Accueil Amour SE PROTÉGER JUSQU’À EN MOURIR : ENTRE MÉDECINE, PSYCHOLOGIE ET SPIRITUALITÉ.

SE PROTÉGER JUSQU’À EN MOURIR : ENTRE MÉDECINE, PSYCHOLOGIE ET SPIRITUALITÉ.

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Un médecin se doit de pratiquer selon les connaissances scientifiques probantes. Un psychologue, dans sa pratique, doit s’assurer d’utiliser des données probantes. Bref, les professionnels sont tenus de se servir des connaissances scientifiques avérées.

C’est une bonne chose.

Cela assure d‘obtenir les soins précieux si nécessaires à notre maintien en vie.

Je suis d’accord avec ça. Jamais je ne le remettrai en question.

Comme psychologue, je connais bien les délires auxquels conduisent parfois certaines visions excentriques de la vie.

Pourtant, je ne crois pas que cela signifie se priver des certaines autres intuitions qui, loin d’être contraires à de saines pratiques psychologiques ou médicales, deviennent, pour peu qu’on s’y attarde, très complémentaires.

Je vais vous raconter une intuition aujourd’hui. Elle est remplie de faits avérés, de connaissances scientifiques, mais aussi d’intuitions que je n’ai aucun moyen de démontrer scientifiquement.

À vous d’en juger.

—————–

Il y a maintenant plus de dix ans, j’ai vécu une rupture amoureuse qui m’a conduite au bord du suicide. J’ai dû cesser de pratiquer un moment et me soigner moi-même. C’était comme si on m’avait arraché le cœur.

J’ai eu peine à m’en remettre et beaucoup de difficulté à refaire confiance.

Il y a près de trois ans maintenant, au tout début d’une chimiothérapie, une autre rupture amoureuse a eu un effet encore plus dévastateur. Sans doute parce qu’elle tombait à un moment où j’avais le plus besoin, où j’étais le plus fragile. Un autre arrachement de cœur, encore pire que le premier.

Depuis, je me suis remis, en tout cas c’est ce que je croyais. Mais si je cherche profondément en moi, je dois admettre que se cache un petit « on ne m’y reprendra plus » bien ancré.

Pour survivre à cette deuxième rupture, j’ai dû couper les ponts avec mon ex. Totalement. Malgré ses insistances parfois irrespectueuses à m’envoyer des messages textes ou à vouloir me parler ou me saluer en passant devant chez moi (nous sommes restés voisins de palier quelques mois après la rupture et elle voulait qu’on soit amis). Je devais me protéger. Je ne cherchais pas une amie. Je cherchais une conjointe.

En psychologie, on installe des défenses pour la survie. C’est parfois nécessaire et très utile.

J’avais exploré les styles d’attachement et je savais que son profil « évitant » ne me convenait pas du tout. Me faisait très mal en fait. Je devais m’en protéger. C’était inévitable. C’était salutaire. Et c’était bon pour moi.

Le danger de ces défenses pourtant, c’est qu’elles peuvent devenir rigides.

Et là, c’est beaucoup moins bon.

Je suis devenu au fil du temps très habile à dépister les personnes évitantes. Et aussi très habile à les fuir comme la peste. Il y allait de ma survie.

Cependant, sans que je m’en aperçoive, je me suis mis à voir des évitantes partout.

Et je me suis fermé. Complètement sans doute bien que je n’en sois pas encore tout à fait conscient. Peut-être qu’à force de souffrances, je devenais évitant moi-même?

—————–

Il y a un an presque jour pour jour (en mars 2018 en fait), suite à une ponction dans le péricarde (c’est l’enveloppe du cœur), j’ai fait une péricardite.

Ce n’est pas arrivé tout d’un coup.

Après la ponction, on m’avait laissé un drain temporaire pour finir de vider le liquide. Et ça allait très bien.

La cardiologue, penchée sur moi, m’avait alors dit : « Vous permettez que j’écoute votre cœur? ». Sans trop y penser, j’avais répondu, à la blague : « Bien sûr, il va vous dire comment il a souffert ».

Quelques minutes plus tard, une douleur extrêmement violente m’envahissait. Je pensais que je faisais un infarctus.

En fait, je faisais une péricardite. Une inflammation de cette enveloppe. Ça m’a valu de nombreux jours d’hospitalisation.

Je m’en suis remis. En tout cas, c’est ce que je pensais. Jusqu’à il y a une semaine.

Enflure des membres inférieurs, liquide dans le péricarde, douleurs typiques d’une péricardite. Réhospitalisation.

Le cardiologue de garde à l’hospitalisation m’a alors prescrit une IRM afin de vérifier la rigidité de ce péricarde.

Il arrive en effet que le péricarde se rigidifie et s’épaississe (un médecin l’expliquerait mieux que moi) et empêche le cœur de battre adéquatement.

Lorsque cela est trop grave, une « péricardectomie » est alors nécessaire. En bref, on doit enlever le péricarde.

Évidemment, j’ai fait ce que tout le monde fait et qu’on ne devrait jamais faire : je suis allé sur internet. Sauf que moi, quand je vais sur internet, je ne vais pas sur des sites comme doctissimo. Non. Je consulte les bases de données médicales. Comme psychologue, j’ai des accès à ces bases qui me permettent des articles un peu plus scientifiques (mais, je vous l’assure, beaucoup plus épeurants sans les connaissances requises pour relativiser ce qu’on y lit).

Celui qui m’est apparu le plus significatif pour comprendre était un article dans une revue d’anesthésie. J’y ai lu : 5 à 15% de décès durant l’opération, 50% de complications post-opératoires, risques majeurs d’hémorragie etc.

Mais cela ne m’effrayait pas encore vraiment (sauf peut-être le timing – j’ai un déménagement en juillet, moi) puisque je n’ai pas vraiment peur de la mort.

On y indiquait cependant pourquoi c’était une si grosse opération.

Et c’est ça qui non seulement m’a effrayé mais surtout aussi donné des pistes pour comprendre ce que j’avais. (Je suis comme ça, j’ai besoin de comprendre). C’est pour ça d’ailleurs que je suis chanceux d’avoir une cardiologue qui fait preuve d’une empathie exemplaire et qui comprend que je veuille comprendre. Malheureusement, beaucoup de médecins dont le savoir faire technique n’a pas à être remis en doute confondent « écoute du patient pour être certain qu’il a compris » et « écoute du patient pour comprendre ce dont il a besoin ».

Toujours est-il que mon article me permettait de comprendre ce que je n’avais pas encore compris. Le péricarde est une structure collée sur le cœur (ou en tout cas, ben ben proche). Quand il se rigidifie, il empêche le cœur de battre comme il faut et l’entraîne à forcer beaucoup trop pour faire son travail. Quand on le retire, on n’enlève pas une structure qui vient toute seule. On doit quasiment « éplucher » le cœur de cette enveloppe. C’est entre autres ce qui rend chacun des gestes chirurgicaux tellement à risque.

Et dans tout ça, moi, c’est l’expression « éplucher le cœur » qui m’a fait allumer.

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Par deux fois, depuis dix ans, j’ai eu l’impression de me faire arracher le cœur.

Et là, tout à coup, on m’expliquait qu’il faudrait peut-être maintenant « l’éplucher ».

Et pourquoi? Parce que son enveloppe est en train de devenir tellement dure que le cœur ne peut plus faire son travail comme il faut.

Bon, rassurez-vous. L’IRM a montré qu’on n’en était pas encore là. Pas encore.

Ce qui ne veut pas dire qu’on ne devra pas y venir un moment donné.

Et je me suis dit : non, je ne veux pas qu’on m’épluche le cœur. Ça suffit! Laissez mon cœur tranquille.

Sauf que mon cœur, il ne demande que ça, fonctionner. C’est son enveloppe qui devient rigide…

Est-ce que ça aurait un rapport avec les défenses?

C’est ici que je vais laisser la science de côté.

—————–

Avec deux grosses ruptures amoureuses quasiment fatales en dix ans, se pourrait-il que j’aie élaboré un système de défense si rigide que plus rien ne passe? Se pourrait-il qu’au lieu de me laisser éprouver la colère légitime d’un abandon dans le premier cas et l’horreur d’une trahison dans l’autre j’aie tout retourné contre moi en me fermant à toute possibilité de quoi que ce soit, de peur de souffrir encore?

Dans un livre tout sauf scientifique, Michel Odoul dit ceci de la péricardite : « Alors que se passe-t-il en nous? Pourquoi avons-nous besoin d’enflammer ce qui protège notre cœur? Pourquoi sommes-nous en colère après la vie? Nous sommes sans doute aigris ou déçus. Le vie ne nous a pas donné les satisfactions attendues ou bien nous pensons ne pas y avoir droit. Une déception latente et profonde est là qui contracte, empêche les pulsations de la vie (les battements) de prendre toute leur amplitude. Les circonstances, les retenues intérieures, conscientes ou non, ont dû couper les ailes à des envies et la rancœur, l’amertume ou la colère se sont développés, tant vis-à-vis de la vie que vis-à-vis de nous-mêmes.[i] »

Certes, je n’ai pas envie de revivre des épisodes comme ces deux dernières relations. Je peux admettre que je me protège. Mais trop? Il semble bien que oui. Je n’en suis pas assez conscient et j’ai bien l’intention d’explorer davantage cette possibilité. La suite nous dira ce qu’il adviendra.

Ai-je l’impression de ne pas avoir reçu assez? Aussi. Ai-je l’impression qu’il est maintenant trop tard? Également. Je me suis plus ou moins vendu l’idée que plus personne ne voudra de moi cardiaque, diabétique, cancéreux en puissance… et vieux… (Soyons franc, je ne me trouve pas un bon parti. )

Je me reconnais déjà très fermé à l’amour conjugal, suspicieux à l’égard de l’amitié et très fermé à la vie sociale. C’est sans doute le signe que mon cœur est fermé.

On sait depuis longtemps en psychologie que des défenses sont nécessaires mais qu’elles deviennent toxiques lorsqu’elles se rigidifient.

Les miennes sont à l’évidence en train de se rigidifier. Beaucoup.

Elles étouffent mon cœur.

Bien sûr, je vais prendre tous les médicaments que les médecins me prescrivent. Je ne serai jamais contre la médecine.

Mais de mon côté, je peux peut-être aussi y faire quelque chose.

Et comme je n’ai absolument pas l’intention de me faire éplucher le cœur, alors je me mets en route vers un assouplissement, une ouverture, encore plus grande.

La dernière chose que je veux faire de ma vie est de fermer mon cœur.

Si je devais renoncer à l’amour (sous toutes ses formes), ce serait comme renoncer à moi-même. J’aurais l’impression d’être passé à côté de la vie.

Et ça, il n’en est pas question.

En route donc pour l’amour! Tout un chemin encore à parcourir.

—————–

ÉPILOGUE.

Conscient de tout ça, hier, j’ai dit à mes voisins avec qui je m’entends bien et qui déménagent en même temps que moi : « J’espère que le déménagement ne nous empêchera pas de nous revoir parce que je vous aime beaucoup ». J’avais la peur au ventre de ne pas être reçu. Je l’ai pourtant été. Première ouverture de cœur.

Je suis croyant et, depuis hier soir, j’ajoute à ma prière : aidez-moi à ouvrir mon cœur.

Ce matin, à 6h, une amie qui fut aussi le premier grand amour de ma vie (à 16 ans) m’a envoyé un article de « La presse + » au sujet de quelqu’un. Devinez qui? Le dernier grand amour de ma vie, ma dernière ex qui est en train de réussir sa vie et dont on parle dans une belle entrevue. Drôle de résumé de mes dernières cinquante années d’amour.

Si ce n’est pas une invitation à m’ouvrir, ça ne le sera jamais. Mais bien sûr, il faut y croire. Rien de scientifique dans les coïncidences…

Et comme si ce n’était pas assez, cette personne que j’ai aimée il y a 50 ans va bientôt rencontrer une très bonne amie de qui, croyez-vous? Ben oui. De mon avant dernière ex.

Une simple prière hier soir (remplie d’intentions fermes) et voilà que ce matin, à peine 7 heures plus tard, la première femme de ma vie me parle des deux dernières femmes de ma vie.

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi, je crois que j’ai ma réponse.

Comme quoi à tout âge, on doit constamment réapprendre à aimer.

En route pour un assouplissement. Trop de défenses, ça tue. La rigidité, ça tue.

Un peu plus de fragilité, ça ne fait mourir personne.

Au fait : auriez-vous, vous aussi, quelque chose à assouplir?

Je vous embrasse.

 

 

[i] Odoul, Michel. Dis-moi où tu as mal. Le lexique. Albin Michel, 2003 p. 232.

 


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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" et "Des silences ébruités" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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