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NON, TU N’AIMES PAS TROP

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J’ai dans mon bureau de plus en plus de clients qui m’affirment : « Je pense que j’aime trop ».

Quand je leur demande ce qui leur fait dire ça, ils me répondent que ça fait un an que leur conjoint est parti et qu’ils ont toujours des sentiments pour lui. Et comme bien souvent, le dit conjoint n’éprouve plus rien, ils en concluent : « j’aime trop ».

D’emblée, je leur pose alors deux séries de questions. Et presque à tous les coups, voici ce qu’ils me répondent.

Première série :

  • As-tu de la difficulté à prendre des décisions pour toi sans avoir demandé l’avis d’un autre que tu dois consulter à tout prix?
  • Non!

 

  • Faut-il que d’autres assument tes responsabilités dans presque tous les domaines de ta vie?
  • Non

 

  • As-tu peur de dire à quelqu’un que tu n’es pas d’accord parce que tu as peur de perdre son soutien ou son approbation?
  • En fait, parfois, j’ai peur d’être jugé. Mais pas de perdre le soutien. Et je ne m’attends pas à ce que l’autre soit d’accord. C’est pour ça que j’hésite.

 

  • Est-ce que tu attends toujours d’être avec quelqu’un pour commencer un projet parce que tu as peur de ne pas y arriver seul?
  • Ben non, je connais mes capacités.

 

  • Est-ce que tu acceptes de faire des choses désagréables pour toi afin d’obtenir l’approbation des autres?
  • Non, mais parfois, j’écoute une émission que j’aime moins pour faire plaisir à l’autre.

 

  • Est-ce que tu es mal à l’aise tout seul parce que tu crois que tu n’es pas capable de te débrouiller?
  • Non, pas du tout.

 

  • Quand ta relation s’est terminée, as-tu cherché aussitôt une autre relation?
  • Non, ça fait un an que je suis seul.

 

  • As-tu constamment la crainte que les autres vont te laisser te débrouiller seul et que tu n’y arriveras pas?
  • Pas du tout. Je connais ma valeur et mes capacités.

 

Deuxième série :

 

  • Quand tu es en couple, est-ce que tu tiens parole? Est-ce que tu donnes des explications quand tu ne peux pas respecter ta promesse?
  • Bien sûr, c’est évident.

 

  • Est-ce que tu prends tes décisions avec l’autre? Est-ce que tu tiens compte des préférences de l’autre sans pour autant imposer les tiennes?
  • Évidemment.

 

  • Quand quelque chose ne va pas, est-ce que tu demandes ce qui se passe, quitte à ne pas aimer la réponse?
  • Bien sûr. J’aime mieux savoir. On a du pouvoir sur ce qu’on sait. Pas sur ce qu’on ne sait pas.

 

  • En cas de dispute, cherches-tu une solution en étant ouvert aux compromis?
  • Évidemment. Les compromis sont la base d’une bonne entente.

 

  • Quant tu t’engages dans une relation, est-ce que tu as peur? As-tu l’impression de sacrifier ta liberté?
  • Ben non, un couple, ce n’est pas un esclavage.

 

  • Est-ce que tu es prêt à t’engager dès que la personne t’intéresse ou tu préfères attendre des circonstances optimales (par exemple que tes cours soient finis, que ton boulot soit moins difficile)?
  • Il n’y a pas de bon moment pour s’engager. Si quelqu’un m’intéresse, j’embarque.

 

  • Lorsque tu as fait l’amour, te sens-tu plus près de l’autre ou tu as envie d’aller prendre une marche?
  • Ben non… On est plus proches, voyons. On vient de faire l’amour.

 

  • Est-ce que tu présentes facilement ton nouvel amoureux à tes amis et à ta famille?
  • Le plus rapidement possible, Je suis fier d’être avec.

 

  • Est-ce que ça va vite avant que tu dises à quelqu’un que tu l’aimes ou ça prend une éternité?
  • En général, je le sens assez vite et je n’hésite pas à le dire.

 

  • Est-ce que tu joues des jeux pour te faire comprendre? Par exemple, feindre l’indifférence pour que l’autre s’occupe de toi?
  • Ah non! Je déteste les « game ». Quand j’ai quelque chose à dire je le dis et j’aime bien que l’autre fasse pareil. On joue pas aux devinettes…

 

  • Est-ce que tu considères le bien-être de ton partenaire comme de ta responsabilité?
  • Évidemment. Et j’attends la même chose de l’autre.

 

Lorsque j’ai fini de poser ces questions je rassure la personne et lui affirme très clairement : non, tu n’aimes pas trop. Tu aimes. C’est tout. Tu as un style d’attachement sécure et tu sais comment entrer en relation amoureuse.

Bien sûr que tu aimes ton partenaire. Autrement, tu ne serais pas avec lui.

S’il décide de s’en aller, ton amour ne s’arrêtera pas le lendemain comme par magie.

Tu vas devoir rester un temps seul, pour te retrouver, pour abandonner cette relation, puis tu rencontreras quelqu’un d’autre.

Il est même possible pendant ton deuil que tu t’inquiètes pour ton ex. Pas trop. Pas nécessairement au point de prendre de ses nouvelles. Mais tout de même. Tu l’as aimé. Tu voulais le meilleur pour lui. Il faut laisser «le temps au temps» de faire son œuvre.

Les gens qui pensent que tu aimes trop n’aiment pas assez. Pas complètement. Pas de façon sécure comme toi.

Ils sont nombreux d’ailleurs, ceux qui pensent comme ça. Environ 25% de la population. Mais ils n’ont pas compris ce que c’est que l’attachement.

Arrête alors de penser que tu aimes trop. Apprécie ta valeur. Apprécie ce que tu as à offrir qui est un trésor en soi. Ne te laisse pas démonter par des gens qui te diraient que tu es dépendant et que tu aimes beaucoup trop. Parce que c’est faux. Parce que ton grand talent, c’est d’être capable d’une relation saine, remplie d’un amour vrai.

Tu n’aimes pas trop.

Tu aimes bien.

Point.

————-

(Note : le premier questionnaire évalue le problème de dépendance. Il faut répondre oui à 5 des questions pour penser à consulter un psy. Le deuxième questionnaire évalue l’attachement sécure, qui est l’apanage d’environ 50% de la population.)

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" et "Des silences ébruités" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

1 commentaire

  1. Enfin un article saint qui ne porte pas de jugement sur celui qui pense « aimer » trop. Aimer et vraiment bien sûr, c’est avant tout pour moi, accepter les méandres des émotions avec sa part de doute mais aussi une forme de sérénité sans calcul. Merci

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