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LE TEMPS DES CHEVALIERS

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C’était au temps des chevaliers.

Non, pas ceux des livres d’histoire. J’aurais peur qu’ils ne soient pas aussi formidables que ceux qui sont dans ma tête et dans mon coeur. Je ne voudrais d’ailleurs pour rien au monde être transporté au Moyen-Âge qui n’était pas particulièrement réputé pour son romantisme.

Non.

Pas ceux-là.

Plutôt ceux qui, au fond de mon être, existent quand même, malgré qu’ils n’aient pas vécu en vrai.

Ces chevaliers-là, ils s’épaulaient, aimaient leur belle et poursuivaient leur quête. On les disait « preux chevaliers » car du courage, il en fallait pour mener cette quête.

L’ultime quête d’ailleurs était celle du Graal. Celle de la connaissance. Au sens large, avec un grand « C ». Ils auraient traversé l’enfer, combattu les pires démons au risque de leur vie pour y parvenir. Et c’était bien là la clé de tout. Ils y auraient laissé leur vie.

C’est ça, pour moi, le grand mystère de la chevalerie.

Comment des gens en arrivaient à considérer qu’on pouvait sacrifier sa vie à sa quête? Sacrifier sa vie à son roi? Sacrifier sa vie à sa belle?

On me dira bien-sûr, que cette époque, dans la réalité, était dure et sans pitié. Il n’en reste pas moins que ces gens-là étaient prêt à mourir pour leur cause. Pour leur quête.

Il y en a encore, de nos jours, des gens capables de ça. Le garde du corps qui accepte de prendre une balle à la place de celui qu’il protège. Le parent qui prendrait la place de n’importe lequel de ses enfants pour lui éviter de souffrir. Ce prêtre catholique qui fut assassiné par les nazis pour sauver un père de famille. Il y en a encore. Je pense que c’est ça qu’il faut appeler la noblesse du cœur.

Moi, j’aime ça, des valeurs comme ça. Le courage, l’honneur, la loyauté. C’est très différent de notre société de « je tire la couverture de mon bord ».

Pour moi, c’est une époque où l’on juge la valeur de quelqu’un sur les raisons pour lesquelles il donnerait sa vie.

Curieux quand même : on juge la vie de quelqu’un sur la façon dont il la donne.

Mille ans avant, quelqu’un avait dit : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». En fait, je me demande si l’amour est autre chose et si on ne devrait pas plutôt dire qu’il n’y a pas d’amour si on ne peut donner sa vie pour ceux qu’on aime.

Mais ce n’est plus à la mode, donner sa vie. Aujourd’hui, on la prend. On a tellement mal compris le « aime-toi toi-même » qu’on y a sacrifié l’amour des autres.

Moi-même, souvent, je me demande pour qui je serais prêt à mourir. Je n’en compte que quelques uns. Mes enfants, bien-sûr, mes petits enfants aussi. Mais il me semble que je devrais allonger la liste. Être prêt à plus.

Et je ne prendrais pas une balle à la place d’un président.

Je fais un bien peu « preux » chevalier.

Pourtant, je me sens chevalier.

Peut-être le sommes-nous tous? Ou appelés à le devenir?

Et puis il y a la mission…. C’est comme ça de nos jours que l’on appelle la quête.

C’est un service à rendre, un peu de nous-mêmes à donner. C’est, en un sens, aussi, donner sa vie.

La mienne est de faire passer les personnes qui l’acceptent d’une étape à une autre. Je dis celles qui l’acceptent parce que beaucoup refusent. Et ils en ont le droit. Pourtant, j’en ai l’expérience, ce sont toujours eux qui ont demandé à rencontrer quelqu’un comme moi.

Et à travers ce service rendu, l’ultime quête de ma vie. Apprendre ce qu’est aimer. Est-ce que je serais prêt à mourir pour ça?

Je crois que oui, mais n’en suis pas encore certain.

Et du coup, une question surgit en moi.

S’il est vrai que l’on doit s’aimer soi-même, est-ce qu’aimer quelqu’un jusqu’à être prêt à lui donner sa vie est du mépris pour soi? Est-ce que ça va trop loin?

Je pense que non.

Le 14 août 1941, lorsque l’on donna au père Kolbe cette injection mortelle après qu’il ait survécu deux semaines sans manger, je ne pense pas qu’il se détestait. Bien au contraire. Il savait que le père de famille pour lequel il s’est sacrifié va vivre et pouvoir s’occuper de sa famille. Il aimait. Il était l’amour. Il n’avait alors que 47 ans. C’est jeune pour que sa vie se termine. Mais elle a eu un sens. Le plus beau. Celui-là même qui aurait été considéré comme le plein achèvement de soi, au temps des chevaliers.

Non, pas ceux de la vraie vie.

Ceux tels que je les conçois.

Chevaliers de l’amour et de la connaissance.

Chevaliers tels que, peut-être, nous sommes appelés à le devenir.

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Jean Rochette
Coach personnel, psychologue et psychothérapeute, Jean Rochette se passionne pour nos deux chemins de vie: pour soi (nos enjeux) et pour les autres (la mission). Il est l'auteur de "Faites exploser vos couleurs" et "Des silences ébruités" aux Éditions du Dauphin Blanc. Diplômé de niveau maîtrise (Master) en Sciences de la religion (Université de Sherbrooke) et en Psychologie (Université Laval), il a enseigné pendant 32 ans dans un collège du Québec.

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