Accueil Uncategorized L’AMOUR EST LA CONSCIENCE DE L’ATTACHEMENT… ET L’APPEL DE L’ENGAGEMENT.

L’AMOUR EST LA CONSCIENCE DE L’ATTACHEMENT… ET L’APPEL DE L’ENGAGEMENT.

325
0
PARTAGER

L’AMOUR EST LA CONSCIENCE DE L’ATTACHEMENT… ET L’APPEL DE L’ENGAGEMENT.

 

Il est de ces rencontres qui marquent à jamais.

Il en fut ainsi ce matin pour un client que je recevais depuis longtemps afin de travailler son attitude par rapport à son couple.

Typiquement quelqu’un à l’attachement évitant ayant épousé une personne à l’attachement anxieux. Un cas d’école. Un truc comme on en voit dans les livres et dont on affirme le plus souvent : ça ne marchera pas.

Il répétait : je pense que je ne l’aime pas; je n’ai pas besoin d’elle; je suis beaucoup mieux seul. Et il le croyait très fort.

Il la disait compliquée, difficile à suivre, née pour la bataille et l’engueulade. Il voulait la paix et en avait marre « d’être contrôlé » — c’était ses mots —.

Parfois, il partait seul prendre de longues marches tout en sachant qu’il le paierait une fois rentré : « tu étais où; je m’inquiétais; pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu partais? À l’avenir, prend le cellulaire, que je puisse te rejoindre. »

D’autres fois, il s’inventait des voyages d’affaires, histoire de passer quelques jours seul. Enfin.

Je croyais que je l’accompagnais vers une rupture.

Pourtant, mon instinct me disait que ce n’était pas fini.

Mais récemment sorti d’une relation avec une évitante, je me méfiais de mon instinct car il était toujours possible qu’il ne soit qu’une projection de mes propres désirs.

Un matin, alors qu’il venait pour sa séance hebdomadaire, il m’avait confié qu’il avait le projet de faire un voyage dans le sud seul, sans elle et sans personne, avec pour seul compagnon une série de livres qu’il voulait lire depuis longtemps.

« Me semble que je serais bien, tout seul sous les palmiers, sans elle pour me contrôler. »

Et je m’étais exclamé, allez savoir pourquoi : « Et pendant ce temps, elle a appris que vous étiez parti dans le sud, c’était trop pour elle, et elle fait maintenant ses valises pour vous quitter. Elle ne sera plus là quand vous reviendrez. »

Son visage avait blêmi. Le silence avait envahi la pièce. Un silence dont on sait quand on est thérapeute qu’il doit être respecté. Un silence pendant lequel se font les plus belles prises de conscience.

Et il avait fini par nommer.

« Je n’aimerais pas ça ».

Et ce matin-là, dans le secret de mon bureau, j’avais eu le cadeau d’assister en direct à une prise de conscience de l’attachement qu’il avait pour elle. C’était beau, émouvant, touchant. Et je savais que j’étais un privilégié d’être aux premières loges de cet immense « insight ».

Mais c’était loin d’être terminé.

Il se demandait maintenant : « comment puis-je être attaché à quelqu’un que je n’aime pas et qui ne veut que me contrôler? »

C’était, disait-il, comme être attaché à sa souffrance.

Et il répétait que c’était là une autre bonne raison pour divorcer.

Je m’étais alors attaqué à l’idée de contrôle que je savais au cœur de la dynamique évitant-anxieux, chacun des deux ayant l’impression que l’autre veut le contrôler.

« Est-ce que sa réaction est vraiment une tentative de contrôle envers vous ou simplement une réponse à son besoin de sécurité? N’est-ce pas vous qui l’interprétez comme du contrôle? »

Nous avions ainsi recadré chaque exemple, chaque fait, chaque manifestation. Nous avions trouvé d’autres explications. Il avait alors compris que le seul contrôle que quelqu’un puisse avoir sur soi est celui qu’on lui laisse.

Ce matin, il est arrivé en me disant que sa femme a changé. Qu’elle est moins colérique. Qu’elle est plus calme.

« Nous avons passé une semaine sans nous chicaner. »

Puis à nouveau le silence.

Puis une phrase prononcée solennellement :

« L’autre jour j’ai pris conscience que j’y étais attaché. Aujourd’hui, je sais que je l’aime. Et parce que je l’aime, je veux finir mes jours avec elle. »

C’était plus beau que la dernière fois. De l’ordre d’une expérience mystique.

Le temps s’était arrêté, par respect pour un moment d’éternité.

Et de mon côté, j’ai enfin compris l’ordre des choses.

Un ordre trop souvent laissé pour compte. Trop souvent inversé. Trop souvent bafoué. L’ordre dans lequel on s’enamoure…

J’y suis attaché, je l’aime, je m’engage.

Car l’amour, au final, c’est la conscience de l’attachement.

Et c’est cette conscience et au nom d’elle que l’amour appelle à l’engagement.

Attachement, amour, engagement.

C’est dans cet ordre que ça doit être.

Et dans cet ordre que l’amour peut subsister.

Si donc vous pensez que votre amour s’effrite, revenez à votre attachement. Lui ne s’effrite jamais. Et vous découvrirez alors, peut-être, un amour encore beaucoup plus intact que vous le pensiez et, peut-être aussi, aurez-vous le goût de vous réengager.

Attachement.

Amour.

Engagement.

——————————–

Vous avez aimé cet article et vous désirez contribuer? La publication de ces textes est désormais une des seules façons que j’ai de gagner ma vie. Si donc vous en avez les moyens et l’élan, vous pouvez faire un don en cliquant plus bas.




 

PARTAGER
Article précédentLA GRANDE BRAILLE
Prochain articleMOI, JE L’APPELAIS JOHNNY
Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

13 − neuf =