai réalisé qu’en fait, je vis actuellement une grande peur par rapport à l’argent et j’aurais besoin de la certitude qu’on va arriver financièrement. Par ailleurs, comme on n’en parle pas souvent, j’ai beaucoup la crainte d’être toute seule là-dedans et j’aurais besoin d’avoir un sentiment de réciprocité par rapport à ce sujet. Face à ces besoins de sécurité et de réciprocité, je voudrais te demander s’il était possible de trouver pour toi une façon de penser aux thermostats le soir. J’aurais ainsi le sentiment qu’on est deux à faire attention. »

Devant cette affirmation, il est bien possible que madame ait la surprise d’entendre son copain lui répondre :

« J’entends bien tes besoins de sécurité financière et de réciprocité. En même temps, je veux te dire que je partage tout à fait ta préoccupation pour nos finances. Pourtant, pour moi, ce n’est pas tant la réciprocité qui est mon besoin que la collaboration. J’essaie de penser aux thermostats, mais lorsque je me lève le matin, qu’il fait froid et que ça prend une demi-heure à se réchauffer, ça heurte un immense besoin de confort en moi. C’est peut-être pour ça que je les oublie le plus souvent et qu’au final, je ne crois pas pouvoir te promettre d’y penser. J’ai envie de te proposer que samedi prochain, on prenne du temps pour voir à quels endroits on pourrait économiser, et pas seulement sur l’électricité et qu’on établisse des stratégies qui nous permettront d’être plus sécures. »

Du coup, les deux pourront passer du temps sur ce sujet qui est leur préoccupation commune, madame sentira une réciprocité et monsieur sentira une collaboration. Ils s’apercevront qu’il y a plusieurs endroits où ils peuvent économiser, établiront des stratégies qui conviennent aux deux et le tour sera joué. Plus de perdant. Et concernant les thermostats, il y a de fortes chances pour qu’ils découvrent qu’ils pourraient en installer des programmables où le tout se ferait tout seul, Monsieur prenant évidemment grand soin que la température se rétablisse dans la maison une demi-heure avant qu’il se lève.

N’est-ce pas merveilleux?

 

Finalement.

Dans une approche comme celle de Rosenberg, il est important pour chacun d’amener ses vrais besoins et de remettre en question ses stratégies.

C’est ainsi qu’on peut arriver à une vie agréable où tous nos besoins sont systématiquement remplis. Et sans querelle.

Lorsqu’on se centre sur nos besoins, qu’on assume en être totalement responsable, qu’on ne cède pas cette responsabilité à l’autre, qu’on les considère comme non négociables et qu’on a à cœur non seulement de remplir nos besoins mais que l’autre aussi remplisse les siens, il n’y a plus de relations de confrontation. Il n’y a que des relations de collaboration.

Pour le plus grand bonheur de tous.

Mais c’est tout un apprentissage, puisqu’on n’a jamais appris ça comme ça.

Sauf qu’à l’heure où l’on souhaite tous avoir des relations harmonieuses avec les autres, des vies où, enfin, ce n’est pas compliqué d’être en couple, des vies où l’on se sent comblés, pourquoi ne pas faire l’effort d’apprendre à agir autrement?

C’est une invitation que je vous lance.

Pour approfondir le sujet, consultez le livre de Rosenberg: Les mots sont des fenêtres… ou des murs.

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

1 commentaire

  1. Ce billet m'avait échappé.
    Je rentre aujourd'hui de 3 jours de formation où la formatrice précisément utilise la CNV et l'ACP de Rogers. Quel bien cela fait !
    (Soupir d'aise)

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