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NE LAISSEZ JAMAIS MOURIR LA JOIE

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Si je vous avais rencontré il y a quelques mois, dans le pire de mes souffrances intérieures, et que vous m’aviez parlé de joie, je vous aurais certainement dit que je n’avais jamais connu la joie réelle dans mon existence, que j’avais toujours cherché mais que ça ne m’avait pas été donné à la naissance.

J’en étais certain et je l’aurais juré sur tout ce qui m’est de plus cher.

Pourtant, je me serais trompé. Lourdement.

Aujourd’hui, plusieurs mois plus tard, quand je fais un bilan beaucoup plus éclairé de ce qui s’est passé, je vois beaucoup mieux la trame de ma vie, ses enjeux et surtout les lieux et les moments où j’ai laissé mourir la joie.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Laisser mourir la joie.

Car la joie est donnée à la naissance. Nous arrivons avec.

Malheureusement, au cours de notre enfance, et en cela nous ne pouvons pas grand-chose, elle peut être étouffée, meurtrie, tuée par notre éducation et notre relation au monde.

La mienne est morte quand j’avais deux ans. Suite à un abus pour lequel mes parents n’ont pas pris mon parti. Quand on regarde mes photos après deux ans, on voit très bien que je ne souris plus. Mes petits yeux ne pétillent plus. La joie est morte. Je devrais plutôt dire « s’est endormie ». Parce que c’est ça, la joie. Elle est éternelle. Quand on la tue, on peut aussi la ressusciter.

Dans l’enfance, on n’y peut pas grand-chose puisque, bébé, on ne peut que survivre à ce qui nous arrive. Nous sommes trop dépendants de nos parents pour faire autrement. Et nous pouvons tomber facilement dans l’impuissance. Et c’est ainsi que la perte de la joie se lie facilement à ce sentiment d’impuissance qui installe des chaînes dans un monde lourd d’où on ne peut plus s’élever.

Un jour, quelqu’un qui avait fait une EMI (expérience de mort imminente) m’avait dit : « quand je suis arrivé de l’autre côté, ce n’est pas l’amour que j’ai trouvé. C’est la joie. Et j’avais envie de danser. »

Cela m’avait donné à réfléchir.

Il y a six ans environ, après une démarche pénible de non-sens et d’abysse puis une expérience-cadeau qui m’avait sorti de mon coma de non-joie, j’avais trouvé cette joie. Une joie pleine, pure, candide.

Je me sentais léger. Pas insouciant mais en pouvoir de ma vie. J’avais un plan de développement pour mon bureau, des idées pour un livre et surtout une capacité de prendre avec un grain de sel les aléas de la vie. J’avais un sens de l’humour et une capacité de vivre intensément les petits moments de plaisir que la vie apporte.

Je recevais des clients qui étaient dans l’impuissance. Ils arrivaient dans mon bureau en traînant avec eux une atmosphère lourde comme du plomb. Dans les moins bonnes entrevues, je me laissais légèrement contaminé par leur atmosphère et après leur départ, une heure plus tard, je n’allais pas bien et il me fallait souvent près d’une demi-heure pour retrouver mon équilibre. Je savais alors que je m’étais laissé tiré vers le bas et que je n’avais pas été aidant. Dans les meilleures entrevues, leur impuissance ne m’atteignait pas. Je ne perdais pas ma joie et j’avais vraiment l’impression de les tirer vers le haut. Ils repartaient bien souvent un peu plus léger qu’en arrivant. Toujours dans l’impuissance, mais un peu moins qu’à leur arrivée.

J’avais aussi épuré mes amis et je ne gardais pas autour de moi ceux qui étaient sans joie. Dans l’impuissance. (Dans mon esprit, l’absence de joie et l’impuissance sont un couple.) Je savais que je me laissais trop facilement contaminer par ces gens-là et malgré que je pusse les aider de temps à autre, je ne les laissais jamais m’approcher de trop près. Pas pour très longtemps en tout cas.

Ce qui fait que j’étais heureux.

À ce point-ci, je voudrais préciser quelque chose.

Être heureux, pour moi ce n’est pas vivre en constant bonheur désincarné comme une sorte de chérubin assis sur son nuage rose. Être heureux, pour moi, c’est vivre sans être enlisé dans les émotions négatives. Elles existent. On peut en vivre. Il y a de la tristesse, parfois. Il y a de la colère aussi. Mais on les vit pleinement, intensément, puis on les sort de soi, on passe à autre chose et on retrouve la joie. Tout reste en mouvement et il n’y a pas d’impuissance. Être heureux, pour moi, c’est simplement vivre pleinement son humanité. Il y a du lourd, il y a du léger, mais tout compte fait, plus de léger que de lourd.

J’en étais donc là il y a 4 ans. Ma vie était en mouvement. Et la plupart du temps, je me sentais léger. J’avais rencontré une femme quelques mois plus tôt qui m’avait intéressé. J’aurais pu l’aimer. Mais me fiant à mon instinct, j’étais sorti de cette relation avant que son atmosphère lourde me contamine. Parce qu’en revenant de chez elle, je n’étais pas bien. Je me sentais tiré vers le bas. Je n’aimais pas ça.

J’étais fier de moi. Je me trouvais fort. J’avais l’impression que plus rien ne pouvait m’atteindre. C’était présomptueux.

J’ai rencontré alors une autre femme. Elle aussi trainait une atmosphère lourde avec elle. J’avais l’impression qu’elle était complètement enlisée. Mais j’avais aussi l’impression qu’elle voulait très fort s’en sortir et je savais que je pouvais lui apporter ce dont elle avait besoin. Une toute petite lumière émanait de ses yeux. Elle ne demandait qu’à grossir. Elle riait mes blagues. Ça devenait léger. Je l’ai aimé. Fort.

Très lentement, pourtant, elle a refusé d’embarquer. Son atmosphère lourde m’a alors contaminé. Je n’étais pas si fort que mes présomptions. Je voulais tellement la tirer vers le haut que je ne voyais pas que c’était elle qui me tirait vers le bas. Elle non plus d’ailleurs car son impuissance l’empêchait complètement de voir qu’elle faisait fausse route. Et j’ai acheté cette impuissance, croyant maintenant que c’était moi qui amenait la lourdeur. Et je me suis enlisé aussi.

C’est alors que ma joie, peu à peu, s’est éteinte.

Oh, j’ai lutté. Fort. Mais toujours pour la tirer vers le haut. J’aurais dû partir. Me sauver tant qu’il était temps. Retrouver ma hauteur. Mais il me semblait une traîtrise de la laisser tomber. Alors je restais. Mais plus je tirais vers le haut, plus elle tirait vers le bas. Et je suivais. Jusqu’à presqu’en mourir.

Ma joie était morte.

Lorsque la joie meurt, ses souvenirs meurent avec elle. Bien souvent.

J’ai alors oublié que je l’avais connue. Il m’a semblé que ma vie avait toujours été ainsi. Dure et cruelle. Sans joie. Souffrante.

J’avais oublié comment j’étais devenu.

L’autre jour, quelqu’un que j’aime beaucoup m’a demandé : comment te sens-tu maintenant. Et j’ai répondu, à mon grand étonnement : « comme il y a quatre ans ». Et cela m’a fait réfléchir.

Mais bien sûr.

J’avais retrouvé ma joie. Elle était enfin ressuscitée. J’avais retrouvé le goût de chanter, de faire des blagues, de rire un bon coup de certains aléas de la vie. J’avais retrouvé mon intensité de vivre.

Si vous connaissez la joie, il vous arrivera sans doute de rencontrer de ces gens auxquels on s’attache mais qui sont dans l’impuissance. Si vous êtes capables de mettre vos limites et de ne pas vous laissez contaminer, vous pourrez les aider à se tirer vers le haut. Si ils acceptent votre aide.

Dans le cas contraire, vous serez tirés vers le bas. Inexorablement. N’en veuillez pas aux personnes. Elles ne font pas exprès. Elles ne s’en rendent même pas compte. Elles sont faciles à repérer d’ailleurs parce qu’elles vous invalident. Tout en elles est petit. Elles vivent des « petites joies », des « petites peines », trouvent une blague « un petit peu drôle », ont un « petit peu de temps ». Tout est petit sauf leurs obligations qui sont « énormes », leur impuissance qui est « insurmontable », leur situation qui est « si grave ». Mais quand vous leurs dites de se laisser un peu plus aller, que vous essayez de leur amener une solution qui vous paraît simple, elles vous renvoient que c’est vous qui êtes trop intense, c’est vous qui ne comprenez pas, c’est vous qui n’êtes pas réaliste.

Si vous les croyez : sauvez-vous.

Ce n’est pas de la traîtrise. C’est de la survie.

Sauvez votre peau.

De tout façon, il n’y a rien à faire. Vous vous viderez de votre énergie et au final, ce sont elles qui vous laisseront tomber parce que vous serez perçu comme un nouveau boulet dans leur vie. Et elles garderont de vous le souvenir de quelqu’un qui les a tirées vers le bas. Injuste, n’est-ce pas? Mais c’est comme ça.

Vous êtes perdant, quoi que vous fassiez.

Et si vous restez, vous allez perdre votre pouvoir, votre estime de vous-mêmes, votre énergie et finalement votre joie.

Elle va mourir.

Et vous en oublierez jusqu’aux moments où vous l’aviez trouvée.

Et commencera alors un long calvaire à la recherche d’un sens à tout ça. Très long. Très difficile.

Quand vous le trouverez, la joie reviendra, bien-sûr, mais cela vous aura coûté fort cher. Trop cher. Bien trop cher.

Il est noble de vouloir aider quelqu’un qui est pris dans les marécages. Mais en lui tendant une perche. Pas en embarquant dans le marécage avec lui. Parce qu’à force de marcher enlisé, on oublie qu’on a déjà marché sur un sol ferme. On ne sait plus ce que c’est. Et on devient alors un enlisé. Comme l’autre qu’on voulait aider au départ.

C’est très noble… mais ça ne sert à rien.

Et c’est bien triste au fond.

Alors ne laissez jamais mourir la joie.

Parce qu’avec sa mort, vous risquez votre peau.

Et là, c’est certain que vous ne pourrez plus aider personne.

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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