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OUI, VOUS AVEZ TOUJOURS RAISON.

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Dans beaucoup de disputes, entre amis ou entre conjoints, l’enjeu semble être de savoir qui a raison. Chacun y va alors de ses arguments pour faire valoir son point et se frustre souvent que l’autre ne lui donne pas raison. À grands coups d’arguments, on tente de gagner. À grands coups de silences, on prend le contrôle sans avoir besoin d’arguments. Et tout ça, au fond, pour démontrer à l’autre hors de tout doute qu’il a tort et que donc, forcément, on a raison.

Peu importe la méthode, le résultat est toujours le même : nous ne nous sommes pas compris et, finalement, personne ne l’emporte.

Très souvent, on se dit alors que personne n’a sans doute vraiment raison et que seule l’obstination a eu raison des deux et parfois, à la longue, de la relation.

Pourtant, tout le monde a toujours raison.

Sauf de très rares cas où il est évident que l’un des deux n’est pas de bonne foi, il reste que dans la grande majorité des cas, tout le monde a raison… de son point de vue.

Pourquoi alors se quereller pour savoir qui a raison?

Je ne sais pas. On dirait que nous portons tous en nous cette propension à vouloir avoir raison… À moins que ce soit surtout le besoin d’être compris.

Et si c’était ça, en fait? Nous avons besoin que l’on comprenne notre point de vue. Nous n’avons pas besoin de se faire dire qu’on a raison dans l’absolu, mais, de notre point de vue. Et si l’on en prend conscience, les discussions deviendront plus faciles. Parce que dire à quelqu’un : de ton point de vue, tu as raison, c’est beaucoup plus facile. Parce que ça n’implique pas du tout qu’on ait tort.

Prenons un exemple.

Un jour, alors que j’étais en France, ma conjointe de l’époque m’emmenait dans une crêperie bretonne. Une vraie. En Bretagne. C’était ma première fois et j’étais tout excité. Je me laissais conduire en voiture, anticipant avec plaisir de savourer avec elle cette crêpe que j’imaginais déjà savoureuse.

Arrivés au parking du restaurant, je vis une place vide juste à droite et la lui indiquai avec enthousiasme : « Tu en as une juste là! »

Offusquée au plus haut point de ma remarque, elle changea instantanément d’humeur et me servit de façon cinglante la réponse suivante : « Tu n’es pas mon père. Je n’ai pas besoin de toi pour me garer. »

Ce à quoi je répondis : « Je voulais simplement t’indiquer une place libre. »

Pour elle j’en rajoutais. « C’est moi qui conduis je suis fort capable trouver une place seule. »

Offusqué à mon tour (remarquez que là, les deux sont fâchés), il me sembla que le seul moyen de rattraper le coup et de passer une bonne soirée (le plaisir du resto impliquant aussi de la bonne humeur) était qu’elle comprenne mon point de vue. Je commençai donc à lui expliquer longuement que je n’avais absolument pas voulu jouer le rôle de son père, l’infantiliser ou quoi que ce soit dans ce genre mais simplement participer à ce qu’on se gare le plus vite possible, ce qui me semblait tout à fait normal. Ce évidemment à quoi elle répliqua que j’insinuais qu’elle était lente et qu’elle avait besoin de moi pour que ça aille vite, que le mot normal impliquait qu’elle ne l’était pas, ce qui était tout aussi insultant.

Inutile de vous dire qu’au final, la crêpe n’était pas aussi savoureuse que je l’aurais souhaité et que cette expérience passa au rang des « je n’ai pas été compris ». Autant pour elle que pour moi. (Et, si ma mémoire est bonne, nous ne sous sommes pas garés à l’endroit que j’avais indiqué.)

Qui avait raison dans cette histoire?

Les gens qui indiquent au conducteur ce qu’ils voient sur leur chemin seront probablement d’accord avec moi et trouveront nettement exagérée cette réaction de petite fille frustrée.

Les gens qui sont hyper-sensibles au paternalisme abonderont dans sons sens et trouveront que j’ai été vraiment contrôlant et condescendant de ne pas la laisser faire sans dire un mot.

Imaginons maintenant un autre scénario.

Elle : « Tu n’es pas mon père. Je n’ai pas besoin de toi pour me garer. »

Moi : « Je ne comprends pas. Que veux-tu dire? »

Elle : « Je veux dire que quand je conduis, tu te tais et tu me laisses faire. »

Moi : « D’accord, c’est compris. Tu as raison. Je suis vraiment désolé de t’avoir fait vivre ça. Ça ne se reproduira plus. »

Un peu plus tard, quand l’orage aurait été passé, j’aurais pu ajouter quelque chose du genre : « En revanche, comme je ne suis pas comme toi et que conduire ne signifie pas la même chose que toi, j’apprécierai si tu as l’élan de me faire part de ce que tu remarques parce qu’il est très possible que je ne l’aie pas vu. »

L’idéal étant que ce soit elle qui me demande ensuite d’expliquer mon point de vue.

Cela aurait pu donner une très belle discussion sur nos histoires respectives qui faisaient qu’on réagissait aussi différemment et l’on aurait gagné en connaissance de l’autre. Tous les deux.

Dans cet exemple corrigé, j’ai d’abord compris son point de vue. Pourquoi moi? Pourquoi pas elle? Parce que c’est elle qui est fâchée en premier. Elle est dans les émotions. Or, quand nous sommes dans les émotions, il est impossible de raisonner calmement et rationnellement. Il faut d’abord se calmer.

Par conséquent, si je fais quelque chose qui fâche mon ami ou mon conjoint, c’est d’abord à moi à comprendre son point de vue. Une fois compris, je peux lui donner raison… de son point de vue.

L’orage passé, en toute réciprocité, il pourra alors me demander mon point de vue, le comprendre et à son tour me donner raison… de mon point de vue.

Cependant, s’il arrive que les deux soient fâchés, ce qui se produit très souvent, qu’est-ce qu’on fait?

On s’impose un moratoire. Un délai.

On n’en parle pas tout de suite. On laisse d’abord descendre les émotions. Et le premier qui est redevenu zen peut alors s’intéresser au point de vue de l’autre. Marc Pistorio parlerait ici de calmer son cerveau limbique. Parce qu’on ne discute pas sainement avec son cerveau limbique survolté.

Certains me diront alors : Ce n’est pas juste. C’est moi le plus zen dans mon couple. Ce sera toujours à moi de comprendre le point de vue de l’autre.

Hé oui. C’est comme ça. Si vous êtes le plus zen, c’est que là-dessus, vous êtes le plus évolué. Ça vient avec des responsabilités. Assumez-les.

Et puis qu’est-ce qui est important? De bien s’entendre et d’être compris ou bien de gagner? Parce que vouloir que l’autre commence, c’est aussi vouloir avoir raison le premier.

Je vous rappelle que dans l’exemple, l’objectif n’était pas de savoir ce qui est paternaliste ou pas. C’était de passer une belle soirée en mangeant divinement.

Bien sûr, si c’est toujours à vous de comprendre et que l’autre ne fait jamais d’effort pour comprendre votre point de vue, vous n’êtes sans doute pas avec la bonne personne.

Mais c’est simplement une question de compréhension de points de vue.

Jamais une question d’avoir raison.

Parce qu’au final, vous avez toujours raison. Et l’autre aussi.

À chacun son point de vue.

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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