Vivre nus ou la disparition de la peur d’être.

Vivre nus ou la disparition de la peur d’être.

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Nous sommes des êtres de relations. Des êtres sociaux. Et les rapports humains, hormis quelques ermites, sont essentiels à notre vie.

Pourtant, il semble que ce soit difficile de se comprendre, de s’accepter avec nos différences, de se prendre tels que nous sommes.

Anita Moorjani, dans son dernier livre « Et si c’était ici le paradis? » décrit son conjoint comme un homme aux antipodes d’elle-même. :

« Même si nous sommes le contraire l’un de l’autre sur bien des points – Dany aime le froid tandis que j’aime la chaleur; il aime la pluie et j’aime le soleil; il aime la ville et j’aime le bord de mer; je suis plus artistique, il est plus analytique; je suis plus visuelle, il est plus technique -, nous ne nous disputons jamais. »

Comment font-ils non seulement pour vivre ensemble mais pour s’aimer si fort? Comment décident-ils où ils achèteront leur maison, quand iront-ils faire un tour dehors, où ils prendront leurs vacances?

Il n’y a pas de réponse dans son livre et j’avoue que si j’avais à faire une entrevue avec elle, ce sont des questions que j’aimerais bien lui poser.

Mais je suppose déjà la réponse.

Ils n’hésitent pas à se dire complètement. Ils n’ont pas peur d’être qui ils sont vraiment l’un avec l’autre et ils accueillent leurs différences comme des complémentarités. Plutôt que de les séparer, ces différences les complètent et les enrichissent.

Au cours de mes nombreux échecs amoureux, j’ai remarqué que le seul endroit où tous les deux nous nous permettions d’être vraiment nous-mêmes était au lit. En tout cas dans les trois dernières relations. Là, nos différences se complétaient, étaient accueillies, utilisées même pour le plus grand plaisir des deux.

Il faut bien l’avouer, nus, on ne peut pas tricher. Il n’y a plus de place pour les complexes ni pour la peur d’être jugés. Et si d’aventure un jugement arrivait au lit, il est clair que la relation s’arrêterait rapidement. On ne tolèrerait pas. Nus, on risque tout. Et on s’abandonne.

Pourquoi n’arrive-t-on pas à faire de même dans la vie?

En amitié, c’est plus facile. Nous n’avons pas à conjuguer le quotidien du vécu ensemble. Les enjeux ne sont pas les mêmes. Une certaine distance permet d’accepter plus facilement les différences de l’autre et même de s’en enrichir. Et pourtant, on n’y arrive souvent pas.

En couple, c’est encore plus difficile. Parce que c’est dans le couple que nous jouons nos enjeux parentaux, les blocages issus de notre éducation. Réaliser une union n’est pas chose facile tant que ces enjeux ne seront pas dépassés.

Je disais dans un texte précédent que le couple, dès le départ, se forme par besoin de se nettoyer de tout cela. L’union première est une union de survie. Et si on ne dépasse pas la survie, elle est vouée à l’échec. Tous les enjeux liés à notre survie dans l’enfance vont y passer. Ça frotte. Et ça frotte d’autant plus que ce ménage est absolument nécessaire pour passer à l’autre stade de l’union : l’union d’évolution où les deux partenaires vivent dans l’échange et la complémentarité.

Ce qui vient compliquer davantage les choses, c’est qu’on n’ose pas dire clairement ce que l’on est, qui l’on est, ce qu’on vit. Et je dirais que même quand on a l’intention d’être clair, on ne l’est pas. Parfois intentionnellement, parfois inconsciemment. Et ça vient tout mélanger.

Et celui qui croit être clair et qui reproche à l’autre de ne pas l’être n’est guère mieux.

Par exemple, avec mon ex, nous ne nous entendions pas sur la façon d’élever ses enfants. Elle, plus large et permissive, alimentait en moi le côté sévère et tranchant. Je m’emportais alors dans des monologues sur ma vision de l’éducation bien cadrée alors qu’elle ne parlait pas, jugeant sans doute inutile de m’obstiner sur ce qui semblait déjà tout décidé. Si bien que nous en étions venus à la conclusion que notre avenir passait par un duplex car nous ne pourrions jamais vivre ensemble. Et elle avait aussi acheté cette idée. Officiellement en tout cas. Pourtant, je ne lui ai jamais dit que mon rêve était de vivre ensembles tous les quatre et que si nous parvenions à une entente, cela serait possible. Dans les faits, je n’ai jamais voulu vivre séparément. Ce n’était pas du tout mon désir profond. Mais je m’en étais coupé. Complètement. Si je l’avais admis, et que j’avais admis que j’adorais ses enfants, si elle avait admis qu’elle rêvait d’une vie familiale – si c’était le cas- , nous aurions eu un but commun. Peut-être alors que nous aurions pu tous les deux cesser d’exagérer et trouver un hybride entre un laxisme pur et un encadrement extrême. Un lieu qui laisse aux enfants un espace d’initiative et de créativité, qui était le plus que ma conjointe amenait mais qui encadre le tout dans un système défini, que moi j’étais capable d’amener. Nos différences seraient devenues complémentaires et source de vie. Je rêvais d’une telle vie. Je ne l’ai jamais dit. Elle non plus d’ailleurs.

Mais pourquoi ne le dit-on pas?

Parce que l’on a peur.

Peur du rejet qui marquerait peut-être la fin de l’union, qui finira de toute façon si on ne le dit pas.

Peur de l’abandon.

Peur du jugement.

Autant de peurs qui viennent de très loin dans notre enfance.

Et c’est pour ça qu’il faut oser les dépasser.

Nous ne sommes plus des enfants. Si l’enfant ne peut se permettre de prendre le risque du rejet car il en va de sa survie, l’adulte, lui, peut très bien y résister.

Oui, en se disant, en affrontant la peur d’être qui nous tiraille les tripes, nous allons risquer la survie de l’union. Mais nous allons aussi faire disparaitre cette peur. Parce qu’une peur qu’on affronte fond comme la neige au soleil. En ne le disant pas, elle ne survivra pas davantage. Ce sera juste plus long avant de se séparer. C’est ce qui m’est arrivé d’ailleurs.

Il faut oser vivre nus. Se dire vraiment. Prendre le temps de plonger en nous afin de bien discerner nos projets et nos besoins. Montrer aussi nos faiblesses et nos peurs. Au risque de tout gâcher.

Si nous avons peur de dire quelque chose, commençons au moins par dire : « j’ai très peur de dire cela mais je dois te le dire… » Puis fermons les yeux et croisons les doigts. Un peu comme on le fait, la première fois qu’on se déshabille devant l’autre au lit. On le fait avec tous nos complexes, avec toute notre peur de nous montrer, imparfaits. Dans la peur d’être jugés mais aussi dans la conviction qu’il faut en passer par là pour avoir une relation saine et la certitude qu’on ne tolèrera pas ce jugement.

L’humain est un être social. Il cherche les relations. Mais elles ne seront harmonieuses et contributives à notre évolution que si on accepte de se dénuder, de se montrer tel que nous sommes sans fioriture, sans faux-semblant, comme on le fait dans notre intimité.

Vivons à nu. Une fois pour toute.

Et comment on fait ça?

On le décide. Tout simplement.

On n’attend pas que la peur disparaisse. On l’affronte.

Une cliente qui vivait chez sa mère et qui était en questionnement après avoir quitté la maison et son conjoint me disait un jour : « j’ai envie de retourner mais j’ai trop peur que ça recommence comme avant même si il dit qu’il a changé ». J’avais répondu : « si vous avez peur, c’est une excellente raison d’y aller. » Elle a suivi mon conseil. Ils sont mariés aujourd’hui. Il avait vraiment changé.

La peur pollue les relations. Elle détruit tout autour d’elle et nous empêche d’être authentique.

Ce n’est qu’en l’affrontant que nous pourrons réussir à vivre en harmonie et en complémentarité.

Nous pourrons alors nous épanouir, grandir et évoluer.

À nus.

En peine affirmation de notre vérité.

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Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

1 commentaire

  1. wow! et moi qui passait vivre une relation  » anormale « : je vis comme Anita. Nous sommes totalement différent dans presque tous les domaines de notre vie, sauf un: on EST tout simplement soi-même! merci Jean de ce beau texte

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