Accueil Estime de soi POURQUOI LES NARCISSIQUES S’ADORENT MAIS NE S’AIMENT PAS.

POURQUOI LES NARCISSIQUES S’ADORENT MAIS NE S’AIMENT PAS.

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Avec les personnes qui ont des traits narcissiques, on confond souvent l’amour grandiose qu’ils se portent avec l’estime de soi qu’ils n’ont pas.

Partout, vous trouverez ce qui semble être une contradiction : ils ont une piètre estime d’eux-mêmes mais se portent également un amour grandiose.

Comment concilier cela?

Je me suis posé la question pour moi comme thérapeute: quand j’encourage quelqu’un qui a des traits narcissiques à développer son estime de lui-même, est-ce que j’encourage son narcissisme?

Mais en fait, pas du tout.

C’est que les personnes ayant des traits narcissiques ne s’aiment pas. Ils aiment l’image qu’ils se sont fait d’eux-mêmes. Et cette image, ce n’est pas eux.

Cela peut sembler compliqué à première vue mais suivez-moi bien.

Quand il n’y a personne pour nous apprendre à nous aimer dans la petite enfance, on a deux choix : soit on compte sur les autres pour nous aimer à notre place, soit on se débrouille pour y arriver tout seul. Les personnes narcissiques sont de la deuxième catégorie.

Très jeunes, ils ont dû ne compter que sur eux et se sont donc, forcément, entièrement centrés sur eux-mêmes. Ils ont alors développé une image d’eux, le plus souvent performante, qu’ils ont appris à chérir profondément. Ils sont donc profondément attachés à cette image d’eux-mêmes qu’ils adorent littéralement. Mais ils ne s’aiment toujours pas pour ce qu’ils sont vraiment (ils ignorent d’ailleurs qui ils sont vraiment). Ils peuvent se raconter l’histoire d’une personne altruiste, profondément touchée par les autres, au service des autres, gentille, avenante et développer des comportements qui magnifient cette image. C’est trompeur pour la plupart des gens. Pourtant, ils demeurent centrés sur eux-mêmes.

Certains, plus flamboyants, vont mettre un point d’honneur à être premiers, à performer voire à exceller dans les domaines qu’ils aiment.

D’autres, plus secrets, vont plutôt faire profil bas, se confirmant à eux-mêmes qu’ils doivent se débrouiller seuls puisqu’on ne leur donne pas de place. Ils n’ont pourtant rien fait pour obtenir cette place. Parmi eux, certains vont même être piégés par cette image qui pourrait fort bien être « la force de se débrouiller tout seul même si je suis perpétuellement dans la merde ». Bien sûr, c’est inconscient, mais cette image les emprisonne dans une vie d’autosabotage là où les plus flamboyants réussissent.

Dans tous les cas, leur image d’eux-mêmes les glorifient. Elle est sainte et il ne faut pas y toucher.

Ils vont se sentir coupables quand ils vont poser des gestes vraiment pour eux-mêmes ou vraiment altruistes (alors qu’ils ne le devraient pas) mais ne se sentiront pas du tout coupable lorsqu’ils utiliseront les autres pour conserver leur image.

 

DANS L’INTIMITÉ

Lorsqu’on développe une relation intime avec ces gens-là, au début, c’est le paradis. Ils savent exactement quoi faire pour nous faire sentir bien. Et ils le font. Cela contribue d’ailleurs à leur image de « bonne personne ». Pourtant, cela ne tient pas la route longtemps puisque tôt ou tard, ils feront quelque chose que nous n’aimerons pas. (Pas parce qu’ils sont narcissiques, mais parce qu’on fait tous des choses que les autres n’aiment pas.)

On sera porté alors à en parler.

Dieu du ciel! Quelle mauvaise idée!

Sur quoi pensez-vous qu’on va leur reprocher quelque chose?

Habitués à « se fabriquer seuls », ils sont en contrôle et ne le lâchent pas. Ils sont tournés vers eux-mêmes et ont de la difficulté à comprendre le point de vue de l’autre lorsqu’il est différent du leur.

Or, l’intimité est forcément un partage Et qui dit partage dit aussi perte d’une partie du contrôle, compréhension, empathie, compassion.

Les reproches seront donc dirigés vers ces manques.

Or, en faisant cela, on va attaquer leur image.

Rappelons-nous que leur image est la seule chose qu’ils ont. Sans cette image, ils ont l’impression qu’ils ne sont rien.

On verra donc la levée des boucliers, une fermeture quasi-totale, des mécanismes de défense opaques et résistants. S’ils n’en sortent pas, il n’y a rien à faire. On aura beau expliquer de toutes sortes de manières, ils résisteront. Et ce sera toujours de notre faute. Parce que quand il s’agit de leur image, ce n’est bien sûr jamais de leur faute. Ce sont les autres qui ne comprennent pas. C’est souvent là qu’on entend : « les femmes, y’a rien à comprendre à ça » ou bien « ce que les hommes peuvent être compliqués ».

Et si vos arguments sont imparables, ls se réfugieront dans le mutisme complet, ne sachant que répondre. Tout plutôt que de remettre leur image en question.

On sera alors porté à multiplier les demandes de dialogues. Mais rien n’y fera. Hors de question de nous donner raison et de porter atteinte à leur image. C’est tout ce qu’ils ont.

 

ET l’AMOUR NE PEUT PAS CHANGER ÇA?

Vous aurez beau les aimer de toutes vos forces, de tout votre cœur, cela ne changera rien.

De leur point de vue, d’un côté vous les traitez de monstre (vos reproches)  et de l’autre, vous dites que vous les aimez. Ils ne seront pas capables de recevoir cet amour, de le comprendre, de l’accueillir.

Dans le clip que j’ai publié dans mon dernier article, Marc Pistorio dit que si nous avons devant nous quelqu’un qui n’est que défensif, il n’y a rien de possible. Il ajoute que s’il s’aime assez, il va accepter de sortir de ses défenses et de confronter ses démons pour établir une réelle intimité avec nous.

L’enjeu est l’amour d’eux-mêmes.

Et à ça, vous ne pouvez rien faire. Parce que c’est à eux à décider de sortir de ces défenses.

Ce n’est pas en les aimant qu’ils s’aimeront davantage.

Mais s’ils s’aiment ne serait-ce qu’un tout petit peu, votre amour les aidera à confronter leurs démons et à s’aimer davantage. Ils pourront enfin croire qu’ils sont plus que leur image, s’aimer davantage et finir par mettre fin à cette image grandiose d’eux-mêmes.

Est-ce vraiment possible?

Je crois que plus les traits sont profonds, plus on s’approche du trouble de personnalité, moins c’est possible.

Mon père, amoureux de son image de « bon catholique portant sa croix », s’était remarié en deuxième noce avec une femme assez problématique, disons.

Elle a réussi à lui soutirer tout son argent, à lui faire couper les ponts avec ses enfants et l’a relégué dans une petite chambre minable de son condo alors qu’elle gardait la grande chambre pour elle-même. Lorsqu’il est mort, cela faisait un an, parait-il, qu’il s’ennuyait de ses enfants. Il regrettait de s’être embarqué dans ce mariage. Il n’était pas heureux. Mais cela n’a pas suffi à se séparer ou encore à nous lâcher un coup de fil. Sans doute se disait-il que c’était à nous de le contacter (ce qui avait été fait bien avant). Il a été prisonnier de son image jusqu’à la fin.

Si les traits sont moins profonds, autrement dit s’il commence à s’aimer vraiment, il commencera à se relier à son cœur et pourra enfin voir que cette image le détruit plus qu’elle ne l’aide. Il s’ouvrira aux autres et pourra alors renoncer graduellement à cette image.

Mais ça, c’est hypothétique.

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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