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LA MALTRAITANCE ENVERS SOI-MÊME

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Il est un phénomène assez fréquent par les temps qui courent. C’est cette espèce d’obligation que l’on se fait de performer et, par voie de conséquence, d’exiger des autres qu’ils performent sous peine d’encourir notre jugement voire notre mépris.

C’est bien connu: Il faut donner son 110%. La maison doit toujours être propre. Il faut bien élever les enfants. Il faut travailler dur pour ramener tout ce dont on a besoin à la maison. Pas le temps de se reposer. Ce serait de la paresse.

En fait, on court après le temps comme « une poule pas de tête »! Performance, performance, performance. Toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus fort.

En d’autres termes, on se maltraite. Oui, absolument. Je n’ai qu’un mot pour décrire cela : de la maltraitance envers soi-même.

Oh, bien sûr, c’est camouflé. On se dit qu’on est un bon parent, un bon adulte responsable, une personne fiable! Mais en fait, pas du tout.

Tout ce que l’on fait, c’est s’imposer des tâches.

Oui mais, me direz-vous, on n’a pas le choix! Il faut bien gagner sa vie, vivre dans un environnement agréable, et puis les enfants, c’est pas comme les cactus, on les arrose pas une fois par deux mois.

C’est vrai. Mais tout est dans la manière. Notre vocabulaire est rempli de « il faut ». Comme si notre vie en dépendait.

Pourtant, si on remplaçait seulement les « il faut » par des « ça serait mieux », toute notre vie changerait. Bien sûr qu’il restera des « il faut ». Les vrais. Ceux que, si ce n’est pas fait, quelqu’un va mourir. Tout le reste, c’est à ranger dans « ça serait mieux ».

Du coup, on va pouvoir relaxer.

Seulement voilà… À peine commencée, cette relaxation prend des allures de terreur. La peur envahit tout. « Et si je devenais paresseux? » « Et si je m’habituais à ne rien faire? » « Et si … »

C’est ce qui se passe régulièrement dans mon bureau lorsque les gens arrivent en dépression. Euh… c’est vrai… faut pas dire ce mot. Vaut mieux dire « burn out », ça fait plus noble. Parce que « se brûler au travail », c’est bien. En tout cas c’est ce qu’on pense. À 110% bien sûr!

Et là, dans mon bureau, en dernier recours et un peu honteux de se ramasser là, ces gens vont devoir apprendre qu’« il ne faut pas grand-chose » dans la vie. Et ils auront peur. Et ils s’ennuieront quand je les mettrai au repos forcé. Ou bien ils ne suivront pas les conseils auquel cas cette foutue dépression sera plus longue.

La maltraitance envers soi-même et devenue quasiment une seconde nature. Ça colle à la peau comme une deuxième identité. Le contraire est synonyme de paresse, de lâcheté, d’irresponsabilité. Les victimes devront apprendre à penser à l’envers.

Faire ce dont ils se sentent coupables, ne plus faire les choses pour lesquelles ils ne se sentaient pas coupables. Tout est à raisonner à l’envers.

Le pire arrive lorsqu’ils me servent l’argument du cœur.

L’argument du cœur, c’est un raisonnement farfelu selon lequel ils peinent comme des forcenés parce qu’ils aiment leur famille, leurs enfants, leurs chats, leurs chiens… alouette.

Mais quel amour, dites-moi, exige de vous que vous vous maltraitiez? Ce n’est pas de l’amour, c’est du mépris pour soi. C’est le contraire de l’amour de soi.

Si vous vous maltraitez, vous finirez mal. Les choses ne vont pas s’améliorer pour vous, elles vont se dégrader. Forcément. Peut-être pas tout d’un coup, malheureusement, mais sur plusieurs années. Vous y laisserez votre santé, votre vie et, sans doute, l’amour des vôtres qui n’en ont rien à faire que vous ne soyez jamais disponible pour eux… au nom de l’amour que vous avez pour eux.

La maltraitance envers soi-même, ça conduit toujours au désastre, à l’autosabotage.

La maltraitance envers soi-même, c’est le contraire de l’estime de soi.

Et vous dites que vous aimez les autres? Comment pouvez-vous bien les traiter si vous ne savez pas bien vous traiter vous-mêmes?

Oh, bien sûr, ça serait mieux si vous faisiez des heures supplémentaires pour acheter plus de cadeaux. Ça serait mieux si la maison était nickel pour recevoir la famille. Ça serait mieux si…

Mais ce qui serait encore mieux, c’est qu’on ait du temps pour soi (non, pas pour travailler encore plus), du temps à passer en amoureux, du temps à passer en famille. Du temps, quoi…

Ce qui serait encore mieux, c’est qu’on se dise une fois pour toute que notre énergie totale étant de 100%, quand on donne 110%, on meurt.

Et ce qui serait encore mieux, c’est qu’il n’y ai plus jamais de « ça serait mieux » déguisé en « il faut ».

Note: l’image qui illustre cet article ne signifie pas dans mon esprit que les athlètes de haut niveau font automatiquement de la maltraitance envers eux… mais parfois oui, comme dans tous les domaines. Je voulais simplement une image où la personne force fort.

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Jean Rochette

Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l’auteur de « Faites exploser vos couleurs » et « Des silences ébruités » aux Éditions du Dauphin Blanc.
Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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