Accueil Les enjeux (chemin pour soi) AU PAYS DES RÊVES BRISÉS… LÀ OÙ D’AUTRES PRENNENT FORME…

AU PAYS DES RÊVES BRISÉS… LÀ OÙ D’AUTRES PRENNENT FORME…

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Il arrive parfois… Heureusement pas souvent, mais parfois quand même, que des rêves que l’on entretenait depuis longtemps, si longtemps qu’on ne s’en souvient plus, viennent à éclater en mille miettes.

Oui, cela arrive.

Et ça fait mal.

Tellement.

C’est parfois un accident, un problème physique, une rupture, un crash financier.

C’est parfois tout, ou n’importe quoi. Qu’importe?

L’important ici est de bien comprendre que le rêve a éclaté.

Quand il n’y en a qu’un.

Parce que parfois aussi, c’est tous les rêves qui se brisent d’un coup. En cascade. Comme ça.

Et là, sans préparation, sans avertissement, on se retrouve tout seul au pays des rêves brisés.

Tout seul bien sûr, parce que bien que parents et amis soient généralement là pour nous aider (il faut l’espérer en tout cas), nous assister, tenter de nous comprendre, on est toujours tout seul au pays des rêves brisés.

Juste parce que pour eux, ce n’est peut-être pas la fin du monde. Ce n’était pas leur rêve. Juste parce qu’ils ne peuvent pas complètement comprendre la portée et la profondeur de notre rêve. C’était le nôtre. On l’avait chéri, ce rêve. On y avait cru. On y avait travaillé. Si fort. Tellement fort. Comme si notre vie en dépendait. Comme si rien d’autre n’était plus important qu’atteindre ce rêve.

Et puis ne dit-on pas de ne jamais renoncer à ses rêves?

Sauf que là, il est en miettes. Complètement. Irrémédiablement.

Et dans ce pays des rêves brisés, il fait nuit noire.

Pas une étoile, pas un rayon de lune ne vient éclairer le chemin.

On peut y rester un temps. Le temps de décanter, le temps de se relever.

Ou on peut fuir. Parce que ça fait trop mal. Dans l’alcool, dans la drogue, dans l’action.

Mais lorsqu’on fuit un rêve brisé, la nuit nous rattrape toujours quelque part. Tôt ou tard. Et ça fait alors plus mal et plus longtemps.

Donc on y reste. En tout cas c’est préférable.

On y reste, bien sûr, parce qu’on y croit encore.

On y reste aussi parce qu’on n’a plus d’autre rêve.

Puis, avec le temps, à force de se blesser sur les branchages qu’on ne voit pas, tellement la lumière manque au parcours, il arrive qu’on se décourage, qu’on reste là et qu’on attende la fin. Et la fin, elle arrive. Forcément. On n’aura pas survécu à notre rêve. Aucun jugement ici. Le rêve était peut-être juste trop grand. (C’est peut-être là qu’il aurait fallu se faire aider par un professionnel.)

Ou bien on avance quand même. Blessé de ce rêve qui ne verra pas le jour. Blessé par les événements qui ont fait éclater le rêve. Blessé par cette vie qui nous a apporté ça. Blessé aussi par l’espoir qui tenaille au ventre et au cœur.

Ça fait mal, l’espoir. Surtout vécu dans le désespoir.

C’est en général là que des bien-pensants sans aucune empathie affirment simplement : tu as quelque chose à apprendre. Comme si c’était tout simple. Comme s’ils avaient tout dit et fait leur part. Ça leur donne bonne conscience et leur permet ensuite de s’énerver quand on se plaint encore.

Mais ce n’est pas dans la nuit qu’on apprend. C’est après.

Toujours après.

Pendant, c’est juste noir. Et les branchages font mal.

Puis, allez savoir pourquoi, l’espoir, peu à peu, disparaît. On se fait une raison. On commence, non pas à accepter, mais à digérer que le rêve soit brisé. Parce qu’il faut bien le dire. Jamais l’on n’acceptera qu’un rêve soit brisé. C’était un rêve après tout. Et un rêve, ça vient du cœur, du ventre, des tripes. Un rêve, c’est grand. C’est beau. C’est magnifique. On s’y habituera plutôt.

On appelle ça faire un deuil.

Et c’est long un deuil. Ça prend des mois, parfois quelques années. C’est à la mesure de la grandeur du rêve.

Mais l’espoir finit par s’en aller.

Et avec lui, curieusement, la noirceur.

Peu à peu, on voit une pénombre. Quelques formes de bûches que l’on peut éviter. Quelques fantômes de branches que l’on peut esquiver. Et la douleur commence à être moins intense.

Et c’est alors qu’au loin, quelque chose qui ressemble à une lumière commence à apparaître, tout doucement. Et elle semble appeler.

À mesure que l’on se dirige vers cette lumière, une clarté apparaît. Et dans la clarté commence à naître, tout doucement, un nouveau rêve.

C’est là, au bout de la nuit, que ce rêve prend forme.

Et là, évidemment, ça va mieux.

Mais non, on ne comprend pas toujours pourquoi le rêve a éclaté. Il arrive que oui, la plupart du temps. Mais il arrive que non aussi. Et ça, il faut bien l’accepter.

De toute façon, le rêve est lentement remplacé. Par un autre aussi beau. Pas toujours plus beau. Mais aussi beau.

Et la vie qui stagnait jusqu’alors reprend doucement son cours.

On devra croire à ce nouveau rêve aussi fort qu’au premier. Et ça aussi, ça prend du temps.

Mais il deviendra notre prochaine vie. Comme si l’autre s’était terminée.

Et elle l’est, en vérité.

Car on ne sort jamais vivant du pays des rêves brisés. On y meurt de toute façon.

Ou bien on reste mort.

Ou bien on ressuscite.

Et ça, oui, il faut se donner le temps que ça arrive.

Mais ça arrive. Toujours.

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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