Accueil Cesser de se victimiser LES NARCISSIQUES SONT SURTOUT VICTIMES D’EUX-MÊMES… OU LE DEVRAIENT.

LES NARCISSIQUES SONT SURTOUT VICTIMES D’EUX-MÊMES… OU LE DEVRAIENT.

1569
1
PARTAGER

Il n’y a rien à faire avec un narcissique. Rien, sinon se sauver à toutes jambes avant qu’il ne réussisse à faire de nous des pantins sans estime de soi pris dans ses filets.

On l’a déjà dit et c’est vrai, les narcissiques utilisent les gens, particulièrement mais pas exclusivement les personnes qui sont les plus proches de lui.

Cependant, une fois qu’on a dit cela, il faut se poser la question très sérieusement : qu’est-ce qu’un narcissique?

À l’ère de la psychologie populaire et des pseudo-spécialistes de cette manière de voir, nous voyons passer de plus en plus souvent des articles qui semblent scientifiques et dont la teneur transporte des notions erronées ou tronquées de la psychologie. Plus encore, on invalide facilement les opinions des scientifiques à coups de « il faut l’avoir vécu ». Comme s’il fallait être toxicomane pour les aider, alcoolique pour prendre en charge un alcoolique ou avoir fait une dépression pour soigner une dépression.

S’il est vrai que les pairs aidants ayant partagé le problème sont fort utiles pour soutenir la personne aux prises avec une dynamique de santé mentale, les spécialistes sont en revanche davantage formés à évaluer et à traiter ces problèmes et surtout ont appris à ne pas laisser interférer leurs propres solutions à travers leurs interventions.

 

Quand la répétition fait office de preuve.

Plusieurs de ces notions, à force de répétition, ont été considérées comme vraies dans la mentalité populaire au point qu’il devient maintenant difficile de les contredire sous peine d’être jugé, dénoncé et abattu sur l’autel des croyances populaires. En même temps, il importe que la réflexion sur l’évolution de l’être humain ne se fasse pas à coups de croyances.

La plupart du temps, on le sait, les gens croient ce qui est affirmé avec force et répétition. À l’époque de Facebook, très peu de gens ont le réflexe de vérifier à des sources fiables afin de séparer le vrai du faux. Et effectivement, la répétition fait souvent office de preuve. « Ce que tout le monde dit doit forcément être vrai ».

Il n’y a qu’à voir, par exemple, les nombreux canulars véhiculés sur Facebook pour se convaincre de l’absence de réflexe de vérification des gens. Au point qu’il existe maintenant des sites spécialisés pour identifier ces canulars.

Il est relativement facile de vérifier ces fausses informations par une simple recherche Google en plaçant le sujet du canular et en y ajoutant le mot « canular » ou « hoax ». Mais très peu de gens le font.

La répétition a remplacé la science. Et lorsque cette répétition porte sur des sujets importants, cela devient grave car la population a besoin de données fiables pour faire sa propre réflexion.

 

La notion de narcissisme.

C’est notamment le cas de cette notion de narcissisme, devenue dans la mentalité populaire la « perversité narcissique » et dont tout le monde parle maintenant comme s’il s’agissait d’un diagnostic dans le domaine de la santé mentale.

Entendons-nous bien ici. Je ne veux pas dire qu’il n’existe pas des individus qui se présentent au départ comme des princes charmants, isolent leur partenaire puis les utilisent et les dévalorisent au point que ces victimes en perdent toute estime d’elles-mêmes. Ce genre de personnes existe et effectivement, les personnes qui en sont victimes sont particulièrement éprouvées et doivent souvent faire un très long cheminement avant de se remettre sur pieds une fois le « bourreau » évincé de leur vie. Certains n’y arrivent jamais. Cependant, même si la mentalité populaire a qualifié ces gens de « pervers narcissique », il me semble qu’il existe des notions déjà présentes dans le langage professionnel d’intervention qui aurait avantage à être réutilisé.

Comme je l’ai déjà dit, mon but ici n’est pas de nier l’existence de ces personnes mais de rétablir un vocabulaire qui tient plus de la psychologie scientifique que de la psychologie populaire.

J’y reviendrai.

 

Le « pervers narcissique ».

Disons d’emblée que « pervers narcissique » n’est pas un diagnostic psychologique ou psychiatrique. Ce qui l’est est plutôt le « trouble de personnalité narcissique » et j’y reviendrai plus loin.

À l’origine, l’expression « pervers narcissique » est une notion de la psychanalyse introduite en 1986 par le psychanalyste Paul-Claude Racamier pour expliquer une façon de se défendre des douleurs internes que vit une personne.

C’est la psychiatre Marie-France Hirigoyen, en 1998, qui popularisera cette notion en traitant de harcèlement moral.

À partir de là, des journaux plus populaires, des « pseudos-spécialistes » du développement personnel et même quelques psychologues, surtout en Europe, s’empareront de cette notion qui deviendra à toute fin pratique, identique au « trouble de personnalité narcissique » en y ajoutant pourtant la volonté expresse de l’individu de détruire sa victime en y prenant même plaisir, notion qui n’existe pas dans la description du « trouble de personnalité narcissique ».

Ainsi, le pervers narcissique est décrit comme quelqu’un, surtout un homme, qui choisit ses victimes pour son propre usage, les manipule à grands coups de tendresse et de valorisation pour ensuite les détruire systématiquement en les dévalorisant d’une façon totalement perverse. Il serait donc l’amalgame d’un homme séducteur, bienveillant, doublé d’un manipulateur expert, d’un homme d’une rare violence psychologique et un extrême danger qu’il faut reconnaître à tout prix. S’éloigner de ce prédateur devient le seul moyen de s’en protéger.

Comment expliquer un tel élan de popularité d’une expression qui aurait dû somme toute demeurer dans le vocabulaire souvent obscur des considérations psychanalytiques? Peut-être à cause du mot « pervers » qui ajoute de la force et de la puissance à l’expression. « Pervers narcissique », c’est beaucoup plus fort que « trouble de personnalité narcissique », n’est-ce pas?

Quoi qu’il en soit, il n’en demeure pas moins qu’en utilisant cette notion, on évacue de la réalité une dimension fort importante de ce trouble : c’est inconscient.

Oh, je vous entends hurler, maintenant. Tellement de gens ont dit qu’il faisait exprès et qu’il était très conscient de ce qu’il faisait. Effectivement, il existe pourtant dans la description du « pervers narcissique » un aspect conscient. Cela répond davantage d’ailleurs à des traits de personnalité antisociale que narcissique.

Je n’aborderai pas ici les critères complets du trouble de la personnalité antisociale. Je veux cependant attirer votre attention sur le deuxième et le septième critères pour un trouble de personnalité antisociale et qui sont souvent associés à ce qu’on appelle les pervers narcissiques. Ces critères sont tirés du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM 5), publié par l’American Psychiatric Association :

« Tendance à tromper pour un profit personnel ou par plaisir, indiquée par des mensonges répétés, l’utilisation de pseudonymes ou des escroqueries. »

« Absence de remords, indiquée par le fait d’être indifférent ou de se justifier après avoir blessé, maltraité ou volé autrui. »

Ainsi, l’appellation « pervers narcissique » serait un mélange du trouble de personnalité narcissique et du trouble de personnalité antisociale.

Existe-t-il actuellement des recherches sérieuses dans le but d’identifier une nouvelle pathologie? À ma connaissance, non. Du moins je n’en ai pas trouvé dans la littérature scientifique habituelle. Les moteurs de recherche de psylit et de medline nous renvoient généralement au trouble de personnalité narcissique lors d’une demande dans ce domaine.

Il apparaît alors que l’expression « pervers narcissique » est davantage un jugement de la personne que la description d’un trouble et qu’il n’a de valeur que dans le défoulement qu’il provoque. Écrire un article sur le « pervers narcissique », ce serait alors comme écrire un article intitulé « les salauds », « les cons », les « débiles finis ». Cela peut contribuer à défouler, mais ne règle pas vraiment le problème.

Cela dit, il existe sûrement des « cons » dans la vie. Mais ce n’est pas le rôle de la psychologie de le décrire ainsi.

Faut-il aller jusqu’à prétendre que la popularité de l’expression aurait en partie pour cause qu’elle déculpabilise les victimes? « Ce n’est pas de ta faute, c’est un manipulateur si habile que tu ne pouvais pas le voir venir ». Si cela était, on pourrait imaginer alors que cette popularité va gagner encore sur l’appellation plus réaliste de « trouble de personnalité narcissique ». Cependant, elle n’aide pas vraiment les victimes car elle évacue les vraies questions, beaucoup plus développementales qui sont : « Pourquoi s’est-on fait prendre dans ses filets? » et « Comment faire pour s’assurer qu’on ne nous y reprendra pas. »

Les individus sans vergogne n’ont de pouvoir que dans la mesure de nos fragilités. Ce sont elles qu’il faut évaluer et même guérir si on veut s’en prémunir.

 

La manipulation.

On décrit souvent le pervers narcissique comme un manipulateur qui considère les autres comme des objets et est capable de les « jeter » lorsqu’ils ne lui sont plus utiles.

C’est en effet une caractéristique du trouble de personnalité narcissique d’exploiter les autres. De là à parler de manipulation, il n’y a qu’un pas puisque l’on peut se demander de quelle façon utiliser les autres si on ne les manipule pas.

En revanche, il existe bien d’autres manipulations que celles faites par le narcissique. Et beaucoup sont extrêmement évidentes.

Un enfant qui vient voir son père pour lui dire sur un ton mielleux : « Toi, t’es gentil, papa, hein? » fait preuve de « manipulation ». Son père, qui n’est pas dupe, lui répondra sans doute avec humour : « Qu’est-ce que tu veux? » Une personne qui s’apitoie sur son sort tente bien souvent de « manipuler » les autres pour recevoir de l’aide, de l’empathie, du soutien. Une personne qui prend des attitudes de victimes lorsque nous répondons à une demande par la négative tente bien souvent de nous « manipuler » en nous faisant ressentir de la culpabilité. Tous ne sont pas narcissiques pour autant.

Mais il me semble ici que la vraie question est plutôt : pourquoi suis-je sensible à cette manipulation?

Lorsque je travaillais en intervention dans un centre de prévention du suicide, il n’était pas permis de parler de volonté de manipulation lorsque l’on parlait d’une personne suicidaire. Cette personne était plutôt vue comme une personne criant sa souffrance.

On disait régulièrement : le mot manipulation n’indique pas ce que fait la personne mais plutôt comment on se sent face à cette personne.

Il exsite une très forte tendance de nos jours à « cibler les coupables ». Je ne nie pas leur responsabilité. Elle est grande, certes. Cependant, tant que je ne regarde pas en moi et que je n’identifie pas mes fragilités, je demeurerai toujours une « victime potentielle » et je risque de me faire reprendre au même jeu avec quelqu’un d’autre qui semblera différent.

 

La violence verbale et le contrôle.

On dit souvent que les pervers narcissiques sont des gens qui prennent plaisir à rabaisser les autres et à leur sucer tranquillement tout ce qu’ils ont d’estime d’eux-mêmes.

J’ai des problèmes avec l’expression « prennent plaisir » (voir l’intention méchante plus bas).

Je préfère penser plutôt que certaines personnes sont prises dans des dynamiques de contrôle.

C’est le cas par exemple des hommes violents qui ont comme objectif, souvent peu conscient, de contrôler l’autre. L’utilisation de la violence verbale (quand elle n’est pas physique) et particulièrement évocatrice. Plutôt que d’utiliser un autre terme comme « pervers narcissique » pour décrire la violence, on devrait davantage s’arrêter à cette notion. D’ailleurs, la plupart des gens, même les femmes, entendent aussitôt violence physique lorsqu’on parle de violence. Mais la violence psychologique peut être aussi dévastatrice que l’autre sinon plus parfois.

La caractéristique principale de la violence verbale est une façon de traiter l’autre comme si il était un moins que rien. Les propos sont le plus souvent formulés avec mépris. La personne se sent abaissée, dévalorisée et si elle reste là, dans l’entourage de cette violence, elle risque de perdre complètement toute estime d’elle-même.

Le violent est très souvent narcissique mais peut ne pas présenter tous les traits nécessaires au trouble de personnalité. Pourquoi alors ne pas s’en tenir à ce qui existe déjà : il existe de la violence verbale. Cette violence est de façon générale exercée pour prendre le contrôle ou le garder. Et on sait déjà intervenir efficacement avec les femmes victimes de violence. Les hommes violents, verbalement, sont exactement ce que l’on reproche aux « pervers narcissiques ». Pourquoi ne pas les appeler simplement « hommes violents »?

On aurait alors avantage à réexpliquer ce que l’on appelle le cycle de la violence, à identifier les composantes qui font qu’on y reste, à aider les gens à se sortir du cycle mais surtout à ne pas y retomber. En cette matière, tout est déjà bien documenté. Pourquoi ne pas se servir de ces connaissances et de ces ressources déjà présentes.

 

L’intention méchante.

Est-ce que tous les narcissiques ont des intentions méchantes? Je pense que non. Le peu de capacité qu’ils ont à se rendre compte de leur état fait surtout d’eux des gens inconscients.

Cependant, à l’instar de Scott Peck, ce psychiatre américain connu pour sa série de volumes du « chemin le moins fréquenté », je crois qu’il existe effectivement des gens méchants, c’est-à-dire des gens qui ont choisi sciemment de profiter des autres pour leurs propres fins. Je serais pourtant très étonné qu’ils soient légion.

 

Le trouble de personnalité narcissique.

En revanche, le trouble de la personnalité narcissique est bien documenté et les critères soigneusement fixés. Là, il s’agit d’un véritable diagnostic psychiatrique et psychologique.

Je risque un raccourci ici, mais comme l’objectif de cet article n’est pas de vous rendre apte à le diagnostiquer, je donne simplement les principaux critères objectifs du trouble. Il  y a d’autres choses à prendre en considération pour établir un diagnostic cependant.

Voici ces fameux critères, cités directement du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM 5) publié par l’American Psychiatric Association. (Notez qu’il faut 5 de ces neuf critères pour établir un diagnostic.)

  1. Le sujet a un sens grandiose de sa propre importance (p. ex. surestime ses réalisations et ses capacités, s’attend à être reconnu comme supérieur sans avoir accompli quelque chose en rapport.)
  2. Est absorbé par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir, de splendeur, de beauté ou d’amour idéal.
  3. Pense être « spécial » et unique et ne pouvoir être admis ou compris que par des institutions ou des gens spéciaux et de haut niveau.
  4. Besoin excessif d’être admiré.
  5. Pense que tout lui est dû : s’attend sans raison à bénéficier d’un traitement particulièrement favorable et à ce que ses désirs soient automatiquement satisfaits.
  6. Exploite les autres dans les relations interpersonnelles : utilise autrui pour parvenir à ses propres fins.
  7. Manque d’empathie : n’est pas disposé à reconnaitre ou à partager les sentiments et les besoins d’autrui.
  8. Envie souvent les autres, et croit que les autres l’envient.
  9. Fait preuves d’attitudes et de comportements arrogants et hautains. 

Voilà pour les critères.

Ajoutons qu’il est davantage présent chez les hommes que chez les femmes et que cela ne touche que 2% de la population environ. Il est donc fort improbable que les nombreuses personnes dont la relation amoureuse n’a pas marché aient été victimes de gens aux prises avec ce trouble.

Comme on peut le voir ici, les gens présentant ce trouble de personnalité sont quand même relativement faciles à repérer en général. L’exemple qui a le plus cours ces temps-ci est l’exemple de Donald Trump. Bien qu’on ne puisse déclarer qu’il a un trouble de personnalité avéré – pour cela, il faudrait faire une évaluation en règle – il faut bien avouer cependant que son comportement, ses propos et ce qu’on sait de sa vie privée laisse à penser qu’il possède les neuf critères.

Lorsqu’on est en présence d’un tel personnage, vaut mieux l’éviter car il y a très peu de chances qu’il évolue en mieux. Son incapacité à prendre conscience de ses propres caractéristiques font de lui quelqu’un qui risque de rester toute sa vie comme il est. Et vous risquez de vous épuiser à tenter de lui faire faire des prises de conscience. Vous vous épuiserez aussi à tenter d’être compris, à recevoir de l’empathie et de la compassion. Le narcissique ne s’intéresse qu’à lui-même.

En revanche, la question qu’on ne pose jamais mais qui serait beaucoup plus intéressante que de décrire Donald Trump est : mais qu’est-ce qui s’est passé dans la société américaine pour qu’il réussisse à se faire élire président?

Je disais plus haut qu’il n’y avait rien à faire avec eux. En effet, ces personnes ne consultent à peu près pas et, lorsqu’ils le font, notamment lorsqu’ils sont au bord du gouffre, ils ne restent que très peu de temps en thérapie puisque d’une part ils ont tendance à se considérer supérieur au psychologue et que d’autre part ils ne ressentiront plus le besoin de consulter dès que le « gouffre » les ayant amenés à consulter se sera éloigné d’eux.

Moi-même, en tant que psychologue, je ne les prends pas dans mon bureau.

Je vous donne un exemple.

Un jour, un nouveau patient entre dans mon bureau.

Il reste d’abord debout, me regarde attentivement à travers ses verres fumés, s’assoit lentement dans le fauteuil et me dit sur un ton hautain : je ne sais pas si vous serez assez bon pour traiter mon problème, mais bon, autant essayer…

Je le laisse dans un premier temps m’exposer son problème qui est fait de relations interpersonnelles défaillantes où, selon lui, les autres sont constamment en faute, et m’explique qu’il consulte pare que son patron, qui est un con, lui a déjà envoyé deux lettres de réprimandes et qu’à la troisième, il sera licencié. Il s’arrête ensuite et attend que je prenne la parole.

Je lui réponds alors : « Je pense que vous avez raison et que je ne serai pas assez bon pour traiter votre problème et bien honnêtement, je n’ai pas dans mes connaissances, de psychologues aptes à traiter cela. Je vous recommande donc de vous adresser à l’Ordre des psychologues du Québec et de vous faire donner des références. »

Vous avez bien compris. Je ne voulais pas travailler avec lui, mais je ne voulais pas non plus l’envoyer à mes collègues pour lesquels j’ai la plus grande considération. De la façon dont il avait installé le problème, le manque de progrès serait de ma faute et cela ne ferait que confirmer que je ne suis pas assez bon. Je n’avais pas envie de ça.

Notez au passage que la personne dont je parle était en revanche totalement sincère. Elle ne doutait pas du tout que j’étais peut-être mauvais, que son problème était spécial, ne pouvait être compris que par des gens exceptionnels et que les autres impliqués dans son problème étaient les seuls fautifs dans la situation.

Le plus probable est que cette personne ait perdu son emploi et elle risque fort de répéter l’expérience par la suite. D’une certaine façon, c’est une victime d’elle-même.

 

Les traits narcissiques dans d’autres situations.

Les traits narcissiques qui font le plus mal sont certainement ceux qui rendent le narcissique incapable de compassion, de véritable amour, d’accueillir la critique, fermé à toute discussion le remettant en question et nous renvoyant constamment et habilement que c’est nous le problème. (Signalons ici que les traits peuvent ne pas être suffisants pour présenter le trouble mais qu’ils sont tout de même là.)

Cependant, ces traits peuvent se retrouver ailleurs que dans le trouble de personnalité.

 

Les modes d’attachement.

Par exemple, ce sont là des caractéristiques des personnes présentant un mode d’attachement insécurisant de type évitant.

Il s’agit de personnes présentant une peur panique de l’intimité, qui se présentent comme des gens plutôt ouverts et magnanimes, puis se ferment dès que la relation devient trop intime, qu’il s’agit de négocier quelque chose, de discuter lors d’un reproche. Ils s’enfuient littéralement dans leur monde et gardent très souvent le silence, ce qui augmente le contrôle puisqu’il est impossible d’avoir une discussion avec quelqu’un de fermé. Ils deviennent alors égoïstes et égocentriques.

Si l’on insiste pour maintenir la relation, que l’on se donne à fond pour eux, que l’on espère enfin recevoir de la compassion et de la compréhension, ils finiront par partir pour éviter le risque de souffrance que représentent nos demandes, jugées comme de l’envahissement et une tentative de les contrôler.

Ils ne sont pas si ravageurs que les personnalités narcissiques mais leur partenaire peut s’épuiser s’il ne les quitte pas.

 

En chacun de nous.

Il existe aussi un petit morceau de narcissisme en chacun de nous. Cette partie offusquée lorsqu’on reçoit un reproche. Cette partie qui est triste lorsque l’on n’est pas compris par ceux qu’on aime. Cette partie qui se fâche lorsque nous sommes quittés et qui nous porte à mettre la responsabilité entière sur l’autre. Le vocabulaire courant parle de blessure d’ego. Il s’agit en fait d’une blessure narcissique. Nous avions une belle image de nous-mêmes et on la remet en question. Le miroir de Narcisse vient de se fissurer.

 

Qu’est-ce qu’on fait?

 

Peu importe la description et les mots utilisés pour décrire le narcissique (vous aurez compris que je préfère pour ma part rester dans le vocabulaire officiel), il faut laisser le narcissique à lui-même. Et entretenir beaucoup de compassion pour lui… de loin.

S’il est vrai que nous sommes sur terre pour évoluer, le narcissique est condamné, lui, à ne pas y arriver. Au fond, son incapacité à prendre conscience de ce qu’il est fait de lui une sorte de victime de lui-même.

« Oui, mais les victimes du narcissique, alors? »

Justement, parlons-en.

Le seul et unique moyen de garantir que le personnage fera de moins en moins de victimes est de plonger en soi et d’identifier ce qui fait de moi une victime potentielle. Identifier quels sont mes propres conflits qui fait que je suis attiré systématiquement par lui. Guérir ces failles en moi qui me rendent disponible en quelque sorte.

Les coups de gueule contre eux ne servent pas à grand-chose. Bien sûr, les identifier. Mais cela ne sert pas à grand-chose pour la suite de choses si je n’ai pas appris et guéri ce qui m’y attirait.

Bien sûr, il faut en faire une description afin d’éduquer la population, mais c’est loin d’être suffisant.

Quelque chose en soi se passe à leur contact. Le rend attrayant.

On a dit par exemple que le narcissique se présentait au début comme un prince charmant. Soit. Alors je devrais me poser la question : pourquoi est-ce que j’attends un prince charmant?

Ce n’est qu’en plongeant véritablement en soi et en guérissant mes propres souffrances que je me prémunirai contre ces personnes. Et tant que la lumière n’éclairera que le bourreau, je ne mettrai pas à jour mes propres fragilités.

Plus nous réussirons à éviter de tomber dans le piège en se guérissant soi-même, moins le narcissique fera de victimes, sinon lui-même, dans la solitude.

——————————–

Vous avez aimé cet article et vous désirez contribuer? La publication de ces textes est désormais une des seules façons que j’ai de gagner ma vie. Si donc vous en avez les moyens et l’élan, vous pouvez faire un don en cliquant plus bas.





PARTAGER
Article précédentLa fête du choix de la maternité
Prochain articleINJUSTE OU IMPOSSIBLE?
Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

1 commentaire

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

12 − 8 =