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INFIDÉLITÉ: QUE DE DOULEURS ET D’OCCASIONS!

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L’infidélité a fait beaucoup couler d’encre et de larmes.

Elle se retrouve partout. On en fait des statistiques. Elle envahit nos bureaux de consultation.

Nul n’en est à l’abri, semble-t-il, et parfois même celles et ceux qui ne le croient pas.

On a dit d’elle qu’elle était péché. On a dit d’elle qu’elle était le salut du couple parfois. On l’a facilitée par le plus vieux métier du monde. On l’a punie de mort dans certaines cultures.

Mais il me semble que pour la comprendre, il faut revenir à la base du couple.

Je m’imagine le couple, je l’ai déjà dit, comme un cocon qui se forme entre deux personnes.

Attirés l’un vers l’autre par une sorte de magie, les amants s’unissent, se travaillent, se modèlent l’un pour l’autre et l’un en l’autre. Bien que gardant chacun leur individualité, j’imagine une sorte de lumière, d’énergie qui se met à les entourer. C’est la troisième personne du couple, le cocon dans lequel ils grandiront et alimenteront leur amour.

Et j’ai l’image que ce cocon est indestructible de l’extérieur. Il est lisse, sans failles, inattaquable et inaltérable. Tant et aussi longtemps qu’il reste intact, personne, de l’extérieur, ne peut venir s’insérer là. Et l’infidélité est impossible.

Il n’en va pas de même de l’intérieur. Formé de l’énergie conjointe des deux personnes en son sein, il doit être constamment alimenté par ses créateurs.

Ceux-ci sont responsables de leurs besoins et doivent, dans la complicité et la bienveillance, les remplir pour chacun. Oh, nulle personne ne peut combler totalement les besoins d’un autre. Mais il est des besoins qui doivent être comblés dans le cocon. Le besoin d’intimité. Le besoin de fécondité. Le besoin d’expression de l’amour physique. Et certains autres aussi. Il serait sans doute trop long de les énumérer.

Lorsque ces besoins ne sont pas comblés dans le cocon, il se crée une faille qu’il appartient au couple de combler à mesure. Et parfois la négligence fait son œuvre. On n’entretient plus son cocon. On néglige nos besoins. On néglige d’être bienveillant envers les besoins de l’autre. On néglige le couple. Parfois même un des deux crie très fort ses besoins sans écoute de la part de l’autre. C’est un cri d’alarme. Un cri du cœur. Un cri de l’âme. « Trésor, je vais partir. De grâce, regardons-nous. » On sent peu à peu le cocon se déchirer. On sent peu à peu s’effriter l’amour. L’énergie est moins grande, la faille s’accentue.

Et c’est dans cet état que se présente l’Autre, l’étranger.

Qui est l’Autre?

Celui ou celle à qui on donnera tous les torts si l’on veut chercher un coupable. Celui ou celle qui, aux dires des observateurs, aura été le destructeur de ménage, le salaud de service, la briseuse de mariage. On peut imaginer tout ce qu’on veut ici. Il fallait un coupable et on l’a désigné.

L’autre se présente la plupart du temps par synchronicité.

Il arrive juste au bon moment et il est tout juste ce que l’on cherche.

Pourquoi? Parce que la vie est bien faite et que l’on trouve toujours à remplir nos besoins.

Pourtant son rôle n’est pas de briser le cocon mais de le faire vibrer, vivifier, s’animer. Le cocon est souffrant, à l’agonie parfois. Des crevasses immenses sont creusées de part en part, à l’image de l’agonie des deux qui l’habitent. Et cet autre s’insère implacablement dans les failles, remplissant tous les creux, tous les vides laissés par la négligence des conjoints.

Mais cet autre s’immisce de l’extérieur vers l’intérieur. Tant qu’il n’est pas complètement installé, il est encore possible de le repousser. De l’intérieur.

L’énergie du couple peut encore tout faire. Il peut pousser de toutes ses forces pour expulser l’étranger et reboucher les failles.

Parfois le couple se réveille. Poussé par la passion qui anime soudain l’un des deux partenaires, l’autre se met à l’ouvrage. Les connexions reprennent. L’énergie s’active. L’inconnu est expulsé. Il n’est plus là. Il n’est plus qu’un souvenir.

Il arrive parfois que le cocon était mort. Trop dégradé. Trop attaqué. Il se brisera. Le couple s’éteindra.

Et même dans ces cas-là, il n’est pas évident que l’étranger fera un nouveau couple avec le partenaire désormais libre. Son rôle n’était peut-être que de lui redonner sa liberté.

Si l’on raisonne comme ça, l’infidélité se situe à un tout autre niveau. Elle consacre simplement les fêlures du cocon. Et l’étranger qui s’y installe pourrait tout aussi bien être venu pour elle qu’être venu pour lui.

Si l’infidélité  se produit, il faudra alors à celui qui en est la victime, beaucoup de courage pour mettre son ego de côté et admettre qu’il en est responsable tout autant que l’autre. Les deux sont toujours responsables des vides du cocon.

S’il reste victime, s’il se laisse aller à son ego blessé, il n’y a aucune chance pour que se fasse une réparation adéquate. La relation est menacée. Mais elle est menacée tout autant par l’infidèle que par l’autre qui s’entête à se victimiser. L’un coupable de trahison, l’autre coupable d’orgueil. Lequel est le pire? N’est-ce pas au nom de cet orgueil qu’on lapide des femmes adultères en certains endroits du globe?

Bien sûr, on dira parfois qu’à l’annonce de l’infidélité, quelque chose en nous s’est cassé. Et on dira souvent que c’est l’amour qui a été affecté. Je n’en crois rien. Je crois que c’est l’ego qui a reçu un coup violent. Que va-t-on faire? Le laisser se défendre et tout briser ou en profiter pour l’amoindrir, le dompter, l’affaiblir? Car c’est uniquement dans l’humilité et l’amour qu’on peut passer au travers d’une telle situation.

Pour s’en sortir, il faut deux choses je pense.  L’amour et le regret.

L’amour d’abord des deux conjoints décidés à affronter ensemble la tempête.

Le regret ensuite pour l’un de s’être abandonné à la passion, et pour l’autre, celui de n’avoir pas vu les cris d’alarmes lancés inévitablement par son partenaire bien avant que survienne l’étranger.

J’ai déjà rencontré dans ma vie une personne avec qui je connectais profondément. Elle était en couple et ça se passait bien. J’étais aussi en couple et tout était pour le mieux. Je me souviens d’une fois où, par hasard, nos corps ont été rapprochés. Nos regards plongés l’un dans l’autre, nous avons très bien senti tous les deux cette connexion magique et parfois fatale. Un moment de silence… Lourd moment de silence. Le temps qu’il faut peut-être pour sentir s’il y a faille. Mais il n’y en avait pas. Nous nous sommes retournés, avons terminé ce que nous faisions et n’en avons jamais reparlé.

Rien ne pouvait être puisqu’il n’y avait pas de place à être.

Et lorsque j’y pense aujourd’hui, il me vient toujours un sourire.

En d’autres circonstances, ça aurait été possible.

Pour moi, l’infidélité, ce n’est pas de coucher ensemble bien que ça le soit aussi.

Non.

L’infidélité commence par l’accueil de l’étranger dans la faille. L’entretien de sa présence. Le plaisir alimenté qu’il soit là.

Ce n’est pas son cocon. Ce n’est pas sa place. Et le laisser croître dans les interstices d’un cocon fragile, c’est déjà préparer la mort de ce cocon.

On fait un grand drame de l’acte sexuel dans l’infidélité. Il est vrai qu’il n’est pas banal puisque les corps qui s’unissent vibrent déjà ensembles dans leur propre lumière.

Il serait pourtant sage de traquer l’ennemi bien avant qu’il ait envahi nos territoires.

L’infidélité se prépare lorsqu’on laisse dans nos couples des failles se créer. Elle commence à exister lorsqu’on laisse l’étranger commencer de remplir les vides et qu’on y prend plaisir.

Au final, l’acte sexuel infidèle n’est simplement que la marque d’une infidélité commencée depuis longtemps.

Depuis que tous les deux, nous avons décidé de négliger le cocon qui fait de nous un couple.

Depuis que tous les deux nous sommes ancrés dans la négligence et le déni.

Depuis que tous les deux, inconsciemment, nous avons invité l’étranger à venir s’installer entre nous.

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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