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À FORCE DE SE PRENDRE POUR DIEU…

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Depuis quelques années, on entend sur tous les tons, à toutes les sauces et dans tous les milieux que soit Dieu n’existe pas, soit il est en nous. Que dis-je ? Que nous sommes Dieu ! Rien que ça.

Nous n’abritons pas une parcelle de Dieu. Non. Nous sommes Dieu nous-mêmes.

On peut bien sûr attribuer cette tendance à la découverte légitime de l’importance de l’estime de soi. Mais on va plus loin. On affirme carrément que Dieu, c’est nous. Et on se croit. Très fort.

Sauf qu’à force de se prendre pour Dieu, on vit aussi avec les conséquences.

Parce qu’à force de se prendre pour Dieu, on se dit que c’est à nous de déterminer le beau, le bon, le moral.

À force de se prendre pour Dieu, on exige tellement des autres que l’on devient méprisants pour ceux qui ne satisfont pas nos critères.

À force de se prendre pour Dieu, on achève de massacrer la planète.

À force de se prendre pour Dieu, on engendre une race d’égocentriques patentés dont le narcissisme évident ou caché ne démontre en rien une saine estime de soi pas plus d’ailleurs qu’une véritable compassion pour les autres.

Pourtant, en réalité, on ne contrôle strictement rien.

On ne contrôle pas les maladies qu’on a et la manière dont elles vont évoluer. Mais on essaie. À grands coups de pensée magique, de diètes compliquées et de soi-disant découvertes miracles qui, de toute évidence, ne fonctionnent pas.

On ne contrôle pas le climat, mais on essaie.

On ne contrôle pas les réactions des autres ni leurs décisions, mais on tente (trop souvent) de les manipuler.

On ne contrôle pas les attitudes des autres et nous n’avons pas le pouvoir de les faire devenir comme on veut qu’ils soient: exactement comme nous le voulons. On se résigne alors à des compagnonnages de solitude partagée… quand ce n’est pas simplement à la solitude tout court.

On ne contrôle pas les hasards de la vie. On se contente de croire qu’il n’y en a pas et que tout est parfait alors qu’un paquet de choses peuvent se produire pour lesquelles rien ne sera parfait. Rien, sinon la possibilité, bien humblement, de leur donner un sens.

Non. On ne contrôle rien.

Le surhomme de Nietzsche nous a-t-il monté à la tête ?

Peut-être.

Lorsque j’ai eu le cancer, j’avais 63 ans. Je croyais que j’avais encore une foule d’années devant moi. Mais les médecins me donnaient six mois à vivre. C’était il y a deux ans. Pourquoi ? Je n’en ai aucune idée sinon que je crois que ce n’était pas mon heure. Pourtant, je l’ai même souhaitée cette heure. Il fut un temps où mourir aurait été pour moi une agréable alternative à ce qui m’arrivait.

Ma blonde m’a larguée. Au début de ma chimiothérapie. Rien que ça. Je croyais que nous arriverions à former un couple. J’y croyais fort. J’y travaillais fort. Mais j’étais le seul à y croire et à y travailler. Encore à ce jour, j’ignore les raisons précises pour lesquelles elle a fait ce choix.

J’ai fait faillite. À la même époque. J’espérais que je passerais au travers de mon endettement, mais ça n’a pas été le cas. Je crois que le plus difficile dans ça a été de perdre mon bureau d’Orford que j’avais aménagé pour moi en faisant de la place, au cas où ma blonde de l’époque veuille s’y installer pour travailler. Je l’aimais, ce bureau. Beaucoup. Et je m’ennuie toujours d’Orford.

Bref, j’ai dû plier. Dans le dénuement. Pire, j’ai dû apprendre le dénuement.

À chaque fois que j’essayais de planifier quelque chose, rien ne se passait comme je le voulais. Absolument rien.

En vérité, si j’étais Dieu, je n’étais pas tout-puissant. Rien de ce que je voulais profondément ne se passait comme je l’espérais.

Un dénuement total.

Je me faisais penser à Job. Vous savez, celui qui était bon et juste et qui avait tout perdu sans aucune raison et qui, plein d’ulcères, sur son tas de fumier, s’était mis à faire des reproches à Dieu en lui criant son sentiment d’injustice.

Je me suis retrouvé tout nu. Comme lui.

Et puis j’ai compris.

C’était pourtant simple.

Ce n’est pas moi qui mène.

Je ne contrôle absolument rien.

Ce n’est pas moi, Dieu.

Oh, peut-être que mon âme a une origine divine. Mais elle n’est pas Dieu. Pas une seconde.

Je dois favoriser alors l’acceptation sans constamment savoir pourquoi ça arrive. Je dois vivre au jour le jour sans savoir combien il me reste de temps. Je dois accepter les gens comme ils sont et les guider, dans mon travail, du mieux que je peux pour qu’ils s’épanouissent. Car je reste un passeur. Je reste quelqu’un qui voit des chemins et qui voit quand ces chemins vont à l’encontre du développement de la personne. Je vois les rendez-vous manqués et les rendez-vous absurdes. Je vois les chemins de vie. Mais ce n’est pas moi qui les décide. Ce n’est pas moi qui les gère. Ce n’est pas moi qui les détermine. Juste parce que ce n’est pas moi, Dieu.

Mais tout le monde a à apprendre ça : nous ne sommes pas Dieu. Et plus nous nous prenons pour lui, plus nous devenons incapables d’empathie véritable, plus nous devenons exigeants et méprisants pour les autres quand ils ne satisfont pas nos critères.

Pour accepter ma vie, j’ai dû accepter ma mort.

Et surtout le fait qu’à travers tout ça, ce n’est pas moi qui décide. Même quand ça semble absurde. Même que ça l’est réellement.

À force de se prendre pour Dieu, on y a cru.

Trop fort. Trop souvent. Trop intensément.

Et on a fait beaucoup de « conneries ».

Pourquoi n’apprendrions-nous pas l’humilité ?

On arrêterait de se prendre pour des « king ». Me semble que ça ferait changement.

Pourquoi n’apprendrions-nous pas la tolérance. On apprendrait que les différences sont peut-être uniquement des différences. Me semble que ça nous enrichirait.

Pourquoi n’apprendrions-nous pas le véritable amour, qui n’est pas de prendre, mais de donner. Me semble qu’on a assez pris.

À force de se prendre pour Dieu, on y a cru.

Trop mal. Trop souvent. Trop prétentieusement.

Nous ne sommes pas Dieu.

Mais nous pouvons aimer de plus en plus comme lui.

Et accepter qu’en nous, il y ait un trou en forme de Dieu.

Ce n’est pas un quelconque objet, une personne ou nous-mêmes qu’il faut mettre dedans pour le combler, mais lui, le seul qui puisse nous combler vraiment.

Dans l’humilité que Dieu, ben… c’est Dieu.

C’est tout.

Il est tout.

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" et "Des silences ébruités" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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