Es-tu responsable pour toujours de ce que tu apprivoises?

Es-tu responsable pour toujours de ce que tu apprivoises?

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Je suis de la génération du « Petit Prince ». Vous connaissez sûrement.

« Tu es responsable pour toujours de ce que tu apprivoises… tu es responsable de ta rose. »

J’ai été élevé comme ça.

Responsable.

C’était la définition de l’amour.

Responsable des autres. Jusqu’au bout. Jusqu’à la mort.

À l’époque d’ailleurs, on se mariait « pour le meilleur et pour le pire ».

C’est ce que j’ai fait…et j’ai failli mourir.

Pourtant, en théorie, je n’étais pas d’accord. Pour moi, un couple ne se fonde pas sur cette absurde promesse. Personne ne peut tenir dans le pire si c’est vraiment le pire.

Pour moi, un couple se fonde sur la promesse mutuelle de ne laisser rien ni personne se mettre entre nous deux. Mais c’est une promesse mutuelle. Je ne suis responsable que de mon bout de cette promesse. Je ne peux rien pour obliger l’autre à la tenir. Mais évidemment, avec cette parole qui semblait héroïque de Saint-Exupéry, je me sentais responsable des deux bouts.

Je me souviens très bien d’une période après mon divorce où je ne me permettais pas d’acheter un bien que mon ex ne pouvait pas se payer elle-même. Je trouvais cela inconvenant. Je ne vivais pas ma vie. J’attendais d’abord qu’elle vive la sienne.

Immensément affectée par notre séparation, elle n’arrivait pas à décrocher. Et moi, je me sentais responsable d’elle et de ce qui lui arrivait. D’ailleurs, j’étais parti de la maison sans aucunement séparer les biens équitablement. J’avais tout laissé sauf mes vêtements et une boîte de vieille vaisselle qui traînait à la cave.

Je me sentais responsable de son bonheur.

N’est-on pas responsable pour toujours de ce que l’on apprivoise?

Dans la relation suivante, brisée après s’être heurtés profondément tous les deux, je n’ai pu décrocher que lorsque mon ex a rencontré un gars que je sentais assez solide pour me permettre de me relever de ma responsabilité. J’avais accepté que nous « demeurions amis » pour être près d’elle « au cas où » elle aurait besoin. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé. J’étais resté « ami » même lorsqu’elle fut en couple avec un type que je ne jugeais pas solide. « Au cas où. » Et le « au cas où » est arrivé. Réveillé au beau milieu de la nuit parce que leur couple était en crise, je suis allé chez eux, alors que j’étais toujours amoureux d’elle, pour tenter de l’aider à rafistoler leur couple.

Je me sentais responsable de son bonheur.

N’est-on pas responsable pour toujours de ce que l’on apprivoise?

Dans la relation suivante, celle que je raconte dans mon livre « Faites exploser vos couleur », je n’ai pas accepté de devenir « ami ». J’ai tout coupé. Il y allait de ma vie, cette fois. J’avais eu des idées suicidaires. Pourtant, j’étais convaincu que son nouveau couple ne marcherait pas et je l’ai attendue pendant huit mois. « Au cas où. » Pour l’accueillir à bras ouvert si elle revenait blessée de cette expérience. Huit mois à prendre des somnifères, des antidépresseurs et des anxiolytiques.

Je me sentais responsable de son bonheur.

N’est-on pas responsable pour toujours de ce que l’on apprivoise?

 

Mais je n’ai pas appris.

Il aura fallu cette dernière relation et, à nouveau, cette mise en attente que je me suis surpris à faire, pour me faire réaliser.

Encore une fois, je me suis mis en attente « au cas où ».

Je me sentais responsable de son bonheur.

N’est-on pas responsable pour toujours de ce que l’on apprivoise?

 

Puis, le compte d’électricité et arrivé. Parfois, c’est un tout petit fait qui nous fait prendre conscience de choses énormes.

La facture que j’ai reçue était énorme. Tellement énorme que cela crevait mon budget et allait mettre en danger mes faibles économies. Pourtant, ce n’est pas à moi que j’ai pensé en premier. C’est à elle. « Mon Dieu, me suis-je dit, la sienne doit être astronomique aussi… Comment elle va faire? » Et je me suis surpris à avoir envie de lui transférer le peu d’argent qui me resterait après avoir payé mon compte.

Pourtant, cela ne me regardait plus. Plus du tout.

Puisqu’elle avait choisi de rompre le contrat de cœur qui nous unissait, je n’avais plus à m’inquiéter pour elle.

Oh, elle avait voulu que nous « restions amis ». Mais lorsqu’on a la vision que dans un couple nous devons mutuellement être amants, conjoints et meilleurs amis, comment peut-on accepter de réduire à une des trois dimensions une relation qui devrait comporter les trois? Cela ressemblerait à un prix de consolation… J’ai donc refusé. Non sans avoir essayé. Mais pour survivre, je ne pouvais pas.

Pourtant, je suis resté en attente.

Et j’ai réalisé… enfin… que j’avais passé ma vie à attendre les autres. « Au cas où. »

Parce que je me sentais responsable d’eux pour toujours, je me plaçais en attente.

Je le savais très bien d’ailleurs qu’il ne fallait pas. J’avais mis sur ma page Facebook professionnelle « Ne restez plus en gare… prenez le train… » Sans doute écrit-on aux autres des conseils qu’on se donne à soi-même.

Comme professionnel, je ne faisais pas ça. J’aidais mon client le plus possible, au meilleur de mes compétences, mais lâchais prise aussitôt sans me sentir si responsable de son bonheur. J’avais d’ailleurs appris que lorsqu’on en arrive à se sentir responsable d’un client à ce point, c’est un problème qui mérite qu’on aille en supervision parce que l’on n’est plus aidant pour lui. On l’infantilise. On se prend pour un sauveur.

Mais personne ne peut sauver personne.

On ne peut que se sauver soi-même.

Dans l’histoire de Saint-Exupéry, il y a la rose et le renard. Et ce qu’il est dit, c’est qu’on est responsable de la rose.

Je veux bien, soit. Une rose a besoin de nous, de nos soins, de notre attention pour pousser dans un jardin. Elle est dépendante. Mais c’est un végétal. Pas le renard.

Dans l’histoire, le renard a un libre-arbitre. C’est une histoire de relation. Et dans une relation, il y a deux bouts. Celui du petit prince et celui du renard. C’est au milieu qu’on se rencontre. Or, nous ne pouvons être responsable que de notre bout de la relation. Jamais de celui de l’autre. Et si d’aventure, le renard décide de partir, en aucun cas, nous ne sommes tenus de l’attendre pour lui.

Oh, on peut l’attendre pour soi. Parce qu’on espère qu’il va regretter. Mais ça n’arrivera pas. Et il faudra tôt ou tard passer à autre chose. Parce que le renard va faire des « bons moments » d’agréables souvenirs tout au plus alors que les mauvais moments prendront une place si grande que la tentation de revenir dans la relation sera rendue presqu’ impossible. Le petit prince, lui, va faire des mauvais moments des choses qui se dépassent facilement alors que les bons moments seront idéalisés. Juste parce que c’est ainsi que ça se passe. Celui qui laisse voit davantage les mauvais moments alors que celui qui est laissé voit davantage les bons.

Et quand bien même, et cela est extrêmement rare, il arrivait que l’autre revienne. Vous n’auriez plus jamais cette relation initiale qui est bel et bien terminée. Il vous faudrait en bâtir une autre, toute nouvelle, qui tienne compte de l’évolution des deux. Il faudrait recommencer à s’apprivoiser. Il faudrait rebâtir. En tenant compte des erreurs passées certes, mais dans une nouvelle dynamique qui n’aurait plus rien à voir avec la première.

Avez-vous déjà eu l’impression que les chose arrivaient quand vous vous placiez en attente? Rien n’est plus long que le temps d’attente à la fenêtre du livreur de pizza.

C’est comme ça aussi dans nos vies. Attendre l’autre ne sert à rien. Sinon à se faire mal et à empêcher les choses d’arriver.

Notre responsabilité se limite à notre bout de la relation. Et quand il n’y a plus de relation, se mettre en attente, c’est maintenir un bout de relation qui n’est plus relié à rien. C’est figer notre évolution. C’est nous empêcher d’aller mieux. Et c’est surtout empêcher les choses d’arriver.

Parce qu’il n’y a plus de place pour le nouveau qui est toujours à honorer.

« Oui mais si je ne l’attends pas et que l’autre revient? »

Et bien tant mieux.

Il reviendra en quête de nouveau et vous vous y serez ouvert.

À vous alors de voir si ce nouveau est celui qui vous intéresse ou si vous êtes ailleurs, de toute façon meilleur que l’ancien qui n’avait pas marché.

Je ne suis pas responsable des décisions des autres. Seulement des miennes. Je ne suis pas responsable des conséquences de ses décisions. Seulement des miennes.

Et en aucun cas, se mettre en attente est grandissant, évolutif et gage de bonheur.

Hier, une de mes meilleures amies m’a dit qu’elle avait l’intuition que je rencontrerais quelqu’un bientôt. Plus tôt que je le pensais.

Sur le coup, j’ai eu peur.

« Pas tout de suite », me suis-je dit. « Je dois me garder pour l’autre ».

Puis, tout d’un coup, je me suis senti ouvrir. Au nouveau. À l’inconnu.

Je n’ai pas encore tout à fait assez de place pour ce nouveau.

Mais je m’y emploie très fort. Et ça s’en vient.

Parce que je ne veux plus attendre. Jamais.

J’ai trop attendu pour vivre.

Et j’avoue bien humblement que tout le temps que j’attendais, je ne vivais pas.

Je vous répète donc et me répète à moi-même cette devise :

« Ne restez plus en gare… prenez le train. »

Et si l’autre revient?

Si l’autre a à revenir, il lui appartient de ne pas manquer le train… ou de le rattraper dans une autre gare.

Parce que le train, lui, n’attend pas.

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Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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