Retrouver l’amour de soi (et du Soi) après un échec amoureux.

Retrouver l’amour de soi (et du Soi) après un échec amoureux.

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Choisir d’être en couple, de réaliser l’Union, est toujours un risque.

J’ai déjà expliqué dans mon article « Le mythe du grand amour inconditionnel » à quel point la première phase de l’union dépend essentiellement d’hormones qui nous guident vers l’être soi-disant aimé et à quel point ce n’est qu’après le retrait de ces hormones que l’amour véritable s’installe. Cela prend entre deux et quatre ans. Le temps de se guérir.

Christiane Singer, dans son magnifique livre « Éloge du mariage, de l’engagement et autres folies » le dit d’une façon différente.

« Qui oserait en pleine conscience lier sa vie à quelque personnage indéfini qui, de ses mille visages, n’en a montré qu’un, ou deux, tout au plus trois et ne connaît de toi que quelques balbutiements préliminaires? »

Choisir de réaliser l’Union, c’est une folie. Une gageure. Un défi et un immense risque. Et pourtant, on le fait.

L’Union comporte en effet cette part d’attirance irrésistible pour l’autre en même temps que le risque de l’abysse si l’un des deux dans son infini et sacré libre-arbitre rompt le contrat initial.

En même temps, l’Union est un défi.

Loin de la promesse d’une petite vie tranquille et heureuse, c’est le Soi dans un premier temps qui pousse le moi à s’engager au départ, qui choisit le partenaire et qui le rend si attirant. Du point de vue psycho spirituel, on pourrait dire que c’est le Soi qui contrôle les hormones. Et le partenaire n’est pas choisi ultimement pour réaliser l’Union, contrairement à ce que le moi pense. Il est choisi pour l’évolution de la personne. Il est choisi pour ses conflits, ses blessures, ses manques. En complémentarité avec les nôtres.

Car l’amour met au travail. L’autre me confronte. Il me heurte.

« Avec une sûreté somnambulique, si l’heure est à la confrontation, il mettra son doigt sur la plaie, aussi secrète soi-elle, ignorée jusqu’alors peut-être de celui même qui la porte. (Singer) »

On se sentira inadéquat, insuffisant, inutile peut-être, jusqu’à ce que guérisse cette plaie… ou que l’Union se rompe.

Car l’amour, l’Union, est d’abord une invitation à guérir. À se guérir. Mutuellement. Pour vivre ensuite dans le partage authentique et l’amour vrai.

Et si jamais l’autre n’accepte pas, laisse aller les choses et rompt ainsi le contrat puis part, celui qui reste tombera dans cet enfer d’abandon et de rejet qui remet en cause son estime de lui-même. Ce que j’appelle « l’amour de soi ».

Il y aura d’abord une phase de colère et de peine, une sorte de rage de détresse contre l’autre — bien humaine il faut le dire–, et que l’on nomme parfois « victimisation ». Ce mot, la plupart du temps galvaudé, signifie que l’on attribue entièrement à l’autre la faute de notre détresse. Il ne signifie pas avoir de la peine ou de la détresse. Beaucoup confondent.

Lorsque l’être quittera cette victimisation, il commencera à s’approprier sa part de responsabilité. Il verra clairement ce qu’il a fait (ou n’a pas fait) et qui a poussé l’autre à s’en aller. Se sentant déjà rejeté, abandonné, trahi, il fera de sa part de responsabilité la cause unique de ce rejet, de cet abandon, de cette trahison. Et il en perdra son amour pour lui-même.

C’est ce qui m’est arrivé.

Pendant un an et demi, je me suis entêté à maintenir seul une Union de laquelle je voyais clairement l’autre se désengager. Pendant un an et demi, je me suis vendu l’histoire que je n’étais pas aimable, « pas assez » tout court. À chaque pas que je faisais pour démontrer qu’il fallait se rapprocher, l’autre manifestait une indifférence cuisante que j’interprétais encore comme une insuffisance de ma part. Puis, quand le moment crucial est arrivé, je me suis enfoncé davantage dans l’enfer de la haine de moi-même.

Dans mon livre « Faites exploser vos couleurs » j’explique abondamment la nature de l’abysse vécu alors. Honnêtement, je croyais ne jamais y retourner. Mais l’Union est toujours ce risque.

Ce qu’on appelle en psychologie « l’estime de soi » n’est pas un acquis. Ça se perd aussi vite et même plus vite qu’on l’a gagné. Et c’est ce risque que l’on prend dans l’Union. Car l’Union exige une complémentarité, une interdépendance qui nous rend vulnérables.

J’ai donc perdu l’estime de moi. Encore une fois.

Je me suis à nouveau retrouvé en fœtus sur mon divan à hurler en pleurant à la Vie : « Pourquoi ne suis-je pas aimé? »

J’en suis venu à penser que même Dieu ne m’aimait pas et que j’étais tout simplement condamné à essuyer échec sur échec, tout simplement parce que si on ne m’aimait pas, c’est que je n’étais pas « aimable ». J’étais fait comme ça. Et je me haïssais.

La haine de soi. C’est ça l’enfer.

Et ça dure longtemps… trop longtemps.

Et c’est augmenté par le fait de voir l’autre qui semble heureux, libéré enfin du gros tas de merde que l’on pense être.

Bien sûr, en même temps, cet état met aussi au travail. Un travail énorme sur soi où l’on comprend beaucoup de choses. Personnellement, la prise de conscience du fait que je voulais à travers mes Unions refaire le couple de mon père et ma mère et ma conviction que je ne pouvais pas réussir ma vie et avoir du succès autrement qu’en Union a été déterminante pour lâcher ce « besoin ». Il en est ainsi. Il faut absolument se libérer des images parentales et des blocages que celles-ci ont causé pour parvenir à une véritable Union de partage, de complémentarité et d’entraide dans notre évolution.

Mais ces prises de conscience faisaient en même temps augmenter le sentiment que je n’étais pas adéquat, pas « aimable » car je m’attribuais toujours la « faute » de l’échec.

Puis j’ai lu un livre. Le dernier d’Anita Moorjani : « Et si c’était ici, le paradis. »

Elle y parle beaucoup de l’amour de soi.

Ça m’a réveillé.

C’était comme magique.

Tout d’un coup m’est venu brin par brin, lentement, la part de responsabilité de l’autre. Pas pour lui attribuer la « faute », mais pour équilibrer. Car il n’y a pas de faute. Que deux êtres qui mettent en jeu leurs blessures pour les guérir.

Alors que j’avais fait de ma part de responsabilité 100% des causes de l’échec, tout à coup, ce taux descendait.

Bien sûr, je savais qu’un échec amoureux est à 50-50 la responsabilité de chacun. Mais le savoir dans sa tête est bien différent que de le ressentir.

Lentement ma responsabilité passait à 80%, puis à 70%, puis à 60%. Bouffée d’air dans cet enfer: on ne peut pas être responsable du 50% de l’autre. Comme ça faisait du bien,

Puis vint l’amour.

L’amour de soi est le constat, en pleine lumière que ce que j’ai à offrir est beau, bon, grand et juste.

Le constat du fait que bien que l’offre soit empêtrée dans ses blessures et ses conflits, cela n’en change pas la beauté puisque de toute façon, la personne qui l’accepte porte aussi ces blessures et des conflits complémentaires. Le « deal », c’est que nous guérissions ensemble.

J’avais donc de la valeur.

J’ai réalisé dans mon cœur et mes tripes que l’autre, s’il ne veut pas de ce que j’offre, ne change pas la valeur de ce que j’ai, de qui je suis, de la plénitude de mon être.

Et j’ai reconnecté avec moi-même, avec mon royaume intérieur, le royaume à l’intérieur duquel je suis un prince aux mille couleurs. Je l’avais déjà dit dans mon livre.

Je me suis même réconcilié avec cet aspect insistant de moi que je détestais et qui m’a fait rester pendant un an et demi alors que je voyais clairement que c’était terminé. Je portais ça aussi. J’avais promis, j’ai tenu parole. Je suis resté jusqu’au bout. Maintenant j’en suis fier car pour moi, c’est mission accomplie. Et je peux dire la tête haute : c’est moi, ça.

Dans mon livre « Faites exploser vos couleurs », j’expliquais que nos défauts sont en fait des exagérations de nos qualités. Je l’avais oublié. J’étais persévérant, mais trop. Je devenais insistant. J’étais authentique, mais trop. Je devenais blessant. Et ainsi de suite. Je n’avais pas à détester qui j’étais mais à l’aimer profondément… en arrêtant d’exagérer.

Le Soi a parfois de drôles de tours à jouer. Il veut à tout prix notre évolution. C’est lui qui nous présente les personnes qu’il nous faudra pour que l’évolution se fasse coûte que coûte. Et l’on ne s’en sort pas.

Il faut tôt ou tard passer par les étapes nécessaires à notre évolution.

En Union, si la personne embarque, l’évolution se fera avec elle. Si elle n’embarque pas, elle se fera sans elle. Mais elle se fera. De toute façon.

L’amour de soi est la clé de tout. L’amour du Soi également.

Il faut aimer qui l’on est, dans la confiance que notre Soi, notre âme, nous présentera à mesure des circonstances ou des personnes qui nous permettront d’évoluer.

J’en suis à mes premiers balbutiements dans cet amour de moi-même. J’ai encore des « couics » de contraction au cœur. C’est normal. Je dois faire mon deuil.

Mais je remonte de l’abysse où j’étais et l’amour que je développe pour moi, que je retrouve plutôt, je le trouve plus épuré, plus solide et plus fermement ancré et surtout plus prêt à vivre véritablement une Union d’évolution plutôt qu’une Union de réparation et de survie.

Et quand j’arrive à être dans ce lieu de l’amour de moi-même, je me surprends à aimer assez l’autre pour la laisser partir. Parce que l’amour, le vrai, part toujours de soi… et du Soi.

Comme quoi le risque de l’amour en vaut toujours la peine.

Quelle qu’en soit son issue.

 

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Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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