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TENIR LE COUP DANS LA NUIT

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Dans deux mois, cela fera trois ans.

Trois ans que le ciel me tombait sur la tête. Que tout se détruisait autour de moi.

Un cancer, une faillite, une rupture.

J’avais tout. Trois mois plus tard, il ne restait plus rien.

C’est arrivé au moment où, ma foi, j’étais content d’où j’étais rendu.

Au moment où j’entrevoyais un avenir de plaisir et de bonheur simplement à profiter de là où j’étais rendu

Au moment où je croyais qu’à coup de grands signes, la Vie m’avait amené à ce point-là.

J’étais certain d’être au bon endroit. Vraiment.

Puis cet endroit a disparu.

Plus de santé, plus de finances, plus d’amour.

En tout cas, c’est comme ça que je l’ai vécu.

 

Pourtant, trois ans plus tard, je suis bien. Autrement.

Oh, bien sûr, pas du tout comme je le pensais ou je l’espérais. Non.

Vraiment pas du tout.

Mais autrement.

Un autrement que je n’aurais pas pu imaginer avant.

 

Parfois, alors même que notre chemin semble tout tracé et, bien-sûr, qu’on en est content, il arrive que tout se mette à s’effriter autour de soi.

Tout.

Absolument tout.

Évidemment, au début, on tente de « sauver les meubles ». On essaie de récupérer une partie du chemin auquel on tient tant, n’importe laquelle. On essaie de rester en contrôle.

Peine perdue.

C’est comme si on tenait une corde et qu’on la sentait nous filer entre les doigts. Malgré tous nos efforts, elle continue de glisser inexorablement. Et évidemment, plus on serre les mains dessus, plus on se blesse.

On a l’impression que c’est la fin du monde.

Et ça l’est.

C’est la fin d’un monde.

Pire. C’est la fin d’un monde qu’on croyait être spécifiquement fait pour nous.

Mais il s’en va… et il faut le laisser aller.

« JE NE VEUX PAS !» C’est ce que ça crie en dedans. Et ça fait terriblement mal.

Le fait de ne pas savoir ce qui arrive après rend cela encore plus difficile.

Au deuil de ce qui est, il faut ajouter la peur de ce qui vient.

 

Et si on arrêtait de se battre? Et si on faisait confiance?

On n’a aucun pouvoir sur la destruction de ce qui est. Autant se mettre à observer ce qui arrive.

Ce n’est pas facile.

Pour ma part, pendant des mois, j’aurais préféré mourir physiquement, car c’était vraiment pire qu’une mort physique. C’était la mort aux espérances entretenues, aux promesses non tenues, aux confiances brisées. Comme si à chaque nouvelle destruction, un morceau de moi s’arrachait péniblement de ma peau déjà endolorie.

La mort, ça fait mal. Il ne faut pas le nier.

Et il n’y a pas de « technique », aussi perfectionnée soit-elle, pour enlever ce mal. Pas encore. Juste parce que c’est à vivre.

Mais après la mort?

Après la mort, c’est toujours une nouvelle vie.

Simplement, on ne sait pas de quoi elle sera faite.

Pendant la mort, il faut juste tenir le coup. Sans chercher, sans se battre. En se raccrochant aux choses qui nous font du bien (et il y en a, même si elles comptent moins qu’habituellement, même si ce ne sont pas celles que l’on voudrait).

Tenir le coup jusqu’à ce qu’une lumière apparaisse à l’horizon. Peu importe le temps que ça prendra.

Ce qui reste alors de nous renouvellera ce qui a été brisé.

Une autre vie pointera le bout de son nez.

Et il faut avoir l’espérance qu’elle sera plus belle que l’autre.

Plus merveilleuse que celle dont on avait rêvé et dont on avait décrété que c’était la seule façon d’être heureux.

Sur les cendres fumantes d’un « monde idéal » révolu est en train de se construire mieux, plus beau, plus magnifique, plus lumineux.

Encore faut-il y croire, et laisser aller l’ancien.

C‘est le prix à payer pour le neuf dont on ne veut pas encore et qui, pourtant, nous appelle déjà.


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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" et "Des silences ébruités" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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