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RENONCER AUX «AGACES DU COEUR».

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« Examine si ce que tu promets est juste et possible,
 car la promesse est une dette. »

Je suis un 6 sur l’ennéagramme. Six, ça veut dire sensible à la fidélité, la trahison, la parole donnée. Six, ça veut aussi dire que si je dis oui, ce ne sera pas non et que si je dis que je vais être là, si je n’y suis pas sans avoir averti et avoir une bonne excuse, c’est que je suis mort!

Façon de parler bien-sûr.

On ne peut pas toujours tenir sa parole.

Cependant, lorsqu’on ne peut pas la tenir, il est pourtant simple d’envoyer un mot, d’appeler, d’avertir : finalement, je ne pourrai pas, je suis retenu par autre chose d’urgent. J’en suis désolé.

Comme le Six a le sens de la parole donné, il est facilement blessé par quelqu’un qui ne la tient pas.

Personnellement, je crois que je suis un Six parce que j’ai été élevé par un homme qui ne tenait jamais sa parole. Quand j’étais enfant, l’expression « j’arrive tout de suite » voulait dire « je termine le film à la télé et j’irai après… »… et parfois, c’était une heure et demie après.

Mon père avait l’art également de promettre l’impossible.  Alors que j’avais une moyenne de 70% au secondaire, il avait déclaré : « si tu as 90% dans tous tes cours, je t’amène au planétarium ». C’était mon rêve, à l’époque, d’aller au planétarium. Mais quand on a douze ans, on ne se rend pas bien compte que de remonter toutes ses notes de 20% en deux mois, c’est quasiment impossible. Ce genre de promesse n’était pas très risquée et avait l’avantage de mettre la responsabilité sur moi.

Toute ma jeunesse, j’ai cherché son affection et cela m’a pris près de 50 ans à y renoncer.

Mais je suis demeuré sensible à ce genre de personnes.

Au début de ma vie de jeune pubère, je flashais uniquement sur ce qu’on appelle les « agaces ». Vous savez, ce genre de fille qui promet tout et ne donne rien!

Évidemment, je me faisais mal à tous les coups.

Mais il y a pire que les « agaces » sexuelles. Il y a les « agaces du cœur ». Ceux qui vous promettent mer et monde en parole et qui ne sont jamais là quand c’est le temps de passer à l’acte. Ceux dont on se rend compte que l’égocentrisme les fait vous fréquenter uniquement pour ce que vous pouvez leur apporter et qui disparaissent dès qu’une occasion de retour d’ascenseur est là.

Et cette année, j’ai vécu une drôle d’expérience d’ « agaces du cœur ».

Alors que j’avais des problèmes avec la direction de mon école, un appui inattendu de la part des élèves m’a permis de passer non seulement au travers de cette épreuve mais aussi de la transcender en quelque sorte. Je leur en suis d’ailleurs extrêmement reconnaissant.

Cette expérience m’a permis en fait de me rendre compte que je ne pourrais plus faire une différence dans cette école et que ma mission de passeur serait plus assurée par autre chose où je pourrais être plus fidèle à moi-même.

Dans le cours de ces événements, j’ai eu l’idée de faire une conférence. Nouvelle manière d’être dans le message à transmettre.

Cela m’emballait et plusieurs m’ont appuyé dans cet élan.

Ces appuis se manifestaient de façon diverse : encouragements, incitation à aller de l’avant.

Mais certains sont allés plus loin : « Vas-y, Jean, je vais t’aider. »

Ça, pour moi, c’est une parole donnée.

Et comme le dit cette citation attribuée à Confucius :

 « Examine si ce que tu promets est juste et possible, 

car la promesse est une dette. »

Étrangement, lorsque vint le temps de placer des affiches, de vendre des billets, d’organiser le tout, bref, certains de ces gens-là ont disparu.

 

Plus un mot, plus un commentaire. Silence radio.

 

Eux-mêmes raisonneront sans doute : oui, mais t’aider, ça ne voulait pas dire nécessairement placer des affiches ou vendre des billets.

 

Bien sûr.

 

Aider, ça veut sans doute dire « appuyer moralement ».

 

Il est reconnu pas tous qu’aider quelqu’un à tondre sa pelouse, c’est aller boire une bière sur sa galerie en l’encourageant très fort pendant qu’il tond!

 

Pour moi, cependant, il s’agit d’une trahison.

 

Et quand une personne me dit pendant un mois qu’elle a tellement hâte à cette conférence, qu’elle va amener des amis, qu’elle va la mettre dans ses priorités, pour moi, il s’agit d’un engagement. Et un petit mot disant : je suis désolé mais je ne pourrai pas venir, ça devient une simple politesse nécessaire. Et d’autant plus nécessaire que cette personne a abondamment profité de mes conseils durant l’année.

« Examine si ce que tu promets est juste et possible, 

car la promesse est une dette. »

Mais il y a pire.

 

Alors que j’affichais l’événement de la conférence sur Facebook, plusieurs ont inscrits qu’ils y seraient. Soixante-douze en fait.

 

Bon, vous me direz que Facebook est Facebook et qu’il ne faut pas s’y fier. Bien sûr. (Mais pourquoi, au fait?)

 

Mais avez-vous remarqué que dans les événements, ils ont un bouton « peut-être présent »,  une catégorie « en attente de réponse » et la possibilité de dire « non »?

 

Cela veut dire que lorsqu’on appuie sur « présent », c’est qu’on y a réfléchi et qu’on est certain qu’on va y aller.

 

Facebook est Facebook mais les mots sont les mots. Si « présent » veut dire « peut-être » et que « peut-être » veut dire « non », alors « non » veut-il dire « je serai mort à cette date-là »?

Dans les faits, environ 50 des 72 personnes qui avaient dit qu’elles seraient là ne sont pas venues. Une cinquantaine.

 

Je suis bien d’accord qu’il arrive des événements majeurs dans la vie qui font qu’on ne peut pas. Mais alors, un simple petit mot avant ou même après disant : je suis désolé, j’avais dit que j’y serais mais tel événement de force majeure m’en a empêché.

 

Quelques-uns ont sans doute vécu cela. Mais 50? 

De ces 50, deux m’ont averti. Pour une, j’ai dû demander alors qu’elle avait le culot de m’appeler pour me demander conseil. Pour les autres : silence radio.

« Examine si ce que tu promets est juste et possible, 

car la promesse est une dette. »

Mais il y a encore pire.

J’enseigne beaucoup à regarder en soi plutôt que de charger l’autre. Et quand je regarde en moi, je me dis : bon, Jean, tu as encore cru. Tu t’es encore fait avoir. Non pas par les autres, mais plutôt par moi-même. Et je regarde en moi pour y découvrir ce besoin viscéral que j’ai d’avoir autour de moi des gens en qui je peux faire confiance. Le besoin est si grand que j’en arrive à perdre ma vigilance et à croire n’importe qui.

Et je me suis fait avoir en beauté parce qu’il faut dire que j’ai aussi fait des choix de publicité et de salle en fonction de cette croyance que les gens qui avaient dit oui seraient présents.

Ces choix, ils m’ont amené vers un gros déficit financier (j’en suis totalement responsable: j’assume).

Juste parce que la parole donnée n’est plus la parole donnée.

Juste parce que j’ai cru que dans les 72 personnes qui avaient annoncé « présents », il n’y avait plus de gens comme mon père. Des agaces du cœur qui promettent tout mais qui ne donnent rien.

Bien sûr, pour certains d’entre eux, mon sentiment est plus mitigé. Je ne les connaissais pas vraiment. Nous n’avions pas de relation privilégiée. Bon.

Mais il y en a là-dedans pour lesquels j’ai eu beaucoup de peine parce que nous avions justement une relation privilégiée.

Cette peine, par contre, je me la suis fabriquée moi-même parce que j’ai cru qu’il y aurait des actes avant d’en avoir la preuve.

Je dois donc refaire mes devoirs et me recentrer sur les « gens de parole ».

Et quand je me recentre sur eux, je trouve là une grande satisfaction.

Untel qui m’avait dit qu’il « essaierait » de venir m’a écrit le lendemain pour me dire qu’il était désolé de n’avoir pas pu. Incroyable. Il ne me devait rien mais a pris quand même la peine de m’annoncer qu’il était désolé parce que retenu ailleurs pour ses affaires. Wow.

Certains étaient là, repectant leur parole. Des gens de cœur, fidèles, sur qui on peut compter en tout temps. WOW.

Il faudrait créer avec eux une association de gens de parole. Ils me comblent de joie.

« Examine si ce que tu promets est juste et possible, 

car la promesse est une dette. »

J’apprends de cela, encore une fois, de ne croire que les gens qui mettent les actes de l’avant et qui ne se contentent pas de belles paroles vides.

J’apprends de cela, encore une fois, à renoncer aux agaces du cœur, ces personnes qui annoncent de l’aide, du soutien, qui se nourrissent de soi sans jamais poser d’actions concrètes pour alimenter la relation.

J’apprends, encore une fois, que le Six devrait limiter sa fidélité et sa loyauté aux gens qui, de même, joignent à la parole des actions concrètes d’engagement.

Toute forme de relation est à mon avis un engagement, si minime soit-il.

Et la parole donnée en est le contrat.

« Examine si ce que tu promets est juste et possible, 

car la promesse est une dette. »

J’ajouterais à Confucius :

…et renonce à jamais à ceux qui n’ont pas examiné ce qu’ils promettent 

et qui n’honorent pas leur dette!



PS: Si tu te sens cheap shot en lisant ça, je suggère l’abandon de la stratégie de se trouver un prétexte et d’y aller avec une simple expression comme: « Je m’excuse… et la prochaine fois, je vais tenir ma parole… ou ne pas la donner »
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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" et "Des silences ébruités" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

5 COMMENTAIRES

  1. Très bon! Personnelement, cet article m'a fait réfléchir sur mes propres actions. Il est déjà arrivé que je dise ce genre de phrase a un ami… Du genre "Oui j'aimerais aller à ta soirée, je vais y être à moins d'un empêchement" et que pour une raison ou une autre je ne puisse pas tenir ma parole. Or, même si à cet instant j'ai cru que cela ne le dérangerait pas que j'y sois ou non..j'aurais tout de même du L'Avertir… Et je parle au singulier, mais c'est arrivé plus d'une fois. Et c'est seulement en lisant cet article que je me suis rendu compte de cela.. Que oui, effectivement cela peut décevoir une personne, et qu'il est de mon devoir de tenir mes paroles ou du moins avertir si un changement s'est produit. POur toutes les fois où j'ai été un "agace coeur".. je le regrette… Bref, merci de nous offrir ces articles, car il nous font réfléchir, du moins Me font réfléchir. Et cela, je crois, contribue à me faire grandir.

  2. Ouais! Je suis d'accord. Et comme tu as dit, c'est bon de faire des erreurs et de se tromper. Pas comme ISO 9001! Ceux-là, on devrait leur dire: Laissez-nous nous tromper! lol. L'erreur est humaine. Mon père travaille dans une compagnie à Saint-Georges et elle est certifiée ISO 9001. Mon père n'aime pas ça du tout. Ils n'ont pas droit à l'erreur et des gens sont venus leur montrer comment faire leur travail de façon plus efficace et parfaite. Mais voyons, c'est pas la vraie vie ça! Voyons, si on peut toujours faire ce qu'on fait à la perfection… c'est impossible! Et même ISO 9001 doit se tromper parfois! Je me suis un peu emportée, mais je l'assume. lol

  3. Exactement. Et ça prouve aussi que nul est à l'abri de cet écart de lui-même puisque, malgré mes conseils, je n'ai pas su cette fois-ci tenir le cap. Lorsque je "focusse" sur les gens de parole et les gens qui étaient présents, je vois une belle gang. Je ressens la chaleur des gens présents. Je me nourris de l'ambiance qu'il y avait. Et je peux alors achever de me tourner vers eux et renoncer encore un peu plus aux autres qui, au final, n'apportent rien.

  4. Très bon article. Ça revient à dire qu'on doit se concentrer sur les gens qui font attention à nous, qui en valent la peine, plutôt que ceux qui ne font jamais rien de concret, juste des mots. C'est ce que tu m'avais écrit un de ces jours dans un tes conseils. Et en focussant sur ceux qui nous aiment, ça nous permet tranquillement de nous recentrer. 🙂

  5. Excellent article encore une fois, je crois que ce site je vais venir le visiter plus d'une foix. J'adore ton travail et j'espère que je vais avoir la chance de voir une de tes conférences un de ces jours 🙂

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