ON N’A QUE DEUX JOUES.

ON N’A QUE DEUX JOUES.

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Quelqu’un m’a récemment demandé de faire un article sur la confiance. Quand doit-on faire confiance, à qui etc. ?
C’est ce sujet que je me propose d’aborder brièvement ici.
Brièvement, parce que je trouve que la vie pourrait être bien plus facile et agréable si l’on suivait simplement deux règles de conduite toutes simples.
1. On doit toujours faire confiance à quelqu’un… si on en a les moyens!
 
C’est là ma première règle : tout le temps faire confiance si on a les moyens de se tromper, jamais quand on ne les a pas.
En fait, la confiance est un risque que l’on prend sur la bonne foi de l’autre. Si on est en mesure de prendre ce risque, alors il faut le prendre, tout simplement.
Si quelqu’un veut m’emprunter 5,00$ par exemple. La bonne question à se poser est tout simplement : est-ce que j’ai les moyens de perdre 5,00$? Si oui, alors pourquoi ne pas le lui prêter? Je lui fais alors confiance qu’il va me le rendre tout en assumant le risque qu’il ne puisse pas.
La clé, dans tout ça, c’est d’assumer le risque. Car il y en a un. Il y en a toujours un.
Si quelqu’un me donne un rendez-vous un soir vers 20h. Est-ce que je peux assumer le risque qu’il ne soit pas là? Si j’ai une bonne estime de moi et que je ne prendrai pas personnel  le  fait qu’il ne vienne pas, il est alors possible de se donner un rendez-vous. Je lui fais confiance qu’il sera là parce que j’ai « les moyens » de lui faire confiance.
En revanche, si la personne veut m’emprunter 30000$ et que je n’ai pas du tout les moyens de les perdre, il ne faut pas accepter. Même si la probabilité que la personne me le rende est de 98%, je n’ai pas les moyens de prendre ce risque. Un point c’est tout. Je ne sais pas ce qui peut arriver, l’autre non plus puisqu’il peut toujours exister des cas de force majeure où la personne, malgré toute sa bonne volonté, ne pourra pas rembourser. Ai-je les moyens d’assumer ce risque? Non, en fait. Alors il ne faut pas hésiter à dire non.
Il arrive cependant qu’on fasse des erreurs. Ce fut le cas pour moi lors de la récente conférence que j’ai donnée, alors que j’ai fait confiance à un paquet de gens qui me disaient qu’ils seraient là. J’ai oublié d’évaluer le risque et les moyens que j’avais d’assumer ce risque. Je ne peux donc m’en prendre qu’à moi-même d’avoir été en déficit, un déficit que je n’avais pas vraiment les moyens d’absorber actuellement. Si j’avais évalué les risques, j’aurais loué une salle moins chère, j’aurais limité la publicité, bref, je n’aurais pas fait dépendre mon sort de la parole des autres.
Un gars et une fille se rencontrent et commencent à sortir ensemble. Lors de leurs rapports sexuels, ils utilisent naturellement des condoms, mais après un certain temps, la question se pose de les enlever. Les deux affirment être exempts de toute maladie. Doivent-ils se faire confiance? Si on tente de lier la confiance à l’amour, on sera porté à mélanger les cartes et à se dire : mais bien sûr… Ils s’aiment et donc ne se mentent pas… Jusqu’à ce qu’un des deux se rappelle trop tard avoir eu il y a quelques mois une relation non protégée qu’il avait oubliée etc.
Ce n’est pas une question d’amour ici mais bien une question de gestion des risques. Si, comme à une certaine époque, les seules maladies qu’on pouvait contracter étaient soignables, le risque serait peut-être possible. Cependant, avec le sida qui menace de plus en plus les populations, est-ce que quelqu’un peut vraiment se permettre un risque pareil? Il est donc normal de passer tous les deux des tests avant d’enlever les condoms.
Lorsque la confiance nous met dans un état de dépendance par rapport à l’autre, tant financièrement, physiquement que psychologiquement, alors la confiance n’est pas de mise. Si par ailleurs, la confiance n’implique pas de risque qu’on ne peut pas prendre, mon avis est de toujours faire confiance. C’est la base même des relations humaines.
2. Je n’ai que deux joues.
Et si la personne me trompe ou me trahit?
Évidemment, si l’on parle de confiance, on parle aussi du risque d’être trompé dans la confiance qu’on a accordé.
Ici, il faut séparer l’émotif des faits eux-mêmes et se ramener à nous. Car être trompé dans sa confiance ne parle pas de nous-mêmes. Souvent, trop de gens qui sont trahis le prennent personnel et entendent le message « tu n’es pas assez important pour que je respecte ma parole avec toi ». Or, ce n’est pas le cas. La personne qui trompe ne parle pas de moi mais bien d’elle. C’est elle qui n’est pas digne de foi. C’est elle qui n’a pas respecté sa parole. Cela n’a rien à voir avec ma propre valeur. D’ailleurs si le risque d’être trompé a trop d’impact sur ma valeur personnelle et mon estime de moi, alors il faut je pense revenir à la règle 1 et ne simplement pas faire confiance… jusqu’à ce qu’on ait réglé ce problème de dépendance aux autres pour croire en sa propre valeur.
Il faut aussi séparer le pardon de la confiance.
Si l’on peut toujours pardonner à quelqu’un, ce n’est pas automatique qu’on lui refera confiance.
J’ai souvent entendu des phrases comme : « tu ne me fais plus confiance donc tu ne m’as pas pardonné ».
Ne mélangeons pas les cartes.
Je n’en veux plus à mon ami de ne pas m’avoir remis le 200$ que je lui avais prêté. Je lui ai pardonné depuis longtemps… mais je ne lui prêterai plus d’argent.
Bon…
Mais jusqu’à quand dois-je faire confiance à quelqu’un qui m’a trahi et trompé?
La Bilbe enseigne de « tendre l’autre joue ». Je trouve cet enseignement intéressant et riche de compassion.
Mais j’aime beaucoup aussi  la blague de Jean-Marc Chaput à ce sujet : « On a deux joues… ça veut dire que tu laisses deux chances au gars! »
Personnellement, et bien sûr dans la mesure où j’en ai les moyens (le risque, vous vous souvenez?), j’essaie justement d’appliquer ce principe des deux joues.
Je vais croire quelqu’un jusqu’à ce qu’il m’ait trahi ou trompé trois fois. Les deux joues plus une autre qui prouve qu’il n’y a rien à faire.
Après?
Je vais attendre les actes.
Et c’est une chose importante à dire, je pense, que l’absence de confiance n’implique pas l’absence de relation.
J’ai des gens dans mon entourage en qui je n’ai plus confiance.
Ils ne le savent souvent même pas.
Mais ils ont dépassé la limite de joues.
Alors, quand ils me promettent quelque chose, je les remercie, j’attends de voir les actes… et j’ai un plan b au cas où.
Je pense par exemple à une personne qui a annulé un souper trois fois à la dernière minute alors que tout était prêt.
Je l’invite encore à souper.
Mais le menu se congèle entièrement et je sais très bien ce qui passe au cinéma ce soir-là… juste au cas où… Et je crois qu’elle va venir une fois qu’elle est arrivée.
La question de la confiance, à mon avis, se résume donc ainsi :
Je dois évaluer le nombre de joues que j’ai à présenter à l’autre. (Je crois que certaines personnes en ont plus que deux). Je fais confiance en tout temps si mon bien-être n’est pas en jeu jusqu’à ce que la personne dépasse le nombre de joues que j’ai.
Un fois ce nombre de joues dépassé, ma confiance devra être regagnée et ça sera probablement long.
Cela ne coupera peut-être pas la relation si je peux continuer à me permettre d’avoir dans mon réseau quelqu’un qui n’est pas fiable.
En revanche, toujours personnellement, je m’appliquerai à lui pardonner sans pour autant lui redonner ma confiance.
Car je n’ai que deux joues.
À la troisième trahison, je manque de joues, je n’y peux rien. Ça prend alors des actes et les paroles ne comptent plus!

Et vous, vous avez combien de joues?

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Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

1 commentaire

  1. Très bon article. J'adore le concept des joues. Je vais essayer de l'appliquer. C'est une bonne idée. Ça permet aussi à l'autre de se reprendre et de ne pas le condamné tout de suite. Je trouve par contre plus difficile d'avoir une relation avec des gens à qui on ne fait pas confiance. J'ai en évidemment, mais ce ne sont pas des relations proches. Merci pour ton article Jean! C'est apprécié. Et il y a une phrase que je vais surtout retenir: "Si par ailleurs, la confiance n’implique pas de risque qu’on ne peut pas prendre, mon avis est de toujours faire confiance. C’est la base même des relations humaines." Je vais commencer à l'appliquer peu à peu…

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