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LA POURSUITE DU BONHEUR (première partie)

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Attention: Afin de ne pas alourdir mon texte, de nombreuses notes se retrouvent à la fin de cet article et incluent les sources utilisées.

 

PREMIÈRE PARTIE: LES TROIS SOURCES DU BONHEUR.

Ah la poursuite du bonheur…

Déjà, l’expression annonce qu’on ne l’a pas ou pas complètement et qu’on voudrait mieux. Encore et toujours mieux.

Personnellement, j’avoue que j’ai toujours pensé que la plupart des gens pouvaient être heureux mais que, pour des raisons obscures, certains n’y arriveraient jamais.

Il faut bien dire qu’habituellement, je me contentais d’un demi-bonheur car j’avais toujours l’impression qu’il manquait quelque chose. Je suis de ceux qui remarquent ce qui manque. Alors que beaucoup de gens seront contents si vous leur donnez un demi-verre de vin, moi, je vais immédiatement remarquer la partie où il n’y en a pas. Chez moi, le verre est à moitié vide.

Oh, je peux le voir à moitié plein, mais c’est un acte de volonté que de me recentrer sur la moitié pleine. J’y reviendrai à la fin de cette partie. D’emblée, je vois tout de suite la moitié vide.

Bref, pour être heureux, il faut que je travaille fort. Ce n’est pas quelque chose qui se présente à moi spontanément.

Une partie de ceux d’entre vous qui me lisent se diront : pauvre type. C’est bien triste pour lui. Les autres en revanche se diront : ouf, quel soulagement, je ne suis pas tout seul à être comme ça. Environ la moitié de chaque.

Mais qu’importe cette capacité à être heureux, il semble que ce soit une prétention universelle. La poursuite du bonheur est de toutes les cultures, de toutes les religions. C’est sans doute la plus grande de toutes les aspirations humaines. Bien avant la richesse ou la gloire qu’on ne veut obtenir au final que parce qu’on croit que cela nous rendra plus heureux.

On en a vendu des livres, publié des recettes, organisé des séminaires pour être plus heureux. Chacun y est allé de sa manière, annonçant à tout venant qu’il avait LA solution… qui n’était rien de plus qu’un bon plan marketing.

Soyons honnêtes. Si vous achetez un livre intitulé : « Soyez heureux une fois pour toutes » et que vous en achetez un deuxième sur le même sujet ensuite, c’est bien parce que le premier n’a pas rempli ses promesses.

Si vous prenez un atelier du même nom et que vous en prenez un autre ensuite, c’est aussi parce que le premier n’a pas marché.

Et c’est ainsi qu’il semble que certains passent beaucoup de temps et d’argent à la recherche du bonheur.

D’autres en revanche, n’achètent jamais ce genre de trucs et si vous leur demandez s’ils sont heureux et satisfaits de leur vie, ils vous diront qu’ils sont très bien et qu’ils aiment leur vie.

Pourquoi c’est comme ça? Peut-on faire quelque chose pour ceux qui, comme moi, triment à la recherche d’un bonheur que parfois ils désespèrent avoir?

Les psychologues se sont penchés sur cette question vers la fin du siècle dernier (le 20e).

Après avoir longtemps pensé en termes de maladies, le début des années soixante a vu naître en psychologie des approches davantage axées sur le bien-être. Maslow est certainement un précurseur en s’intéressant aux caractéristiques des gens qui n’étaient pas malades et restera certainement célèbre grâce à sa pyramide des besoins parue en 1970. [i]

À la fin du siècle, en 1986, une branche de la psychologie nommée « psychologie positive » a vue le jour lors du congrès de l’American Psychological Association. Cette discipline s’intéresse aux caractéristiques des gens qui vont bien mais en utilisant des méthodes expérimentales pour le découvrir. C’est cela qui fait d’ailleurs sa plus grande originalité par rapport à plusieurs courants de psychologie humaniste.

C’est grâce à cette discipline que l’on en sait plus aujourd’hui sur le bonheur.

En faisant mes recherches, j’ai d’ailleurs été étonné de voir à quel point je me rapprochais intuitivement de la vérité lorsque je me disais qu’il fallait que je fasse un effort pour maintenir un bonheur plus grand et que la vie ne serait pas terrible si je me laissais aller.

Il s’avère en effet que l’on peut maintenant déterminer la provenance du bonheur. Ses trois sources principales ont fait l’objet d’un très important article en 2005. Le tableau suivant les illustre.[ii]

 

Le capital génétique: le « set point ».

La première est une prédisposition génétique qui jouerait pour environ 50% de notre capital de bonheur. Cela paraît énorme mais les études sur le sujet, principalement faites à partir de jumeaux identiques et non identiques ayant vécus ensembles ou séparés à la naissance attribue le bonheur à l’hérédité selon une proportion de 36% à 80% selon l’étude. Le consensus scientifique est maintenant autour de 50%.  [iii]

Nous naissons donc avec une prédisposition génétique à trouver la vie belle.. ou pas. C’est un acquis qui ne change pas dans le temps. Mais attention. Il s’agit d’une prédisposition et non d’une fatalité. En psychologie, lorsqu’on parle de prédisposition, on parle de tendance naturelle mais aussi d’un environnement propice à l’apparition de cette prédisposition. On n’est donc pas en train de dire que vous serez malheureux ou heureux et que vous n’y pouvez rien. Mais oui, on est aussi en train de dire que pour certains, ce sera plus facile que pour d’autres.[iv]

On parle en fait de « set point ». Un niveau de bonheur qui, si on ne fait rien, sera stable dans le temps. Si par exemple, sur une échelle de 1 à 7 vous étiez satisfaits de votre vie à 5,6 naturellement, alors que vous ayez 25 ans ou 54 ans, si on vous demande, vous vous verrez toujours à 5,6. Et vous serez très exactement dans la moyenne américaine.[v] C’est le « set point ». Vous pouvez d’ailleurs le vérifier dans votre propre vie si vous trouvez des moments où vous n’avez rien fait de spécial sinon votre routine habituelle sans vous poser de questions et que rien n’est arrivé de spécial, ni malheur, ni grande joie. Si vous repérez un moment où vous étiez comme ça à 18 ans, un autre à 30 ans et un autre à 50 ans, vous réaliserez que votre niveau de bonheur dans ces moments-là est à peu près identique. Vous êtes à votre « set point ».

Cela semble plutôt déroutant parce qu’on a l’impression que tout est joué à l’avance. Que l’on naît comme ça et qu’on le reste. Mais rappelons-nous que ce n’est vrai que pour 50%. Il en reste encore 50%.

Remarquez aussi que si vous êtes satisfaits de votre « set point », ne changez rien. Cela sera stable toute votre vie.

Les sources extérieures.

On pourrait donc dire : on va améliorer son sort. On va faire de l’argent, s’acheter une belle voiture, avoir un conjoint fantastique et des enfants merveilleux, habiter une splendide maison sur le bord d’un lac, changer d’environnement et aller vivre au bord de la mer.

C’est d’ailleurs en général ce que l’on fait pour « aller mieux » quand on a un coup de blues. On s’achètes des chips, de la crème glacée, une nouvelle voiture si on a les moyens. On lit un nouveau livre, regarde une nouvelle série télé, se change les idées par des activités dans lesquelles on s’absorbe le plus qu’on peut. Bref, on se met à bouger pour « aller mieux ». Et ça marche. Toujours. Mais pas très longtemps.

Vous avez déjà dû remarquer dans votre vie comment se réalise le proverbe « tout nouveau tout beau ». Assez rapidement, le plaisir disparaît et on revient à notre état d’avant. Cela se nomme « l’adaptation hédonique ». Et c’est vrai aussi pour les coups durs. Sur le coup, ils font mal (parfois plus que d’autres si c’est un traumatisme) mais on s’y habitue doucement. Si bien qu’à la longue, on se retrouve à nouveau à notre « set point ».

Une recherche a d’ailleurs été menée aux États-Unis chez des gagnants à la loterie. Un an après avoir gagné, ils avaient retrouvé leur stade antérieur de bonheur.[vi] Il en était de même pour des gens ayant subi un accident.

En fait, les conditions extérieures, (même l’amour de couple dont on a dit qu’il était un facteur protecteur contre toutes sortes de choses) ne comptent que pour environ 10% de notre sentiment de bonheur si on ne fait rien que de les vivre. Elles sont toutes sujettes à l’adaptation hédonique.[vii]

C’est très peu et il est surprenant que l’on s’entête constamment à vouloir changer les conditions extérieures pour être heureux. Sans doute pour vivre ce moment éphémère mais béni qui nous apporte tant de plaisir sur le moment.

Mais pourquoi ne pas chercher plus?

 

Le pouvoir qu’on a.

Si on regarde notre diagramme, on voit qu’il reste un 40%. Cela représente ce sur quoi on a du pouvoir.

Après la publication de ce diagramme sur Facebook, certains se sont dits très sceptiques, m’affirmant qu’ils croyaient fermement qu’on fait notre bonheur. Ils ont raison. Mais les études aussi. On fait notre bonheur en ce sens qu’on peut l’influencer dans l’ordre de 40%. Est-ce à dire que ce sera plus de travail pour celui qui aurait un prédisposition génétique plus « malheureuse »? Oui, c’est clair.

Ma fille qui est une éternelle optimiste voit toujours le verre à moitié plein. (Elle tient ça de sa grand-mère maternelle). Moi, je dois faire un effort pour le voir à moitié plein. Mais c’est possible. C’est ça la marge de 40%. Sachant que je fais ça, je porte attention à ce qui remplit le verre. C’est un acte de volonté et non une prédisposition naturelle. Mais ça ne m’empêche pas d’apprécier son contenu.

De quoi est donc constitué le 40% qui reste alors? Justement d’actions volontaires.[viii]

Un acte de volonté qui me permet de contrer des penchants qui m’apportent de la souffrance, du chagrin et du malheur.

Bien sûr, augmenter son « set point », c’est du travail et des efforts. Mais je ne vous apprends rien. Si vous voulez quelque chose dans la vie, il faut faire les efforts pour y arriver. C’est comme ça.

Est-il juste que certains n’aient pas d’efforts tant que ça à faire? Non, pas du tout. Mais moi, j’aime bien croire que quand je suis heureux, je l’ai vachement mérité. Beaucoup plus que celui pour qui c’était facile.

Et ça aussi c’est une source de bonheur.

 


 

Dans la deuxième partie de cet article (surveillez sa parution), nous verrons que nous pouvons posez des actions volontaires dans cinq domaines importants de notre vie. Cinq domaines qui ont le pouvoir de véritablement rehausser notre niveau de bonheur si les actions volontaires sont faites sans compulsion.

En effet, dans des études datant de 2005, des psychologues se sont rendus compte que les gens heureux avaient principalement trois façons d’obtenir le bonheur (trois voies vers le bonheur)[ix] : le plaisir, l’engagement et le sens à la vie. Plus tard, en 2011, Martin Seligman proposa plutôt un modèle à cinq voies[x] qui reprend les trois premières mais est plus précis et plus complet. Les plaisirs deviennent les émotions positives et on y ajoute la vie sociale ainsi que les accomplissements.

 

À paraître bientôt.


 

Notes et références.

[i] Maslow, Abraham Motivation and Personality. Pearson, 1987. C’est dans l’éditon de 1970 que la pyramide des besoins a été présentée pour la première fois

[ii] Lyubomirsky, S., Sheldon, K.M. Schkade, D. Pursuing of happiness: The Architecture of Sustainable Change. Review of general psychology, 2005, 9 (2), 111-131

[iii] Braungart, Julia M. ; Plomin, Robert; Defries, J,C.; Fulker, David W.; Genetic Influence on Tester-Rated Infant Temperament as Assessed by Barley’s Infant Behavior Record: Nonadoptive and Adoptive Siblings ans Twins. Developpmental Psychology, (24) 1, 1992

Lykken, David; Tellegen, Auke; Happiness is a Stochastic Phenomenon. Psychological Science (7) 3, 1996

[iv] On a beaucoup impliqué dans cette dimension génétique un gène se retrouvant sur la 17e paire de chromosomes et dont les deux allèles, un du père, l’autre de la mère, peuvent avoir une longueur variable (court ou long : SS, SL ou LL) : le gène 5-HTT impliqué dns le transport de la sérotonine. Les études ont en effet montré que les porteurs de la forme courte (SS ou SL) avaient moins tendance à être satisfait de leur vie que les porteurs de la forme longue (LL) sont plus satisfaits. On a dit aussi que ceux de la forme courte étaient plus à risque de dépression. Bien qu’il n’y ait pas encore de consensus au sujet de la dépression, il semble clair que les porteurs du gène à allèles longs ont une plus grande prédisposition à apprécier leur vie, même quand ça va mal et vice-versa. Mais il s’agit là d’une prédisposition. Ce gène a été appelé à tort le gène du bonheur mais en matière d’hérédité des comportements, il est très rare qu’un gène à lui seul explique tout. De plus, le rôle d’un environnement adéquat n’est pas négligeable dans l’expression de ces gènes. On sait depuis longtemps par exemple que les personnes ayant une prédisposition à la schizophrénie, élevés dans un milieu dépourvu de stress, peuvent très bien ne jamais développer la maladie alors que des taux de stress élevé favorise son apparition. Le rôle de l’environnement devrait donc également jouer un rôle considérable dans le fonctionnement du gène 5-HT.

Bartel, M. & et Boomsma, D.I. Born to be happy? The etiology of subjective well-being. Behav. Genet. 39, 605-615(2009)

Bouchard, T,J. Jr.; McGue, M.; Hur, Y.M.; Horn, J.M. A Genetic and Environmental Analysis of the California Psychological Inventory Using Adult Twins Reared Apart and Together. European Journal of Personality 1998, (12) 307-320

De Neve, Jan-Emmanuel Functional polymorphisme (5-HTTLPR) in the serotonin transporter gene in associated with subjective well-being : evidence from a US nationally representative sample. Journal of Human Genetics (2011) 56, 456-459

Ajout sur l’épigénétique.

Après la parution de ce texte, il m’a été posé la question de savoir si les récentes découvertes de l’épigénétique pouvait permettre d’envisager la modification permanente de ce 50% de prédisposition.

L’étude épigénétique sur le comportement est récente et pore actuellement surtout sur les rongeurs, et surtout dans l’enfance ». Il s’avère que des changements dans l’environnement changent effectivement la structure de l’ADN et modifie alors l’expression des gènes. Ces changements semblent stables dans le temps et transmissibles de façon intergénérationnelle. Comme les recherches sur le 50% de génétique ont porté sur des adultes, on peut donc penser que ce chiffre n’est pas seulement une question de réplique des gènes maternels et paternels mais implique aussi en partie l’environnement. Verra-t-on un jour naître des thérapies pour adultes qui pourraient modifier de façon permanente l’ADN de façon à modifier le taux de 50%. Peut-être. Et ça modifierait alors de façon permanente le fameux « set point ». Quoi qu’il en soit, ces thérapies feraient de toute façon partie du 40% de pouvoir qu’on a. C’est sur ce 40% qu’il faut miser.

Références pour l’épigénétique:

Champagne, F.A.; Meaney, M.J. Transgenerational Effects of Social Environment on Variations in Maternal Care and Behavioral Response to Novelty. Bevarioral Neuroscience, (121) 6 (2007)

Masterpasqua, F. Psychology and Epigenetics. Review of General Psychology. (2009) (13) 3.

[v] Lyubominsky, S.; Lepper, H.S., A Measure of Subjective Happiness: Preliminary Reliability ans Construct Validation. Social Indicators Research. 46, 1999, 137-155 . On trouvera le test vous permettant d’évaluer votre propre score dans l’ouvrage suivant (en français) : Lyubomisrky, S. Comment être heureux et le rester : Une méthode scientifiquement prouvée, Québec, Flammarion (2008).

[vi] Brickman, P.; Coates, D.; Janoff-Bulman, R. Lottery Winners end Accident Victims: Is Happiness Relative? Journal of Personality and Social Psychology. 1978 (36) 917-927

[vii] C’est donc vrai que l’argent ne fait pas le bonheur. Ou plutôt joue pour environ 10%. Cependant, cette affirmation ne vaut évidemment pas pour des gens qui vivent sous le seuil de la pauvreté.

[viii] Lyubomirsky, S., Sheldon, K.M. Schkade, D. Pursuing of happiness: The Architecture of Sustainable Change. Review of general psychology, 2005, 9 (2), 111-131

Lyubomisrky, S. Comment être heureux et le rester : Une méthode scientifiquement prouvée, Québec, Flammarion (2008).

[ix] Peterson, Christopher; Park, Nansook; Seligman, Martin E.P. Orientations to Happiness and Life Satisfaction : The Full Life Versus the Empty Life. Journal of Happiness Studies (2005) 6 : 25-41

[x] Seligman, M. E., S’épanouir : pour un nouvel art du bonheur et du bien-être. Belfond, 2013

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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