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POURQUOI LES GENS SÉCURES ONT PARFOIS DE LA DIFFICULTÉ À ROMPRE DANS UNE RELATION MALSAINE

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J’ai déjà expliqué dans des articles précédents que la théorie de l’attachement expliquait beaucoup dans les relations de couple. Les gens sécures s’engagent, n’ont pas peur de l’intimité, savent ce qu’ils veulent et n’ont pas de crainte exagérée de perdre l’autre. Ils représentent environ 50% de la population. Les gens anxieux s’engagent aussi, n’ont pas peur de l’intimité mais entretiennent souvent des craintes permanentes de perdre la relation et sont hypersensibles aux signes d’abandon. Ils représentent 20% de la population environ. Les évitants semblent s’engager mais ont une peur morbide de l’intimité. Ils gardent constamment l’autre à distance, même s’ils y sont attachés et renvoient en permanence l’idée qu’ils n’ont pas besoin de l’autre. Ils représentent 25% de la population.

Lorsqu’une personne sécure est en couple, elle s’engage dans une relation où, pour elle, il est naturel de faire du bien de l’autre une de ses priorités. Elle veut son bien et se sent responsable par rapport au bonheur de l’autre.

Cela se passe bien si l’autre partenaire est aussi sécure. Cela peut aussi bien se passer si l’autre est anxieux ou évitant car la sécurité est quelque chose qui déteint sur les autres. L’anxieux et l’évitant deviennent plus sécure au contact de l’individu sécure.

Il arrive parfois que, pour toutes sortes de raisons, la relation ne fonctionne pas. L’anxieux ou l’évitant peuvent se camper dans des attitudes limites qui rendent constamment la relation dysfonctionnelle : l’anxieux en exigeant toujours plus de proximité, allant jusqu’à la jalousie morbide et le contrôle des relations de l’autre; l’évitant en se campant dans des positions d’extrême indépendance où plus aucune relation n’est possible.

Lorsque ça arrive, la personne sécure va vouloir en parler. Pour elle, tout peut se régler.

Évidemment, elle risque de se buter sur un état de crise de l’anxieux ou sur le mutisme de l’évitant. Il n’y a rien à faire.

Cependant, elle ne désespère pas et réessaie dans le but de régler la situation. Ce qu’elle désire plus que tout, c’est une relation où tout le monde est bien.

Il peut alors arriver qu’un observateur extérieur se dise : « Mais pourquoi cette personne ne quitte pas cette relation? Ça ne marche pas. » De l’extérieur, tout semble perdu et on voit bien qu’il n’y a rien à faire.

Le fait est que la plupart du temps, la personne sécure va déclarer forfait et mettre fin à la relation avec beaucoup de tristesse, même si son amour est sincère et que la rupture n’était pas son premier choix. Elle comprend qu’il n’y a rien à faire.

Il arrive parfois cependant qu’elle va se laisser engluer dans la relation, risquant alors, au moins pour un temps, de perdre ses bases sécures et, le plus souvent, adopter des comportements de l’anxieux ou de l’évitant.

Est-ce la manifestation de cette fameuse « dépendance affective » dont tout le monde parle et que j’ai déjà pourfendue dans un récent article?

Pas du tout.

Il y a en fait deux raisons à cela.[i]

La première est que la personne sécure considère le bien-être de l’autre comme étant sa responsabilité. « Tant qu’il y a lieu de croire que leur compagnon a des difficultés, ils continuent à le soutenir. »[ii]

La deuxième est que les sécures sont plus enclins à pardonner et à minimiser les méfaits de leur partenaire. Par conséquent, ils vont moins ressasser les événements négatifs et laisser de côté les attitudes défensives pour se centrer sur des solutions. Ils vont donc avoir tendance à rester là.

Levine et Heller résument bien la situation ainsi :

« La bonne nouvelle, c’est que le sécure a des instincts fiables et qu’il se rend compte assez vite qu’une personne ne lui correspond pas. La mauvaise nouvelle, c’est que, s’il s’engage dans une relation amoureuse néfaste, le sécure ne sait pas toujours quand y mettre fin – surtout s’il est engagé dans des relations à long terme et qu’Il se sent responsable du bonheur de son partenaire. »[iii]

Un jour, un homme ma raconte la chose suivante.

Un soir, recevant un message texte d’une collègue qui lui demande de l’appeler car elle ne va pas bien, il dit à sa conjointe : « Oh, unetelle m’appelle pour me parler car elle ne va pas bien. Ça doit vraiment aller très mal parce qu’on ne se parle pas tant que ça au boulot. »

Là-dessus, sa conjointe pète un câble, lui fait une crise de jalousie monstre, l’accuse s’être fait prendre à texter avec son amante pendant qu’elle est là, brise des choses dans la maison, le traite de trou du cul, bref, les fils se sont vraiment touchés dans son cerveau.

Et lui, bien en peine de ce qui se passe, et avec une immense tristesse, me dit : « Je me sens impuissant parce qu’elle est en détresse et que je ne peux rien faire. »

On voit bien ici comment cet homme se sent concerné par le bonheur de sa conjointe, même si c’est une situation complètement hallucinante.

C’est ça, un attachement sécure.

Souhaitons que les sécures comprennent plus rapidement que même s’ils sont capables de tolérer une situation inacceptable, ils n’y sont pas obligés et faisons le vœu qu’ils puissent se résoudre à quitter plus rapidement ces relations toxiques qui peut briser la beauté de ce qu’ils ont à offrir.

Heureusement, c’est quand même plutôt rare puisqu’en général, ils savent bien choisir.

Voici les signes qui ne trompent pas. « Si vous êtes sécure mais que vous commencez à vous sentir agité, inquiet ou jaloux (caractéristiques propres à l’anxieux), ou que vous réfléchissez à deux fois avant d«’exprimer vos sentiments, que vous êtes moins confiants ou que vous commencez à tester votre partenaire (caractéristiques propres à l’évitant), c’et très probablement le signe que vous n’êtes pas avec la bonne personne. »

J’ai pensé longtemps que j’étais vraiment très dépendant de ne pas quitter une relation où je ne trouvais plus beaucoup mon compte. Mais je me rends compte que je me préoccupais du bien-être de l’autre, que je m’inquiétais pour elle, que je voulais vraiment trouver des solutions et que je continuais à croire qu’elle pouvait évoluer. Cette capacité-là, elle est belle. Je ne veux plus m’en excuser.

Je suis maintenant convaincu que j’ai quelque chose de merveilleux en moi. Quelque chose qui est un plus pour qui voudra mettre de côté ses défenses. Une chose qui peut faire le bonheur de quelqu’un, peut-être. Mais en tout cas du bien, pour sûr.

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[i] Levine, A, Heller, R. Êtes-vous faits l’un pour l’autre? Les clés de l’attachement. Ixelles éditions.301 pages

[ii] Idem p. 156

[iii] P. 157

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" et "Des silences ébruités" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

1 commentaire

  1. Merci Jean

    Cet article me réconcilie beaucoup avec moi même. Je m’y reconnais et je comprends pourquoi j’ai choisi l’amour et non pas l’amertume après deux relations qui n’ont pas fonctionnées. Je peux vous envoyer dix dollars par transfert bancaire. C’est mon mieux ☺vous pouvez m’écrire via messenger.

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