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POUR FAIRE AVEC

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Tout le monde n’a pas la vie de rêve qu’il aurait désiré.

C’est comme ça.

Il y a des choses en ce bas monde qu’on ne contrôle pas. Beaucoup diront le contraire. Mais quand même… Un petit détour par les aléas de la vie permet de s’assurer que c’est bien vrai.

(L’énumération qui s’en vient ne tient pas compte de la croyance selon laquelle nous choisissons notre vie avant de naître. Même si c’était vrai, ce n’est de toute façon pas de cette façon qu’on le vit puisque nous n’en gardons aucun souvenir.)

On ne choisit pas de venir au monde sans jambes.

On ne choisit pas d’être malade.

On ne choisit pas son intelligence.

On ne choisit pas de faire partie d’une famille dysfonctionnelle.

On ne choisit pas dans quel milieu socio-économique on va se retrouver.

En fait, rien n’est plus faux que la phrase « chaque être humain naît dans l’égalité ». En dignité, peut-être, mais certainement pas autrement.

Et la vie continue. Certains se retrouveront au bon endroit au bon moment. D’autres au mauvais endroit et, bien-sûr, au mauvais moment.

Je n’ai pas choisi que ma conjointe me quitte au début de ma chimiothérapie. Mon choix à moi, c’était d’être accompagné dans l’amour.

Je n’ai pas choisi d’avoir un cancer. Mon choix à moi, c’était de vivre en santé très très longtemps.

Je n’ai pas choisi de faire faillite. Mon choix à moi, c’était de vivre dans l’abondance matérielle.

Je n’ai pas choisi non plus de vivre dans un centre-ville alors qu’amant de la nature, je rêvais de vivre au bord d’un lac.

Quand vous lisez cela, vous pensez sans doute que je m’apitoie sur mon sort?

En fait non car si cela était, je me serais suicidé depuis longtemps.

Il m’est arrivé tellement de choses absurdes depuis deux ans que je me demande encore moi-même comment j’ai fait pour traverser cela. Et quand j’y pense, la seule réponse qui me vient est : j’ai « fait avec ». Un peu comme l’expression « faire contre mauvaise fortune bon cœur ».

Mais qu’est-ce que ça veut dire?

Accepter?

Il y a un peu de ça bien que je n’aime pas le mot car il insinue que nous sommes d’accord. Il est impossible d’être d’accord avec des choses négatives qui nous arrivent. Personne ne s’écrie : « yeah, je viens de me casser une jambe ».

Accepter au sens que je constate que c’est là et que je n’y peux rien.

Au début de ma rupture, j’écrivais de gigantesques e-mail dans l’espoir de la faire changer d’idée. Je manifestais ma compréhension des choses dans l’espoir d’ouvrir un dialogue. Je n’étais pas dans l’acceptation. J’étais proactif pour changer les choses. Puis, un jour, une petite voix m’a soufflé du fond de ma souffrance : « Jean, tu as fait tout ce que tu pouvais ». Et là, j’ai accepté. Et je me suis tu. Je n’étais pas plus d’accord. Mais je constatais maintenant que les choses étaient ainsi et que je n’y pouvais plus rien. Parfois, il me venait autre chose à dire et un élan d’écrire se manifestait à nouveau. Pourtant, la voix était toujours là. « À qui bon? Tu as fait tout ce que tu pouvais. La balle est dans son camp». Et la balle n’est jamais revenue. Mais ce n’était plus ma responsabilité.

Au début de mon cancer, on me disait : « j’espère que tu vas te battre ». Mais je ne trouvais pas en moi cet élan de me battre. Le mot ne résonnait pas à mes oreilles. Non. Ce qui était important, c’était de m’informer, de comprendre et d’utiliser toutes les approches qu’on m’offrait. Pour moi, c’était ma façon de me dire : « J’ai fait tout ce que je pouvais ».

C’était d’ailleurs ma seule motivation. La seule raison pour laquelle j’allais tous les jours pendant 30 longs jours recevoir de la radiothérapie à l’hôpital en plein hiver avec une voiture dont on ne savait pas si elle se rendrait. La seule raison pour effectuer ces 10 jours de traitement de chimiothérapie. Pas une seule fois, je ne l’ai fait pour vivre. Seulement pour pouvoir dire : « J’ai fait tout ce que je pouvais ». Au cas où j’en mourrais. Parce que je ne voulais pas partir en me disant : « j’aurais dû ».

En ce sens, j’acceptais. La rupture, le cancer, la mort possible, la faillite personnelle et, dans le même élan mon enfance, ma vie, mes amours déçus, mon logement en centre-ville. (On pourrait allonger la liste.)

Mais entendons-nous bien : si je trouvais une lampe et qu’en la frottant, un génie en sorte soudain. Si il me proposait de revivre en couple, de m’installer au bord d’un Lac, de faire un dépôt dans mon compte et de me donner une santé de fer jusqu’à 150 ans, je dirais oui sans hésiter. Parce que je le veux encore, tout ça. Je le veux très fort. Mais je n’y travaille plus. Je fais avec le fait que ma vie n’est pas comme ça. Je me laisser porter et profite de ce que j’ai.

J’ai déjà dit que le lâcher-prise, c’était de continuer à être ouvert à ce que l’on veut tout en n’en faisant pas une condition de notre bonheur. Je le crois encore. Plus que jamais.

Aujourd’hui, j’appelle ça : « faire avec ».

Votre vie n’est pas celle que vous désiriez?

Avez-vous tout fait pour qu’elle le soit? Non? Alors travaillez encore. Plus fort. Mieux. Ciblé autrement.

Vous avez fait tout ce que vous pouviez? Alors acceptez.  Pas au sens d’être d’accord. Au sens de « faire avec. »

Si vous aimez mieux, appelez ça « faire contre mauvaise fortune bon cœur ».

Parce que c’est là que se trouve le bonheur.

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Oh! J’oubliais! Si vous êtes un génie dans une lampe, que vous avez de la place dans une petite maison de campagne sur le bord d’un lac, envoyez-moi un courriel… Je suis dispo. 😉

 

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" et "Des silences ébruités" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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