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LA PETITE « CANNE » POUR LES PAUVRES.

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Le temps des fêtes approche. Une peu partout dans les épiceries, on verra s’amonceler des denrées dans des boîtes prévues à cet effet. Le but? Offrir des paniers de Noël à des familles démunies.

Tous, tant que nous sommes, nous ferons un devoir de mettre dans la boîte une « canne »[i] de quelque chose. Un machin à 1,49$. Et nous aurons l’impression d’avoir fait notre part.

Mais qu’est-ce que c’est cette part au juste?

De temps à autre sur Facebook, nous voyons apparaître une image avec la mention : « ayez une pensée spéciale pour les sans-abris », ayez une pensée spéciale pour les pauvres.

Habituellement, y’a quelques « j’aime » sous ces photos. J’imagine que ceux qui les ont mis ont effectivement eu une pensée spéciale.

On le sait tous. Une « pensée spéciale », ça tient chaud par les soirs de -30 degrés. Une « pensée spéciale », ça fait le même effet qu’un bon chocolat chaud qui descend le long de la trachée. Une « pensée spéciale », ça enlève l’envie de se suicider. Ben voyons… Pourquoi j’irais faire ça alors que sur Facebook, y’a plusieurs centaines de personnes qui ont une « pensée spéciale » pour moi.

On est très forts pour les pensées spéciales, nous autres. On en a pour beaucoup de gens dans une année. « Je vais penser à toi », dit-on entre deux gorgées de bière pour l’oublier la seconde d’après.

Des « pensées spéciales », ça nourrit pas, ça réchauffe pas, ça ne fait aucune différence pour la personne dans le besoin. Parce que ce dont elle a besoin vraiment, c’est de personnes. Des vraies. En chair et en os.

Pas seulement des gens qui ont des « pensées spéciales » chez elles, dans leur confort. Ni même de gens qui donnent à des organismes, quoi que c’est déjà beaucoup mieux.

Non. La personne en difficulté a besoin de chair, d’os, de bras, de jambes et de cœurs. C’est de ça dont elle a besoin. Elle doit mettre une face sur la couverture qui la tiendra chaud le reste de l’hiver. Elle doit mettre une face sur la dinde qu’elle mangera peut-être à Noël. Elle doit mettre une face sur le chocolat chaud qu’on lui paye.

Pourquoi?

Parce que c’est un être humain. Juste pour ça.

Et que l’un des plus grands besoins des humains est d’être reliés. Pas juste par des « pensées spéciales » mais aussi par la peau, la chaleur du corps, la présence véritable et pleine. Le sourire vu. La poignée de main échangée. La caresse reçue même, peut-être.

Est-ce un hasard si de plus en plus de paroisses organisent un « réveillon » pour les gens seuls? Non. C’est un besoin. La solitude devient de l’isolement dans le temps des fêtes.

Je le sais pour l’avoir vécu. Laissé pour compte un moins et demi auparavant par une conjointe qui, j’imagine, ne supportait pas l’idée de me voir dépérir par le cancer, j’ai passé le 31 décembre seul. Totalement.

Oh, j’aurais pu appeler mes enfants. Mais je croyais que ça irait bien.

Un quart-cuisse plus tard, dans une solitude devenue isolement, je me disais à moi-même : bonne année 2017 Jean. J’espère qu’elle va être meilleur que cette année.

Je ne sais pas ce qui fait que ces journées-là sont plus importantes que les autres.

Mais je sais que l’isolement n’et pas acceptable pour un être humain.

Il lui faut plus que ça.

Dans un hôpital que je connais bien, la famille amène parfois à l’urgence, durant ces fêtes, une personne âgée. Puis on « se pousse » littéralement. Lorsque vient le temps de retourner à la maison, le personnel se rend compte que la famille n’est plus là. Très souvent, on apprend qu’ils sont partis en voyage. Je n’ose pas imaginer comment cette personne doit se sentir, abandonnée et trahie ainsi.

C’est bien beau des pensées spéciales, mais ça ne remplace pas les gestes de solidarité, de bonté, de bienveillance. Les vrais gestes.

Cette année, dans le temps des fêtes, avant de mettre ma « canne » dans la boîte de carton de l’épicerie. Vous savez, la « canne » à 1,49$? On devrait se demander si elle n’a pas plus l’air d’une « pensée spéciale » que d’une « canne ».

Et peut-être…

Si notre cœur est ouvert…

On mettra plus de « cannes » à 1,49$.

Ou bien, qui sait? On se déplacera quelque part pour faire quelque chose de concret. Avec nos bras, nos jambes et nos cœurs.

Ceux-là, on ne peut pas les confondre avec « une pensée spéciale ».

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[i] Une « canne », c’est une boîte de conserve. 😊

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" et "Des silences ébruités" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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