UNE SIMPLE QUESTION DE PRÉSENCE… ET DE POLITESSE.

UNE SIMPLE QUESTION DE PRÉSENCE… ET DE POLITESSE.

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Un jour, il y a longtemps, j’ai participé à une émission à Radio-Québec, animée par Anne-Marie Dussault. À la fin de l’émission, Madame Dussault avait tenu à donner la main personnellement à tous les participants. Quelle déception! Alors qu’elle me donnait la main, elle regardait déjà la personne suivante. Aucun contact, aucun échange de regard. C’était la poignée de main de l’artiste qui entretient son public, une poignée de main « absente » de toute forme de relation. C’était du showbusiness.

Si vous regardez attentivement le début de « Tout le monde en parle », vous remarquerez que Guy A. Lepage fait exactement la même chose. Ça n’a rien à voir avec le contact humain. C’est du politically correct par rapport à l’image.

Bon. C’est comme ça. Il n’y a aucune critique dans mon propos. Moi-même, après une conférence, j’ai de la difficulté à me concentrer sur une seule personne alors qu’une dizaine attend pour me parler. J’imagine aussi que ce n’est pas évident de donner la main dans un minimum de temps à autant de personnes et qu’il vaut mieux regarder où l’on va que dans les yeux de la personne.

Mais la vraie vie, ce n’est pas de la télé. Ce n’est pas du showbusiness.

La vraie vie, ça devrait être fait de relations. Et pour avoir une relation, il faut être présent.

Beaucoup de personnes, en amour, ont l’impression très souvent, à un moment ou à un autre,  de ne pas avoir leur place dans la relation. Beaucoup de jeunes couples, par exemple, vont aller ensemble au bar pour voir l’un d’eux disparaître pour un temps, happé par ses amis, ses connaissances, ses rencontres du moment.

Et lorsque le deuxième s’en plaint, il est taxé de possessif!

Pourquoi?

Ce n’est pas de la possessivité que de s’attendre à passer la soirée en compagnie de la personne avec qui on va à cet endroit. C’est une attente relationnelle normale. Et c’est une simple question de politesse que de tenir compte de l’autre avec qui on sort.

Ce n’est même pas une question d’amour!

Il y a quelques temps, je suis allé à un concert avec une amie. Aucun enjeu romantique entre nous puisque nous nous étonnons toujours plus d’être autant différents dans nos goûts et nos visions des choses. Pourtant, nous avons littéralement « passé la soirée ensemble ». Nous sommes arrivés ensemble, nous avons discuté ensemble, nous nous sommes émerveillés ensemble, nous avons rencontré des gens ensemble…

Quand elle parlait, je l’écoutais. Quand je parlais, elle m’écoutait. Je me suis réjoui de ses enthousiasmes pour telle ou telle pièce. Elle s’est amusée de mes découvertes.

C’était une belle soirée!

Tout simplement parce que, ce soir-là, nous nous étions dit que nous y allions ensemble, et que nous l’avons fait.

Une simple question de politesse… et de présence.

Certains diront peut-être que ça aliène leur liberté, qu’ils ne veulent pas s’empêcher de faire de l’espace pour les imprévus, qu’ils veulent en tout temps conserver leur liberté de mouvement.

Mais la liberté n’est utile que lorsqu’elle est utilisée et a cette particularité que dès lors qu’on l’utilise, on ne l’a plus! C’est ça, l’engagement. Qu’il soit pour un soir, un mois ou une vie, une relation exige qu’on la choisisse et que dès lors on ne soit plus libre par rapport à elle.

« Je n’ai de comptes à rendre à personne », hurleront alors certains.

Malheureusement, je crains que d’être en relation exige que oui.

Dès lors que j’ai promis à quelqu’un d’aller quelque part avec lui, j’ai des comptes à lui rendre sur l’emploi de mon temps pour cette période de présence promise. Dès lors que j’ai accepté un dîner avec un ami, j’ai des comptes à lui rendre sur ma qualité de présence en ce soir de dîner. Dès lors que j’ai dit que j’arriverais vers 6h, j’ai des comptes à rendre sur ce que je fais alors que je n’y suis pas encore présent.

Dès que je m’engage, finalement, j’ai des comptes à rendre sur l’engagement que j’ai pris, sur ma présence dans cet engagement, et non pas seulement physique mais psychologique également.

Lorsque j’entends dire que d’exiger la place que l’on nous a attribuée est de la possessivité, je frise littéralement! Je le sens jusque sur ma peau!

Quand on attribue une place à quelqu’un, on lui donne. Et on ne s’étonne pas qu’il la prenne.

C’est une simple question de respect, de présence… et de politesse élémentaire.

Et si d’aventure on n’est pas prêt à faire ça, on risque de rester seul. Non pas seul de solitude, mais seul s’isolement.

C’est très loin d’être pareil.

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Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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