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L’EFFET BARNUM

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Il vous arrive sûrement de lire une pensée sur Facebook ou ailleurs, un texte qui vous parle et où vous avez l’impression que l’auteur vous connaît.

Peut-être parfois vous fait-on une prédiction d’avenir et que vous vous dites que la personne tombe pile sur ce que vous désiriez.

Vous êtes peut-être portés alors à vous dire que cette personne a des dons particuliers, qu’il vous faut la rencontrer absolument, qu’elle va certainement vous aider à aller plus loin.

Économisez votre temps et votre argent. Cette personne n’a probablement aucun don particulier. C’est vous qui avez fait le travail. Vous seul. Hé oui. C’est fou, hein ? Voyons cela d’un peu plus près.

En psychologie, il y a un phénomène que l’on appelle « l’effet Barnum » du nom du fondateur du cirque du même nom et à qui l’on attribue les phrases suivantes :

« À chaque minute naît un pigeon. (There’s a sucker bom every minute .) »

« Il faut que, dans un spectacle, chacun croit qu’il y a un petit peu de quelque chose pour lui. »

 

L’effet Barnum se dit du phénomène par lequel chacun aura tendance à interpréter de façon personnelle un énoncé général qui pourrait s’appliquer à presque tout le monde.

Si cet énoncé comporte une information et son contraire, cette tendance sera encore plus forte.

 

Bertram Forer.

On doit en fait cette découverte à Bertram Forer, un psychologue américain qui publiait en 1949 une étude démontrant que chacun, dans un énoncé général, a tendance à le prendre personnel, à se l’appliquer et à considérer qu’il le décrit bien.

Forer avait fait passer à ses étudiants un « test de personnalité » qu’il mit ensuite aux poubelles pour leur amener quelques jours plus tard un texte qui devait être une description personnalisée. Tout le monde avait la même. Forer invitait alors ses étudiants à noter de 0 à 5 l’exactitude du résultat. Il obtint une moyenne de 4,2. Voici cette description. Lisez-la en pensant que c’est vous.

« Vous avez besoin d’être aimé et admiré, et pourtant vous êtes critique avec vous-même. Vous avez certes des points faibles dans votre personnalité, mais vous savez généralement les compenser. Vous avez un potentiel considérable que vous n’avez pas tourné à votre avantage. A l’extérieur vous êtes discipliné et vous savez vous contrôler, mais à l’intérieur vous tendez à être préoccupé et pas très sûr de vous-même. Parfois vous vous demandez sérieusement si vous avez pris la bonne décision ou fait ce qu’il fallait. Vous préférez une certaine dose de changement et de variété, et devenez insatisfait si on vous entoure de restrictions et de limitations. Vous vous flattez d’être un esprit indépendant et vous n’acceptez l’opinion d’autrui que dûment démontrée. Vous pensez qu’il est maladroit de se révéler trop facilement aux autres. Par moment vous êtes très extraverti, bavard et sociable, tandis qu’à d’autres moments vous êtes introverti, circonspect, et réservé. Certaines de vos aspirations tendent à être assez irréalistes ».

Troublant, n’est-ce pas?

En analysant ce texte, vous constaterez qu’une affirmation comporte presque toujours son contraire si bien qu’il est toujours possible de s’identifier à la description en mettant l’accent sur ce qui vous ressemble le plus et en minimisant ce qui vous ressemble moins.

Vous n’avez pas besoin de forcer mentalement pour faire cela. Votre cerveau le fait tout seul.

Prenez cet énoncé et imaginez que je vous affirme avoir lu en vous :

« Vous êtes généralement quelqu’un de très pacifique mais vous avez parfois tendance à vivre de fortes colères. Vous arrivez souvent à les garder pour vous mais il vous arrive parfois de vous laisser emporter. »

Vous allez forcément vous reconnaître dans cet énoncé. Pour autant que vous preniez cette affirmation personnelle, par exemple dans une consultation privée, vous risquez de vous dire que je vous connais bien, que j’ai peut-être vraiment lu en vous et vous serez porté à être en confiance.

Pourtant, je ne vous connais pas du tout car ce que je viens de dire est en fait le cas de tout le monde. Tout le monde en effet veux le calme et la paix et tout le monde vit parfois des colères. Tout le monde arrive à contenir certaines de ses colères, mais il arrive aussi à tout le monde d’être si excédé qu’il se laisse emporter.

Plus encore. Si vous êtes plus pacifique que colérique, vous allez mettre l’accent sur cette partie de l’affirmation alors que si vous êtes quelqu’un de colérique, vous allez mettre en veilleuse la partie sur le pacifisme et remarquer davantage la partie sur les colères.

Ainsi, VOUS allez personnaliser ce que je vous dis et VOUS allez VOUS reconnaître.

 

Réduction de dissonance cognitive.

Et pendant que vous lisez cela, il peut aussi arriver que vous vous disiez que l’effet Barnum existe peut-être, mais que telle ou telle description générale que vous avez lue était quand même assez précise pour vous concerner personnellement. Et là, non seulement vous êtes victimes de l’effet Barnum, mais vous faites aussi de la « réduction de dissonance cognitive ».

La réduction de dissonance cognitive se produit lorsque vous êtes confrontés à une évidence qui démontre le contraire de ce que vous croyez mais que vous voulez garder vos croyances. Vous allez alors diminuer l’impact de ce que l’on vous démontre. Quitte même à affirmer que la science peut se tromper. Ainsi, lorsque vous voyez quelqu’un invalider des résultats scientifiques avec des boutades affectives plutôt qu’avec des arguments solides, il est en train de faire de la réduction de dissonance cognitive.

 

À qui se fier?

En voyant tout cela, on pourrait se demander à qui se fier? Peut-on être même sûr de soi-même puisque nous avons tendance à nous reconnaître dans des affirmations générales.

Est-ce le cas des descriptions de personnalité qui se trouvent dans les tests qu’on trouve dans les magazines ? Est-ce le cas des prédictions faites en astrologie ? Est-ce le cas également des interprétations que l’on peut lire lors de tirages de cartes de tarot ou d’oracles ?

Absolument.

Partout dans ce que je viens de mentionner, nous pouvons être affecté par l’effet Barnum.

Seuls les tests de personnalité mis au point par les scientifiques et qui ne sont pas disponibles au grand public établissent des types assez différents pour départager vraiment une population d’une autre. Et encore. Malgré toutes les précautions de fidélité et de validité de ces tests, malgré les échantillonnages scientifiques ultra précis, il existe tout de même une marge d’erreur qui fait qu’aucun professionnel ne va vous classer uniquement à partir de tests mais aussi à partir d’une entrevue poussée qui va permettre de valider les résultats des tests.

Par conséquent, on ne peut se fier à personne, même pas à soi-même pour qu’un outil externe nous dise comment nous sommes.

Ce n’est pas d’ailleurs en ce sens qu’il faut travailler à partir de certains outils.

 

Ce n’est pas l’outil qui a raison, c’est vous!

L’effet Barnum n’est pas un truc où nous nous racontons des histoires sur nous-mêmes. Au contraire. C’est simplement une tendance qui nous fera nous reconnaître dans un énoncé général. Mais pourquoi se reconnait-on? Parce que notre cerveau, à partir de ce que nous savons de nous-mêmes, modifie l’énoncé en accordant plus d’importance à certaines choses qu’à d’autres. L’énoncé est donc faux, mais ce que nous en avons fait est vrai. Trop général pour que cela nous fasse avancer, mais vrai tout de même.

Par exemple, ce matin, j’ai tiré une carte de Tarot. C’était l’impératrice. Comme j’ai ces temps-ci de grands besoins financiers – hé oui, encore -, j’ai, parmi toutes les descriptions possibles, retenu qu’il s’agit d’une carte qui annonce de grandes décisions, une restructuration de ma vie et que le moment venu, je saurai quoi faire.

Je me raconte donc l’histoire que je suis fort et capable et que je vais y arriver. Cela me motive, me fait tenter de voir les choses autrement afin d’atteindre mes objectifs et me rend confiant dans ce qui va venir.

Est-ce que la carte de Tarot en elle-même a un pouvoir ? Est-ce que le Destin, l’Univers, un Guide est intervenu pour me faire piger cette carte ? Certains le croient, mais c’est très loin d’être nécessaire pour en tirer profit.

Car l’ensemble de mon être, tout ce que je suis, tout ce vers quoi je m’en vais, tout ce à quoi j’aspire est intervenu pour me faire interpréter cette carte correctement pour moi.

Il n’est pas bien grave d’être victime de l’effet Barnum si je comprends que toutes les interprétations viennent de moi. Cela est grave si je donne le pouvoir à quelqu’un d’autre, à un test, à une carte.

Tant que je reste en pouvoir de ma propre vie, l’effet Barnum ne fait que m’orienter vers mon propre chemin en fonction de qui je suis vraiment.

Et là, on ne peut guère dire que je suis une victime.

Si cependant, suite à un tirage fait par quelqu’un, une annonce proclamée par un autre, un résultat annoncé par un supposé spécialiste de la personne, ce qui me semble juste (et qui peut provenir de l’effet Barnum) me fait remettre mon pouvoir entre les mains de ce tirage, de cette annonce ou de cette personne, là, vraiment, je suis victime de l’effet Barnum.

Tout est au final dans ce que l’on fait avec.

 

Sources :

Forer, B.R. (1949). The Fallacy of Personal Validation: A classroom Demonstration of Gullibility. Journal of Abnormal Psychology, 44, 118-123.

Ciccotti, Serge. Tout ce que vous devez savoir pour mieux comprendre vos semblables. Dunod, 2008.

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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