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JE SUIS DÉPRESSIF… ET J’Y TIENS!

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Il m’est arrivé très souvent de rencontrer au bureau des gens dépressifs.

Parmi ceux-ci, certains semblaient tenir énormément à leur dépression. Ils mettaient tout en échec, ne participaient pas vraiment au traitement, passaient de longues heures à se plaindre que tout allait de travers sans jamais pourtant arriver à se mobiliser pour que quelque chose aille mieux.

Bien sûr, en psychologie, il est courant d’aborder le thème des bénéfices secondaires, ces petites choses auxquelles on est accroché comme l’attention qu’on obtient des gens quand on ne va pas bien. C’est bien connu, tant qu’on ne renonce pas aux bénéfices secondaires, notre état risque de ne pas s’améliorer.

Mais il en est un que l’on n’aborde pas souvent: celui d’être témoin de son malheur.

En effet, si je vais mal, cette douleur a besoin d’être reconnue. Et si la douleur a été provoquée par un événement: un divorce, un suicide, une magouille économique etc…, l’atrocité de l’action de l’autre a aussi besoin d’être reconnue.

Quel beau moyen d’attester de cette atrocité que d’aller mal! Plus je vais mal, plus je prouve que l’autre a été un salaud. Et plus je vais bien, plus je risque de laisser entendre que « ce n’était pas si grave » ce qu’on m’a fait.

C’est là, il me semble, une attitude classique de victime.

Mais qu’en est-il de nous? Qu’est-ce qui est le plus important? Être heureux ou démontrer hors de tout doute que la personne qui m’a fait mal était méchante?

Certains semblent cultiver cette victimisation comme une plante précieuse. Mais ils demeurent victimes. De la personne qui leur a fait mal ou d’eux-mêmes?

Parce qu’il faut se rendre à l’évidence. La personne qui nous a fait du mal va bien depuis longtemps et se fout royalement qu’on aille mal.

À quoi sert alors de se camper comme dernier témoin des atrocités?

Ne serait-il pas plus judicieux d’aller bien le plus vite possible? Ne serait-ce pas le plus grand pied-de-nez à faire à un salaud que de s’en remettre rapidement? En faisant ça, on affirmerait alors non pas que c’est rien ce qu’il nous a fait, mais plutôt qu’il n’était pas assez important pour que ça nous arrête.

Une pulsion agressive canalisée vers soi va nous porter à l’autodestruction et à la victimisation. Nous nous retrouverons dans la position de celui qui dit: je suis dépressif, mais j’y tiens…

Continuer d’être malheureux est le plus sûr moyen d’être à la merci de tous les salauds de la planète et de tous les aléas de la vie.

Si je canalise ma pulsion agressive vers l’extérieure, elle sera au contraire source d’énergie pour m’en sortir.

Si je choisis que je n’ai pas le temps dans la vie de m’arrêter à des emmerdeurs, je commencerai d’aller mieux. Je quitterai ma position de victime pour m’affirmer moi-même en pouvoir sur ma vie.

La dernière chose dont j’ai besoin dans la vie, c’est de continuer à être victime d’un salaud car je lui donne encore un pouvoir énorme dans ma vie.

Si je choisis de passer par dessus les choses négatives qui m’arrivent, je choisis du même coup de diriger moi-même ma vie, d’être aux commandes de mon destin et, du coup, de me donner des choses et des gens qui me tirent vers le haut, qui me construisent et me maintiennent dans ce que je mérite: ce qu’il y a de mieux.

Mais comme c’est moi qui tiens à ma dépression, personne ne peut décider à ma place de la laisser aux vestiaires.

 

NOTE DE L’AUTEUR.

Ce texte fait parfois réagir. Certains y voient un encouragement à donner un coup de pied au cul des gens vivant une dépression, d’autres s’offusquent du titre. Ils auraient préféré y voir le mot victimisation. Bref, certains ne comprennent pas ce texte. Si vous êtes de ceux-là, je vous invite à le relire attentivement. J’y parle de certaines personnes, non pas de toutes. J’y parle de personnes qui, après un certain temps de soins, n’arrivent pas à se prendre en main. Je parle de personnes victimes de victimisation. Autant il est faux de penser qu’un dépressif doit simplement se donner un coup de pied au cul, autant il est faux de penser que la victimisation est une attitude qui est toujours consciente. La dépression se soigne en l’accueillant, en se laissant déprimer (non pas en se laissant aller), en identifiant les événements qui ont donné cela et en remontant la pente par la suite. La dépression est une vraie souffrance. Par ailleurs, j’ai pris ici l’exemple d’une dépression. J’aurais pu aussi bien écrire: e suis anxieux et j’y tiens, je suis xxxx et j’y tiens. Comprenez donc que le texte ne porte pas sur la dépression comme telle mais sur une attitude (par ailleurs souvent inconsciente) qui nous garde dans cet état. Il faut alors trouver un travail sur les « avantages », les bénéfices secondaires » liés à cet état pour en faire le deuil. Sans ce deuil, la personne ne relèvera pas. Dans le cas de ce texte, le bénéfice secondaire qui est abordé est celui trop méconnu de la reconnaissance de l’affront subi. C’est en fait de ça dont le texte parle. Reprenez-le à la lumière de cela. Il vous éclairera sans doute.

6 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    je pense qu’il y a du très vrai là dedans, mais je trouve que le message peut être dangereux… il y a aussi de nombreuses personnes qui ont vécu quelquechose de difficile et qui refoulent les émotions qui y sont liées. Qui ressortent d’une manière ou d’une autre. Mais attention à l’incitation « tout va bien ». Autant, ce texte me parait judicieux dans le cadre d’une thérapie en cabinet, autant, le mettre en pâture sur internet peut avoir des effets très différents. Pour avoir été victime et m’être posée de nombreuses questions sur « le droit de se poser en victime », sur l’intérêt de la reconnaissance de ce qu’il s’est passé, et aussi pour avoir longtemps fait comme si tout allait bien (ce qui biensûr ne fonctionne pas) notamment pour embêter celui qui me voulait du mal (mais ça c’est encore lui donner du pouvoir), je pense que ce n’est pas aussi simple que cela. Et que si un thérapeute m’avait sorti ça, je pense que je lui en aurais beaucoup voulu. Ca me parait plus un coup de gueule que quelquechose de constructif.

    • Bonjour « Clochette »
      Je dois avouer que j’ai bien failli ne pas publier votre commentaire. Votre fin « Ça me parait plus un coup de gueule que quelque chose de constructif » me semble en effet parler plus de vous que de moi.
      Je pense que ce texte vous a visiblement touché et que votre commentaire est beaucoup plus une réaction qu’un commentaire.
      Vous dites qu’il y a du très vrai là-dedans. Cependant vous trouvez ce message dangereux. Mais quel message est donc si dangereux? Bien sûr, certaines personnes refoulent des émotions par rapport à certaines choses qu’elles ont vécues. Mais quel est le rapport avec mon texte?
      Vous me dites: attention à l’incitation « tout va bien ». Mais où avez-vous donc lu cette incitation? Même si je suis bien conscient que vous avez interprété quelque chose en ce sens, je n’arrive pas à le trouver.
      Vous me dites aussi que vous vous êtes posé de nombreuses questions que vous nommez sans toutefois y apporter vos réponses pour finir par dire que « ce n’est pas aussi simple ».
      En fait, votre texte est vraiment très obscur. Il me semble une énorme réaction.
      Ce serait sans doute utile pour vous de reprendre ce texte jusqu’à ce que vous le compreniez. Pour cela, il vous faudra clairement identifier ce qui vous fait tant réagir dans ce texte qui est, à mon avis, très loin de présenter le danger que vous mentionnez et que je n’arrive pas à voir.
      La clé est sans doute ce « tout va bien » que vous reprenez deux fois.
      Tentez de voir où vous y voyez ça, vous obtiendrez sans doute la clé de votre réaction.

  2. Je suis tout à fait d'accord avec toi Jean et je pense aussi qu'il n'y a pas que les bénéfices secondaires qui motivent une personne à se maintenir dans la souffrance. J'ai l'impression que la victime prend un plaisir malsain à torturer les autres de sa propre souffrance en voulant faire comprendre : "C'est de ta faute si je souffre, te rends tu compte à quel point tu es dégueulasse?" Le problème alors est que la présumée victime devient aussi un bourreau, puisque son objectif est de faire mal à autrui, même si elle s'en prend à elle-même pour y arriver, comme dans le cas d'un suicide après un échec amoureux, par exemple.

    Antoine Baril

  3. Je reposte mon commentaire. J'espère que ça va fonctionner. lol. Bon, je disais que j'étais d'accord avec tous les propos de ton texte. Aussi, je crois qu'on se sent tous victime à un moment ou l'autre de notre vie. On aime aussi avoir de l'attention lorsque ça va mal. On aime se faire soutenir, rassurer, encourager, etc. Ce qui est nocif, c'est qu'on peut aimer souffrir seulement pour recevoir ce genre d'attention… Quand on va bien, c'est rare que les gens s'en soucient. Enfin, ils ne nous donne pas autant d'attention que lorsqu'on va mal. C'est toujours plaisant de recevoir de l'attention et de l'empathie, n'est-ce pas?

    Mylène Quirion. 🙂

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