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LA POURSUITE DU BONHEUR (deuxième partie)

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AVIS : ce qui est décrit ici ne constitue pas une alternative à des traitements psychologiques. Si vous éprouvez des problèmes majeurs, que vous vivez une dépression, une grande anxiété, il faut consulter un professionnel.

 

Dans la première partie de cet article, je montrais les trois sources de bonheur identifiées par les chercheurs. La première, génétique, représentait 50% alors que les circonstances extérieures seulement 10%. Il en restait donc 40% représentait le pouvoir que nous avions sur notre perception de notre bonheur.

Beaucoup de gens réagissent au 50% génétique et ne veulent pas du tout que ce soit le cas. Certains espèrent que l’on puisse changer cela et que l’on puisse même changer l’ADN afin de modifier le bagage génétique.

Pour moi, c’est une avenue peu intéressante en ce sens que même si l’on y arrivait un jour, cela ne changerait rien pour nous aujourd’hui. Et puis pourquoi s’entêter sur quelque chose qu’on ne peut en principe pas changer, quelqu’en soit la proportion, alors que nous avons un beau 40% que nous pouvons travailler tout de suite.

Peu ont réagi au 10%, ce qui m’étonne puisque c’est habituellement de cette façon que nous cherchons à augmenter notre bonheur. En changeant de ville, en acquérant des biens, en changeant de conjoint.

Le concept-clé du premier article était donc surtout l’adaptation hédoniste qui fait que les changements extérieurs ne peuvent pas vraiment apporter le bonheur. Dommage que certains aient surtout mis le focus sur la partie génétique.

À la fin de l’article, je vous disais qu’il restait à voir de quel façon utiliser au maximum le 40% de pouvoir que nous avons et que ce 40% était constitué d’actions volontaires.

Voyons-les maintenant de façon plus approfondie.

 

Cinq voies vers la satisfaction dans sa vie.

Martin Seligman propose en 2005[i] un modèle à trois voies : le plaisir, l’engagement et le sens de la vie. Plus tard, en 2011, il réajusta par un modèle à 5 dimensions[ii], le modèle PERMA, où l’on retrouve des sources importantes de bonheur et qui constituent autant de voies où peuvent s’exercer les actions volontaires permettant d’utiliser le 40% dont je parlais plus haut.

Le tableau suivant montre ces cinq voies : les émotions positives, l’engagement, les émotions interpersonnelles positives, le sens à la vie et les accomplissements. (Notez qu’il n’a pas délaissé les plaisirs mais qu’ils sont inclus dans les émotions positives.)

 

 

Pour chacune des cinq voies, les gens qui s’y consacrent éprouvent de la satisfaction et peuvent dire qu’ils mènent une vie heureuse. Cependant, les personnes qui utilisent les cinq sont celles qui se disent le plus satisfait de leur vie. Notons ici que je ne parle pas d’une utilisation naturelle de ces voies mais d’actions volontaires pour le faire (nous sommes dans le 40%).

 

Les émotions positives.

Les émotions positives que l’on peut ressentir est la première voie de satisfaction. Il s’agit pour la personne de pouvoir profiter de tout ce qui lui apporte, en émotions, une gratification immédiate. Une gorgée de bière, le soleil sur la peau, une relation sexuelle, tout est bon pour obtenir une gratification. Et il faut s’en servir.

L’inconvénient, comme disait Seligman lui-même dans une conférence TED[iii] et comme on l’a vu en première partie, il s’agit là de sources extérieures et on s’habitue rapidement au plaisir. La première léchée d’une glace est bien meilleure que la dernière (adaptation hédoniste) Il faut donc user de créativité, varier les expériences et prolonger le plaisir pour empêcher l’adaptation.

Un bel exemple de cela est l’emploi de la gratitude. Si je viens de m’acheter une nouvelle voiture qui remplace le cercueil roulant que j’avais avant (ce qui est le cas), je suis très content de mon achat. Cela me procure des émotions de joie, de plaisir, de gratification. Si je ne fais rien, après quelques semaines, cette voiture deviendra une voiture comme les autres. C’est là que commence le rôle de ce fameux 40%. Et je vous assure que ça marche.

De temps à autre, je prends quelques secondes pour me dire à quel point j’ai de la chance d’avoir trouvé cette voiture. Je vais alors à l’encontre de l’adaptation hédoniste et le plaisir en est prolongé. Je suis actuellement aussi content qu’il y a deux mois quand j’ai acheté ma voiture.

Il en va de même pour les couples. Les études de Gottman sur les couples heureux ont montré que ces personnes prennent le temps, de temps à autre, de se faire des compliments. Cela enracine et prolonge le plaisir d’être ensemble. De plus, cela augmente l’apport d’ocytocine, l’hormone d’attachement, et permet d’ancrer l’amour dans la durée.

Mais il s’agit d’une action volontaire. Il ne suffit pas de le savoir. Dans ma dernière relation, j’avais mentionné cela au tout début de la relation. J’aurais aimé qu’on prenne du temps pour se dire ce qu’on admire de l’autre de temps en temps. Malheureusement, c’est resté à sens unique… .

J’attire cependant votre attention sur un danger de compulsion. C’est vrai pour les cinq dimensions que l’on verra. Se mettre à compulser dans un plaisir donné n’est plus source de bonheur mais de malheur. En effet, le plaisir, quand il et bien utilisé, peut amener beaucoup de joie. Il peut aussi servir à s’engourdir, nier nos souffrances, ne pas affronter nos difficultés et cacher des besoins essentiels que je ne veux pas voir.

Je ne voudrais pas passer sous silences certains plaisirs que l’on devrait s’interdire. Je n’en ai pas à nommer. Mais soyons altruistes quelques minutes. Il arrive que se présente à nous des plaisirs intenses mais qui auront des effets catastrophiques sur d’autres, qui briseront des projets, des rêves, des plus grandes aventures. Vous est-il arrivé de vous abandonner à un plaisir et de faire mal? Moi, je l’ai fait. Quelques fois. Et aujourd’hui, maintenant qu’il ne reste que des souvenirs fugaces qui n’ont même plus la capacité de me ramener le plaisir éprouvé, je ne me demande pas si ça en valait la peine. Je sais que non. Un plaisir, aussi bon soit-il, ne peut pas être pris sur le dos d’autres qui en paieront cent fois le prix. Aucun plaisir ne vaut ça.

 

L’engagement.

L’engagement est la voie de la passion. Elle consiste à s’engager dans nos plus grandes passions, celles qui représentent nos valeurs et dans lesquelles on peut atteindre ce qu’on appelle l’état de « flow », cet état où on ne voit plus le temps passer et qui peut même susciter des états quasi extatiques. Cependant, c’est aussi la voie de la compulsion et d’un possible déni de la réalité. Une participante à une étude mentionnait qu’elle devait s’astreindre à une grande discipline pour ne pas tomber justement dans cette compulsion.[iv] Les personnes à l’attachement évitant sont aussi susceptibles de s’engager ainsi dans des activités compulsives pour ne pas sentir leurs émotions négatives. Ils verront alors la vie comme satisfaisante mais à quel prix? Cette coupure dans leurs émotions risque de les rattraper tôt ou tard.

Avez-vous des passions? Sûrement. Votre travail en est peut-être une, sinon une activité de loisir quelconque. À quel moment avez-vous l’impression que le temps se fige? Il faut vous réserver du temps pour cela. Et remercier le ciel de pouvoir vous y adonner en incluant, pourquoi pas, les gens qui ont favorisé que vous puissiez le faire.

 

Des relations interpersonnelles positives.

Les relations interpersonnelles n’apparaissaient pas dans le schéma d’origine. Pourtant, il est depuis longtemps reconnu que le support social, particulièrement celui de bons amis est non seulement précieux mais source de beaucoup de plaisir.

L’être humain est un animal social. Il n’est pas fait pour s’isoler et le fait de pouvoir compter sur des gens est particulièrement protecteur pour toutes sortes de maladies.

Il n’existe pas de recette et de nombres d’amis à prescrire dans cette situation. Mais disons qu’il est important d’avoir une vie sociale. À cet égard, les extravertis sont privilégiés parce que c’est facile pour eux d’aller vers les autres. Les plus introvertis dont je suis devront faire davantage d’efforts afin de s’assurer un réseau.

Évidemment, quand je parle de réseau, je ne parle pas des « réseaux sociaux » au sens d’internet. Je parle de vraies rencontres avec des personnes en chair et en os.

Cela dit, là aussi la compulsion est à surveiller. Si vous êtes toujours sortis, que vous n’arrêtez pas, que vous avez constamment quelque chose avec quelqu’un, peut-être êtes-vous en tain de fuir quelque chose d’important.

 

Le sens de la vie.

Le sens à sa vie est une voie que j’apprécie particulièrement. Elle est la voie de ce qu’on appelle parfois la « mission de vie » et en lien avec ce que l’on peut apporter aux autres en fonction de nos compétences. C’est la voie de l’altruisme.

Le bénévolat, l’implication dans des causes, la manière dont on apporte quelque chose au monde avec le sentiment de faire une différence, voilà une belle attitude. D’ailleurs, les personnes heureuses sont en général réputées pour leur empathie, leur compassion et leur grand humanisme.

Comment puis-je apporter au monde un petit quelque chose de moi qui me permette de dire : aujourd’hui, ma vie avait un sens?

Et, à la fin, pouvoir répondre à l’ultime question : qu’est-ce que j’ai fait de ma vie.

Cependant, comme partout, la compulsion est à surveiller. Quand on compulse dans cet altruisme, on risque de remplir sa vie pour la remplir. On est dans la fuite. La fuite de soi-même. La fuite du temps pour nous. À trop donner aux autres, on risque de ne plus prendre le temps de se donner à soi.

Du coup, notre « don » deviendra de moins en moins désintéressé et de plus en plus en attente de remerciements et de récompenses. Je serai en train d’acheter l’amour. Et le sens sera perdu.

 

Les accomplissements.

La réalisation de nos buts et de nos objectifs est aussi une grande source de bonheur.

Car c’est bien beau d’avoir des rêves, mais encore faut-il voir parfois l’impression qu’on les réalise.

Il est donc conseillé de découper vos rêves en morceaux réalisables à court terme. L’atteinte de ces morceaux de rêve sera vos accomplissements et vous aurez l’impression d’avancer.

La compulsion ici serait de trop s’en demander, de se fixer des objectifs irréalistes, d’être dans la performance pour la performance. À courir après notre vie ainsi, on risque de n’être jamais satisfait de ce qu’on a fait et annuler l’effet bénéfique de l’accomplissement.

 

À la recherche d’équilibre.

Dans les études, il semble que chacune de ces voies puisse apporter une satisfaction même prise séparément des autres.

Cependant, les gens qui cultivent en même temps les cinq voies montrent une beaucoup plus grande satisfaction que les autres.

Il semble donc que pour être heureux, il faille faire un équilibre entre les émotions positives, l’engagement et le sens de la vie, les relations sociales positives et l’accomplissement.

Comme dans l’ancienne pub de la Société de Alcools du Québec, il semble ici que « la modération a bien meilleur goût ».

Cultiver l’équilibre, ça permet d’avoir du temps pour tout, de ne pas tomber dans la compulsion, de pouvoir goûter pleinement à chaque chose et surtout de varier les états satisfaisants.

Et avec un peu de chance, on trouvera une passion (engagement) qui sera réalisable par étapes (accomplissements, qui apportera de nombreux petits plaisirs (émotions positives), qui servira aux autres (sens à la vie) et que l’on partager avec d’autres (relations sociales).

Voilà donc les cinq domaines dans lesquels je peux augmenter mon niveau de bonheur.

 

Au travail

Vous en avez peut-être identifiés qui vont de soi pour vous et avec lesquels vous avez de la facilité. C’est excellent. Par ailleurs, si l’on veut devenir équilibré, il faut aussi travailler sur les autres.

Et ça demande des efforts. Comme dans tout ce qui compte vraiment.

Mais au final, ça vaut amplement la peine.

Je ne listerai pas de suggestions pour faire des choses concrètes, à vous de les trouver. Identifiez vos points faibles (la vie sociale et les émotions positives dans mon cas) et travaillez là-dessus.

Si vous éprouvez vraiment le besoin d’avoir des suggestions, référez-vous à l’excellent livre de Sonja Lyubomirsky[v] Il en est rempli.

Et commencez enfin à prendre vraiment soin de vous.[vi]

Ne vous mettez pas à la poursuite du bonheur. Ce n’est pas un sprint comme dans l’image de titre. C’est un travail constant.

Travaillez enfin à le trouver en vous.

C’est le seul endroit où vous pourrez le trouver.

 

 


Notes et références.

[i] Peterson, Christopher; Park, Nansook; Seligman, Martin E.P. Orientations to happiness and life satisfaction : The full life versus the empty life. Journal of Happiness Studies (2005) 6 : 25-41

[ii] Seligman, M. E., S’épanouir : pour un nouvel art du bonheur et du bien-être. Belfond, 2013

[iii] Sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=9FBxfd7DL3E (sous-titré en français)

[iv] Veilleux, Mélanie; Morin, Karine; Mandeville, Lucie. Le bonheur des gens heureux. Revue québécoise de psychologie (2017), 38 (1), 103-128

[v] Lyubomirsky, S. Comment être heureux et le rester : Une méthode scientifiquement prouvée, Québec, Flammarion (2008)

[vi] N’oubliez pas non plus que si vous souffrez actuellement d’une sorte de malheur qui tient le coup, vous avez sans doute besoin de consulter. Les conseils donnés ici sont faits pour augmenter le bonheur des gens qui sont déjà satisfaits en grande partie de leur vie.

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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