«IL FAUT CROIRE AUX ÉTOILES»

«IL FAUT CROIRE AUX ÉTOILES»

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Mai 1971, le soir.

Je viens d’avoir 18 ans.

Une amie pleure. L’amour sans doute? Je ne me souviens plus. Elle pleure toutes les larmes qu’elle peut fabriquer. Des larmes d’abysse. Les larmes d’un désespoir sans fond.

J’ignore encore quelle est ma mission de vie, mais tout mon être est mobilisé par cette douleur que je ressens moi-même comme étant immense.

Pense-t-elle au suicide? Je ne sais pas. Je ne saurai jamais puisqu’à l’époque j’ignore qu’il faut le demander. Mais je sais qu’il faut faire quelque chose.

Alors que tous autour de moi écoutent une musique américaine venue de la contre culture, je suis davantage attiré par la musique francophone. Celle dont on comprend les mots. Celle qui rejoint le cœur.

Sans trop comprendre ce que je fais, je prends un disque – aujourd’hui il faut dire un vinyle – de Richard Anthony.

La pièce qu’il me faut pour elle, j’en ai l’intuition, en est une qui fait vibrer. J’ai toujours été un spécialiste de l’espérance.

Je mets cette pièce, prends mon amie par les épaules et la plante là, devant la fenêtre du salon et lui demande de regarder le ciel. Il est rempli d’étoiles.

Pour moi, il est clair qu’aujourd’hui, cette amie doit pleurer devant les étoiles. Pleurer sa peine pour dépasser son désespoir. Transcender la désespérance pour arriver à l’espérance.

Anthony commence à chanter. C’est magique.

«Il faut croire aux étoiles
Qui te disent, ne tremble pas
La vie n’est qu’une escale
Tous les hommes sont comme toi

Quand les feuilles mortes
Tombent sur ton cœur
Pour laisser la porte
S\’ouvrir au bonheur

Il faut croire aux étoiles
Tes angoisses et tes tourments
Ne sont qu’un grain de sable
Qu’une larme dans l’océan

Moi dans le silence
D’une belle nuit
J’ai repris confiance
J’ai trouvé l’oubli

Il faut croire aux étoiles
Jusqu’à l’aube du dernier jour
Il faut croire aux étoiles
À la chance et à l’amour»

Mon amie regarde le ciel. Mon bras enserre très fort ses épaules.

Elle pleure, pleure pleure, fort, puis doucement, puis calmement, puis commence à s’arrêter. Sa tête s’appuie sur mon épaule. Ses yeux coulent toujours mais ont repris un certain éclat. Je ne la sens plus trembler.

Elle passe doucement de l’état de désespérance à un calme plus serein. Son visage me fait un sourire. Elle me remercie. Se rassoit.

Nous ne dirons plus un mot.

Ce soir-là, mon amie a accepté de croire en son étoile.

Moi, j’ai fait ce que j’ai toujours fait de mieux. Sans trop savoir ce que c’est. Plus tard, je saurai.

Je n’ai plus revu cette amie. Les meilleurs amis de 18 ans sont souvent ceux que l’on perd de vue les plus rapidement.

Mais j’ai le sentiment que, ce soir-là, une étoile l’a sauvée.

Parce qu’elle a accepté d’y croire.

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Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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