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LE MAGNIFIQUE MESSAGE DE LA PROCRASTINATION

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Vous est-il déjà arrivé de procrastiner? Oui, oui, remettre à plus tard une tâche pourtant prévue pour aujourd’hui.

Certaines personnes ne procrastinent jamais. J’imagine que cela fait partie de leur personnalité.

Pourtant, elles sont rares.

Tôt ou tard, il nous arrive dans la vie de « remettre à plus tard » pour se rendre compte ensuite — c’est très souvent le cas — qu’il s’agissait en fait d’une tâche que nous n’avions pas du tout envie de réaliser. Il faut alors prendre son courage à deux mains et se résigner à l’accomplir. Se faire violence en quelque sorte.

Parfois aussi, la procrastination intervient pour nous faire prendre une pause.

Si cela ne tenait qu’à quelques petits points de détails et que ça n’arrivait pas souvent, on ne s’occuperait pas tellement de la chose.

Pourtant, il existe aussi des « procrastinations chroniques ». Celles qui reviennent très régulièrement ou qui, comme celle dont je suis « victime » ces temps-ci, qui perdurent dans le temps.

En effet, depuis plus de quatre mois, je suis pratiquement incapable d’écrire quoi que ce soit. Oh… un petit article de temps en temps mais très lentement et avec beaucoup de remises à plus tard.

Et je me suis posé la question : « pourquoi »? Pourquoi cela dure-t-il alors même que ce n’est pas ce que je veux —ou en tout cas, ce que je crois que je veux.

Je vous explique.

Plaqué à un moment crucial de mon cancer par une femme de qui j’attendais du support et de l’amour, ce fut pour moi un choc traumatique intense. J’eus alors le réflexe de me documenter sur les styles amoureux, l’amour en général, le tout en vue d’abord de comprendre. Était-ce moi qui posait problème? Avais-je des valeurs trop exigeantes pour une fille? Pourquoi n’y arrivais-je pas? Est-ce que je recommençais toujours les mêmes choses? C’était une véritable obsession comme il en existe lors de traumatismes.

Lors de cette immense recherche qui n’est pas encore tout à fait terminée, j’ai découvert une foule de choses que je ne connaissais pas encore dont les styles d’attachement et les caractéristiques de l’amour sécurisant. Couplées avec ce que je connaissais déjà sur les caractéristiques d’un amour qui dure et d’autres concepts-clés faisant partie de mon bagage, j’envisageai alors d’écrire un nouveau livre. Après tout, je n’étais peut-être plus en couple, mais j’avais enfin compris quelque chose de crucial.

Et c’est alors que je vécus une « panne d’inspiration ».

Même si je voulais écrire de tout mon être, je me mis à passer mes journées à écouter des séries télé et à jouer à « Toy Blast », un petit jeu vidéo addictif. Les seules choses que je publiais sur ma page Facebook étaient des blagues. Et je dois dire que j’y prenais un immense plaisir.

Les jours passaient et, à chaque fois, je me disais : « je m’y mets demain ».

Mais je n’y arrivais pas.

Je me disais alors : « bah… après deux ans de galère, tu mérites bien de te reposer un peu ». Mais je savais très bien que c’était un prétexte.

En fait, ce livre que je voulais écrire, concrètement, je ne l’écrivais pas.

À la longue, je n’écrivais presque plus.

Nous sommes au début de l’automne et mon dernier article remonte à juillet. C’est vous dire.

Évidemment, je me jugeais sévèrement. Paresseux, lâche, inutile, non productif.

C’est alors qu’une cliente nouvelle me fit part de ses difficultés à se mettre en action et des jugements qu’elle posait sur elle-même. Curieusement, ils ressemblaient aux miens. Mais je ne m’en rendis pas compte tout de suite. À elle, je savais quoi dire : « vous vous jugez trop sévèrement, voyez cela comme le besoin d’un temps d’arrêt, donne-vous le droit etc.

Lorsqu’elle quitta le bureau. Tout ce que j’avais dit me revint de plein fouet. « Cordonnier mal chaussé ». Je savais quoi faire mais je ne me l’appliquais pas.

Je me suis alors dit : « interrogeons la procrastination elle-même ».

En bannissant tout jugement je me suis mis à l’écoute de la procrastination comme si, plutôt qu’un défaut, c’était un besoin.

Et je me suis surtout mis à l’écoute de mon âme, lui demandant pourquoi elle avait ce besoin d’être totalement improductif.

Et la réponse a été étonnante.

Elle est venue par bribes, sur environ deux semaines, entre deux épisodes de « The good Doctor »,  quelques autres séries ainsi que plusieurs parties de « Toy Blast ».

Une réponse à laquelle je ne m’attendais pas. Mais vraiment pas du tout.

La première partie de la réponse a été :

« Ça ne serait pas plus productif d’écrire. »

Wow!

Pourquoi donc?

Cela me connecta aussitôt à mon besoin de publier des blagues.

J’étais, en fait, en crise d’identité.

Pas comme à l’adolescence où l’on se demande qui l’on est vraiment.

Non.

Comme psychologue.

Et je me rendis compte que je m’étais laissé piéger par le secteur qu’on appelle « développement personnel » et que je n’y croyais plus du tout. Deuxième partie de la réponse.

Oh, je crois encore que l’être humain peut se développer. Bien-sûr.

En fait, je ne crois plus que ce soit à coups de méthodes, de trucs, de pensées profondes, de mantras ou de méditation machin-truc…

Je ne crois plus qu’il existe des « trucs » infaillibles applicables à tous et qui garantissent le bonheur.

Je trouve futiles la plupart des pensées qui reviennent sans cesse, toujours les mêmes.

Oh, elle n’arrêtent pas d’être jolies… Mais elles ne changent pas les choses.

Et plus clairement, en matière de couple et d’amour, je ne crois plus à ces grands principes illusoires comme « l’amour inconditionnel » qui n’est inconditionnel qu’en mots mais rarement en action ou encore l’amour « détaché » qui n’est qu’une autre façon de dire qu’on ne s’implique pas vraiment. (Il faudrait quand même faire des nuances ici, mais ce n’est pas mon propos.)

Je ne crois plus à toutes ces méthodes qui, pas une fois, n’a diminué la nécessité de prescrire des antidépresseurs — sans compter les fois où l’on en prescrit sans que ça soit nécessaire. (Là aussi il faudrait faire des nuances.)

Des méthodes, on en a des centaines. La recette pour réussir un couple, on la connait depuis longtemps.

Mais on ne l’applique pas.

Du coup, le type de livre que je m’apprêtais à écrire ne m’intéressait plus. Un livre de méthodes de plus que l’on n’appliquera pas de toute façon…

Il y a de quoi procrastiner n’est-ce pas?

Écrire est un travail astreignant. Écrire en pensant qu’on écrit pour rien, c’est décourageant. Autant alors écouter un autre épisode d’une série quelconque.

Ouf…

Le choc du premier constat passé, voulais-je encore écrire? Tenais-je mon dernier livre, rempli de pensées, comme futile?

Pourtant oui, je voulais encore écrire et non, je ne considérais pas mon dernier livre comme futile.

Alors?

En crise de foi sur les « grandes pensées philosophiques » et auteur de pensées, que m’arrivait-il donc?

Et je repris les textes de mon bouquin. Tous les textes. Les 460. En entier.

Et je remarquai que tout cela était déjà en germe dans ce bouquin. De nombreuses fois, j’invite à l’action. De nombreuses fois, je dis qu’il faut donner à l’amour des bras et des jambes, qu’il faut redécouvrir la solidarité, que l’on doit s’entraider.

Et c’est là que se produisit le moment crucial.

Qu’avais-je fait pendant tous ces mois de deuil imposé? Je m’étais instruit. J’avais appris des contenus. J’avais enrichi mes connaissances. Pour comprendre. Non pas quel truc j’avais manqué dans mon couple, quelle étape je n’avais pas faite ou au contraire que j’avais bien faite. Non. Je m’étais donné une compréhension du « comment ça marche », « comment on est fait », comment on réagit, parfois-même au-delà des cultures.

Et c’est ça que je voulais écrire. Une sorte de synthèse du « comment ça marche ». Pas un livre de recette miracle du type « comment réussir son couple »…

Pas étonnant que ça ne m’ait plus intéressé.

Pas étonnant que j’aie procrastiné autant.

Avec cette découverte est venue spontanément un plan détaillé du bouquin. Une vision de ce qu’il aurait l’air. Et ça m’a remis en route.

Il arrive parfois que la procrastination cache un magnifique message. Un message que l’on a à décoder pour pouvoir passer à autre chose.

La procrastination, à ce moment-là, est une sorte de boucle à part dans le circuit de la grande course de la vie. On tourne en rond, bien-sûr, mais juste le temps de trouver une direction.

Et si on a tant besoin de tourner en rond, peut-être est-ce le moyen que se donne notre âme pour nous dire de nous arrêter et de nous poser les vraies questions.

Inutile alors de se juger. Ce qu’on fait est exactement ce qu’on a besoin de faire.

Le temps qu’apparaisse le nouveau parcours, et que la motivation revienne.

Forcément.

Parce quand on est vraiment sur son chemin, on ne procrastine pas et on n’a pas besoin d’être motivé.

Jamais.

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" et "Des silences ébruités" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

4 COMMENTAIRES

  1. Merci Jean.

    Vos textes donnent toujours aussi juste, comme des petits cailloux qu’on peut garder au fond de ses poches et tâter quand on ne comprend plus rien. Pour se rappeler. Pour se rassurer. Pour retrouver le chemin.

    J’ai toujours remarqué que la procrastination débarquait surtout quand j’étais en désaccord à l’intérieur mais que je ne voulais pas entendre la petite voix qui dit non, seulement celle qui a envie d’agir. Ou quand une émotion est là mais n’arrive pas à être entendue. Du coup tout est bloqué. Mais il est tres sur de s’en rendre compte sur le coup. Vous avez raison c’est un magnifique message, celui qui permet de vivre plus en accord avec soi même. Si on arrive à ne pas de juger.

    C’est tellement dur de trouver son chemin entre les « il faut » et l’écoute de soi…

    Je vous souhaite un magnifique livre que j’aurai plaisir à découvrir.

  2. Formidable, Monsieur Rochette. Ça me fait penser à la mienne de procrastination qui dûre depuis bientôt un an. En fait depuis que me femme adorée ait été emporté par le cancer. Je l’ai accompagné tout le temps, 24 heures sur 24 à l’hôpital durant des mois! Depuis je ne suis plus capable de rien faire à part écouter la t.v. et bouquiner beaucoup. Je suis en train de lire un livre qui s’intitule `Sagesse taoïste `. Je pense avoir trouvé dans cet ouvrage une partie des questions que nous nous posons en ces moments difficiles. Cette procrastination est peut-être un bienfait, une nouvelle voie à suivre qui pourrait s’avérer la bonne… Avec tout mon respect. Jean-claude Petitpierre.

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